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« Les animateurs ne sont pas des patrons, mais des gourous »

28/02/2008 - par Propos recueillis par Delphine Le Goff

Dans son brûlot Les Animatueurs, Michel Malausséna, réalisateur et producteur, explique que les animateurs-producteurs sont de piètres managers.

Il y a une dizaine d'années, alors que Jean-Pierre Elkabbach était à la tête de France Télévisions, éclatait le scandale des animateurs-producteurs. Des personnalités comme Arthur et Jean-Luc Delarue ont été accusées d'être payées des montants exorbitants. Ces pratiques ont-elles disparu ?

Michel Malausséna. Pas une seconde. Rien n'a changé ! Les animateurs continuent à prélever 20 % de marge et à « faire le sac de la vieille », comme disait Ardisson. Le phénomène a débuté à l'apparition de La Cinq. Auparavant, la télévision n'était pas un monde sauvage, il y avait des grilles de salaires. Travailler à la télévision, c'était un peu comme travailler pour EDF ! Puis les animateurs ont été débauchés à prix d'or par Berlusconi. Arrivés sur La Cinq, l'audience n'était pas au rendez-vous. Les animateurs se sont donc repliés sur leurs chaînes d'origine. Ils en étaient partis en salariés, ils y sont revenus en producteurs...

Pourquoi les chaînes ont-elles donné tant d'argent à ces animateurs-producteurs ?

M.M. En réalité, les chaînes étaient bien contentes d'externaliser la production, de se débarrasser des syndicats, de travailler avec ces sociétés où il n'existe pas vraiment de réglementation du travail, notamment en ce qui concerne les horaires. En contrepartie, les animateurs font payer très cher leur présence. Ils obligent par exemple la chaîne qui les emploie à acheter les programmes qu'ils produisent par ailleurs. Tout en dépensant le moins possible, afin de réaliser les meilleures marges. Mais au fond, quelle légitimité ont-ils en tant que producteurs ? La seule chose qu'ils sachent vraiment bien faire, c'est être eux-mêmes !

Comment travaille-t-on avec ces animateurs-patrons ?

M.M. Ce ne sont pas des patrons, ce sont des gourous, des mercenaires ! À part des sociétés comme Endemol ou Fremantle, très « rationnelles », les structures des animateurs-producteurs sont artisanales, unipersonnelles. On n'y investit pas dans la recherche et développement ni dans les équipes, puisque la matière première, c'est l'animateur. Du coup, le cadre privé envahit constamment le travail, les animateurs considérant que le premier impératif, c'est de s'occuper d'eux. Ardisson, par exemple, nous faisait travailler dans son appartement et nous ouvrait le matin en peignoir. Lorsque nous le quittions à 20 heures, il nous regardait partir avec regret parce qu'il se retrouvait seul...

Vous-même avez dirigé des équipes, aux côtés de Karl Zéro. Quel manager étiez-vous ?

M.M. Je suis issu de la base. Je sais ce que cela implique d'être assistant, cadreur. J'ai subi les humiliations et les horaires interminables. Du coup, j'ai essayé, comme au cinéma, de raisonner en termes d'équipe. Ce qui m'a valu les quolibets du métier. On me trouvait trop « social ». D'autant qu'aujourd'hui, dans les sociétés de production, c'est le royaume du stage longue durée...

Les animateurs-producteurs étaient recrutés par les chaînes publiques pour concurrencer TF1 et M6. L'arrêt de la publicité sur France Télévisions va-t-il changer la donne ?

M.M. Cela va tout changer. Une fois que l'impératif d'audience n'existe plus, quel intérêt de payer si cher leurs prestations ? Ne pas payer les 20 % de marge que se prennent ces animateurs, c'est déjà ça de pris ! Je suis sûr que des légions de jeunes animateurs seront heureux de travailler pour 10 000 euros par mois. Ce qui va apporter un peu d'air frais au PAF. Car avec ces « animatueurs », comme Nagui, Dechavanne et consorts, une fois que les places sont prises, on en a pour vingt ans !

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