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Les journalistes défendent leurs salaires

21/02/2008 - par Delphine Le Goff

Les mouvements sociaux se multiplient dans les groupes de presse pour la défense du pouvoir d'achat. Une crispation qui révèle un malaise de la profession.

Entre les huées, les sifflets et les clameurs, il était difficile de s'entendre, ce jeudi 14 février, à Prisma Presse. Depuis le matin, 250salariés selon les syndicats, une centaine selon la direction, s'étaient mis en grève. Les raisons de leur ­colère ? Un effort salarial jugé insuffisant par les employés du groupe de presse, l'un des leaders de la presse magazine en France. La direction proposait une augmentation générale collective, rejetée par les salariés : « Ces augmentations ne rattrapent pas l'augmentation du coût de la vie », estimait une représentante des syndicats (lesquels réclamaient 130 euros mensuels par personne, « un rattrapage calculé en étant le plus honnête possible »). De son côté, la direction faisait valoir que « les augmentations moyennes proposées étaient supérieures à l'inflation, avec un net avantage pour les bas salaires ». Lundi 18 février, les salariés de Prisma Presse ont mis fin à leur mouvement, à la suite d'un accord avec la direction : augmentation collective de 1 300 euros par an pour les salaires inférieurs à 2 300 euros, et de 1 200 euros par an pour ceux compris entre 2 300 et 3 800 euros. Au-delà, l'accord prévoit une augmentation collective de 2,5 %, assortie d'augmentations individuelles au mérite.

Roularta-L'Express, Mondadori, Le Point, la Société d'éditions scientifiques, Wolters Kluwer... Des mouvements de grève, plus ou moins longs, se sont succédé ces dernières semaines dans la presse. Mais il ne s'agit pas, comme dans le cas des Échos ou de La Tribune, de protester contre des changements de propriétaire ou de défendre l'indépendance éditoriale. Ni, comme à la mi-février, d'exprimer son inquiétude quant au financement de l'audiovisuel public après les récentes décisions gouvernementales. Dans la presse écrite, la grève est devenue le moyen de pression privilégié lorsqu'il s'agit de revendications salariales.

Nouvelle culture de protestation

Exemple révélateur, Le Point a vécu, le 5 février, un moment historique. Ses salariés ont décidé de débrayer pendant deux heures. Du jamais-vu en 35ans. À l'origine du mouvement : la décision de la direction de mettre un terme aux augmentations collectives pour privilégier les augmentations individuelles. Le jour de la grève n'a pas été décidé au hasard. « Afin de peser davantage dans les négociations, nous avons choisi un jour de bouclage », explique un délégué du personnel. Le 15 février, c'était au tour des salariés de la Société d'éditions scientifiques (L'Histoire, La Recherche), filiale d'Artémis, le holding de François Pinault qui détient également Le Point, de débrayer pendant deux heures, avec les mêmes revendications que leurs confrères. « Le débrayage permet de montrer que les équipes sont toutes sur la même longueur d'onde », résume un représentant syndical. En janvier, le groupe de presse Wolters Kluwer a aussi levé le pied pendant deux heures : les syndicats réclamaient une revalorisation des salaires et déploraient une « détérioration des conditions de travail, due notamment à des départs non remplacés ». « Nous avions le choix entre une grève à la japonaise avec des brassards ou une grève plus lourde, raconte Éric Béal, délégué CFDT. Nous avons choisi de trouver une nouvelle culture de protestation. »

Une nouvelle culture de protestation également choisie par Roularta, en novembre dernier, toujours pour des questions de rémunération. Une manière de montrer « que l'exaspération était à son comble », selon un élu du comité d'entreprise. « Mais le mouvement n'a pas eu de conséquences sur la sortie des journaux, car il n'a pas eu lieu un jour de bouclage, précise Marc Feuillée, président du directoire de Roularta France. Le message des élus de l'entreprise n'est pas le même selon que le mouvement paralyse le bouclage ou non. » Les salariés de Mondadori, eux, avaient choisi l'option dure en décembre dernier, avec non pas un débrayage, mais une grève : quatre jours d'arrêt de travail. Avec des revendications portant également sur les salaires, jugés « 20 à 30 % inférieurs à ce qui se pratique chez Prisma et Lagardère », selon les syndicats.

La grève et le débrayage seraient-ils devenus les nouvelles variables d'ajustement des salaires ? En tout cas, ils témoignent d'une crispation des rapports entre les journalistes et leurs directions. « Je ne suis pas très étonné par la multiplication des mouvements sociaux dans la presse, note Jean-Louis Missika, sociologue des médias. Cela reflète les difficultés financières rencontrées par les journaux et magazines, qui se traduisent par la baisse du statut des journalistes et de leur rémunération. » Ces actions sont un moyen visible d'exprimer un malaise grandissant. Certains évoquent leur ras-le-bol d'entendre désormais toujours parler de « produits » plutôt que de journaux. D'autres ne comprennent pas que des entreprises de presse bénéficiaires décident de réduire leur masse salariale. Enfin, avec l'arrivée du multimédia et la nécessité de ne plus travailler seulement pour le papier, mais aussi pour les éditions numériques des titres, beaucoup évoquent leur sentiment de « travailler plus pour gagner autant, avec comme seule compensation des remerciements, dans le meilleur des cas ».

Épargner l'outil de travail

Pourtant, le plus souvent, la solution du débrayage court (pas plus de deux heures) est privilégiée. D'une part parce que cela permet d'échelonner la pression sur la direction. D'autre part parce que « les journalistes sont attachés aux titres pour lesquels ils travaillent », résume un délégué syndical de Mondadori. « Les salariés n'entendent pas non plus casser leur outil de travail », souligne un délégué du personnel du Point. « La grève, c'est toujours l'arme thermonucléaire, explique un élu du comité d'entreprise de Roularta. Il ne s'agit pas d'emblée d'empêcher la sortie du journal, mais de faire savoir que faute d'écouter nos revendications, la menace d'un arrêt existe. En tenant compte du rapport coût/efficacité et du contexte économique. »

Dans la plupart des cas, ces arrêts de travail ont abouti à des accords salariaux. Mais toutes les parties prenantes le prédisent : dans un contexte qui devient très tendu, et avec une profession qui se sent de plus en plus dévalorisée, ce genre de conflits risque de devenir monnaie courante.

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