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Trop de stress au travail

03/04/2008 - par Lionel Lévy

Peu enclines à communiquer sur le sujet, pas beaucoup plus pressées d'agir, les entreprises vont devoir évoluer. Explications.

Le tabou du stress au travail est-il en passe d'être levé ? C'est en tout cas la volonté affichée du ministre du Travail, Xavier Bertrand, qui vient de rendre public un rapport, commandé à l'automne dernier à Philippe Nasse, magistrat honoraire, et Patrick Légeron, médecin psychiatre, préconisant des solutions pour combattre efficacement le stress au bureau (lire l'encadré). Il est vrai que les suicides de salariés, qui défraient la chronique depuis un an et demi, incitent à faire du sujet une priorité de santé publique. Quatre suicides ont ainsi endeuillé le technocentre de Renault, à Guyancourt (Yvelines), depuis l'automne 2006. À Mulhouse (Haut-Rhin), chez Peugeot, on a dénombré cinq suicides en 2007. Et une assistante du service communication de PSA, licenciée dans le cadre d'un plan de départs volontaires, s'est donné la mort le 21 mars dernier. Le secteur automobile n'est pas le seul concerné. Des entreprises aussi diverses qu'EDF, France Télécom, La Poste, Sodexho, ED ou HSBC ont également été confrontées à des suicides de salariés.

Les services de communication des entreprises tentent de minimiser leur responsabilité en qualifiant le suicide d'acte « d'ordre personnel ». « Certains considèrent qu'une communication sur ce sujet constituerait une sorte d'aveu de faiblesse », commente Olivier Tirmarche, consultant chez Stimulus, cabinet spécialisé dans la gestion du stress. L'argument se comprend. Mais s'il est compliqué pour un salarié de faire part de ses difficultés au sein de son entreprise, la moindre des choses consiste à s'attaquer au problème en interne.

La hantise du surstress

Or, une enquête réalisée en janvier 2008 par Stimulus et l'organisme de formation Comundi (filiale, comme Stratégies, de RBI) révèle que dans un quart des entreprises, personne, pas même le médecin du travail ou le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), ne se préoccupe de la prévention du stress. « Dans près des deux tiers des entreprises, aucune démarche n'a été effectuée pour évaluer le niveau de stress des salariés », ajoute Carole Dumortier, responsable de l'enquête chez Comundi.

Pour expliquer cette inaction, certaines raisons invoquées laissent pantois. Ainsi, selon cette même étude, un tiers des entreprises considèrent que si aucune action n'est envisagée, c'est avant tout pour éviter que le risque de surstress ne survienne réellement... « Si les entreprises appréhendent de rajouter du stress au stress, elles peuvent toujours jouer sur la sémantique en communiquant en interne sur la thématique de la santé au travail », propose Olivier Tirmarche.

À l'heure où toutes les études statistiques et autres enquêtes concluent à une augmentation du surstress au travail, il convient d'expliquer les raisons d'un tel déni. « Reconnaître un lien entre le surstress ou, pire, le suicide et le travail, c'est ouvrir la boîte de Pandore, lâche le directeur des ressources humaines d'un grand groupe. Cela implique une remise en cause de l'organisation et des conditions de travail dans l'entreprise. »

Les entreprises confrontées au suicide de leur(s) salarié(s) ont tout de même mis en place des plans d'action. Chez PSA Peugeot-Citroën, une enquête a été réalisée par Stimulus : moins de 20 % des 3 500 salariés des sites de Vélizy, Mulhouse et Sochaux affichent un « niveau de stress trop élevé », contre 28 % en moyenne dans l'industrie et les services. Le plan d'action prévoit donc notamment la diminution d'un tiers du nombre d'opérateurs pris en charge par un chef d'équipe, sur une réduction des tâches administratives et sur une limitation de la mobilité de la hiérarchie. Une enquête similaire a été effectuée chez Renault, où une cellule d'écoute, confiée au cabinet Préventis, a été mise en place. Certaines directions territoriales de France Télécom se sont également converties à des cellules d'écoute et d'accompagnement.

Prévenir les risques

La consigne des experts repose sur un processus en quatre temps. En premier lieu, il convient d'établir un diagnostic interne sur le stress. Ensuite, il s'agit de mener des actions sur le plan organisationnel et le management. Le troisième temps est celui de la formation, celle des populations exposées à des situations difficiles, mais également celle des managers et des directions des ressources humaines. Car si les équipes de santé au travail sont les mieux placées pour mener les actions de prévention, ce sont les ressources humaines qui disposent des moyens pour les mettre en oeuvre. Quatrième temps, enfin, l'entreprise peut se doter d'outils d'accompagnement et d'écoute, tels des numéros verts ou des consultations de psychologues sur site.

Olivier Tirmarche livre un dernier conseil aux entreprises. « Les directions des ressources humaines gagneraient à se renforcer en sciences humaines, en intégrant notamment des profils d'experts en sociologie. Pour anticiper les problèmes, ils devraient être plus efficaces que les profils juridiques, plus à même de traiter la problématique du surstress une fois les difficultés survenues. »

Ces appels à prévenir les risques seront-ils entendus ? Les entreprises ont intérêt à s'emparer rapidement du sujet. Ne serait-ce que pour des raisons économiques et d'image : absentéisme, baisse de productivité..., le coût du stress est évalué pour les entreprises françaises entre 800 millions et 1,6 milliard d'euros (un quart des arrêts de travail de 2 à 4 mois seraient dus à des problèmes de stress), selon les estimations du Bureau international du travail (BIT). Mais aussi pour des raisons juridiques. Le Code du travail prévoit notamment l'obligation pour l'employeur d'évaluer l'ensemble des risques professionnels. Tandis que sur le plan pénal, la responsabilité d'une entreprise peut être recherchée en cas de suicide d'un salarié sur le fondement d'un homicide involontaire. De quoi s'atteler rapidement à la tâche.

 www.stimulus-conseil.com

 www.comundi.fr

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