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La difficile communication autour du handicap

27/03/2008 - par Lionel Lévy

L'insertion professionnelle des personnes handicapées est loin d'être acquise. Ce n'est pourtant pas faute de communiquer sur le sujet. Le travail de sensibilisation promet d'être encore long.

C'est ce qu'on appelle un bide. Kilimandjaro : au-delà des limites, documentaire racontant l'ascension de la plus haute montagne africaine par dix personnes handicapées, diffusé à 20 h 50 le 29 février sur TF1, n'a pas intéressé les téléspectateurs : à peine la troisième audience de la soirée, avec 16,8 % de part de marché. Cela faisait longtemps que TF1 n'avait pas réalisé un score aussi bas en prime-time. Mais « plus qu'un enjeu d'audience, il y avait un enjeu sociétal », souligne un porte-parole de la chaîne. Il est vrai que Nonce Paolini, directeur général du groupe TF1, avait présenté en personne ce programme lors de la projection de presse, soulignant que la Une avait pris « le pari de l'aventure et de la solidarité » en le diffusant à une heure de grande écoute.

Les Français n'auraient-ils cure des difficultés d'insertion rencontrées par les personnes handicapées ? Outre la forme du programme diffusé sur TF1, qui reprenait les codes de la télé- réalité, certains soulignent son caractère stigmatisant. « Si l'on veut aider les personnes handicapées à s'intégrer, il faut les montrer évoluant avec des valides et pas entre eux, comme des bêtes de foires », estime Emmanuel Constans, président de l'Adapt, une association pour l'insertion sociale et professionnelle des personnes handicapées.

Il n'empêche : près de deux ans après l'adoption d'une loi sur le handicap (c'était l'un des trois « grands chantiers » du quinquennat de Jacques Chirac), l'insertion des handicapés peine toujours autant. Au point que dans son rapport annuel 2007, Jean-Paul Delevoy, le médiateur de la République, épingle dernièrement les ratés de la mise en oeuvre de cette loi.

Information et incitation

En cause, notamment : l'emploi. Selon l'Agefiph, l'organisme collecteur des fonds pour l'insertion des handicapés, sur les 100 000 entreprises de plus de 20 salariés soumises à l'obligation légale de 6 % de handicapés dans leur rang, près de 30 000 n'en comptent toujours aucune. Un chiffre qui ne faiblit pas, malgré l'effort notable de quelques grandes entreprises. Corollaire : le taux de chômage des travailleurs handicapés reste plus de deux fois supérieur à la moyenne nationale (20 % contre 9 % pour les valides).

Ce n'est pourtant pas faute de communiquer sur le sujet. Outre de grandes entreprises, tel le Crédit agricole, et d'autres moins importantes, comme Adia, qui laboure le territoire de la lutte contre les discriminations depuis des années, le gouvernement s'y est aussi essayé en 2007. Dotée d'un budget de 3 millions d'euros, une campagne, signée Publicis Consultants, a actionné divers leviers : des spots de 30 secondes sur les principales stations de radio, un numéro Indigo, un guide de la loi diffusé à 1,5 million d'exemplaires, un site Internet (www.handicap.gouv.fr), des relations presse tout au long de l'année... Avec un objectif non seulement informatif, mais également incitatif de passage à l'action. De ce côté-là, c'est donc raté. « Pour passer de quelque 17 000 morts sur les routes par an en 1970 à moins de 5 000 aujourd'hui, il a fallu 37 ans de campagnes de communication ininterrompues, relativise Éric Giuily, président de Publicis Consultants. On ne change pas les mentalités en un claquement de doigt. » D'autant que cette campagne prévue pour deux ans n'en a finalement duré qu'un.

Éric Champin, patron de l'agence de communication Com&Cie, qui réalise les campagnes de communications de l'Agefiph, mesure lui aussi la difficulté de l'exercice. « Si vous faites une campagne choc avec, par exemple, des personnes en chaise roulante, vous allez inquiéter les entreprises et renforcer les idées reçues, estime-t-il. Il faut au contraire inscrire les campagnes dans une approche positive, tout en rappelant aux entreprises leur responsabilité sociétale ainsi que leurs obligations légales. »

D'autant que la contribution due à l'Agefiph par les entreprises comptant moins de 6 % de personnes handicapées triplera en 2010 : selon leur taille, elle passera de 400 à 600 fois le Smic horaire par personne manquante aujourd'hui à 1 500 fois, l'équivalent d'un temps plein payé au smic pour le non-recrutement d'un handicapé. Un argument de communication supplémentaire employé par l'Agefiph, dont le dernier volet de la campagne triennale de communication a été lancé en février 2008 (2 millions d'euros de budget par an). La campagne mêle des actions médias (encart dans la presse quotidienne nationale et dans la presse magazine économique et sociale, programmes courts sur France 2 et dans plus de 600 salles de cinéma, passages radio...) et hors-médias (de 35 000 à 50 000 mailings adressés aux entreprises quatre fois l'an).

Faire évoluer les mentalités

« Notre travail de sensibilisation commence à payer, assure Éric Champin. Pour preuve, les scores de notoriété spontanée de l'Agefiph, établissement conçu pour trouver les solutions et les financements permettant aux entreprises de mieux insérer les handicapées, sont passés entre 2006 et 2007 de 3 % à 57 %. » Et celui-ci de prédire des déclarations annuelles obligatoires d'emploi de travailleurs handicapés à envoyer à l'Agefiph avant le 28 mars prochain « nettement plus positives ». « Mêler de façon subtile la conviction, l'incitation et la répression, c'est le cocktail idéal d'une campagne de communication handicap », assurent en choeur Éric Champin et Éric Giuily.

Du côté des entreprises, on mise sur la sensibilisation interne. Les exemples sont nombreux, tels Conforama, qui attire une fois l'an l'attention de ses collaborateurs sur le handicap au travers d'expositions et d'ateliers-débats, France Télévisions et SFR, qui ont chacun formé sur le sujet plus de 200 de leurs collaborateurs en 2007.

La sensibilisation, clef du succès pour faire évoluer les mentalités dans l'entreprise ? Antonella Desneux, directrice responsabilité et innovation sociale chez SFR, en est persuadée. « À condition de cibler les managers, car, finalement, ce sont eux qui décident vraiment du recrutement. »

 www.agefiph.asso.fr

 www.ladapt.net

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