Vous êtes ici

Pour bénéficier des alertes ou des favoris, vous devez vous identifier sur le site :

Vous avez déjà un identifiant sur stratégies.fr ? Identifiez-vous

Pas encore d'identifiant ? Créez vos identifiants

Ça déménage dans la presse !

24/04/2008 - par Amaury de Rochegonde et Delphine Le Goff

Bayard, La Tribune, L'Équipe et peut-être bientôt Le Monde... Fuyant notamment le prix du mètre carré parisien, les journaux sont nombreux à préparer leur déménagement pour les prochains mois.

C'est l'une des conséquences du plan de redressement du Monde, qui prévoit 130 suppressions d'emplois sur 580 salariés. Sous la volonté affichée de « revisiter les implantations immobilières » du groupe, une réflexion est en cours concernant un désengagement du siège du journal, boulevard Blanqui, à Paris. Car, depuis 2004, cet élégant édifice de 18 000 m2, voilé derrière une « page de verre » signée Plantu et remodelé par Christian de Portzamparc, coûte une fortune. Chaque année, Le Monde doit verser un loyer annuel de 7,8 millions d'euros à la Deutsche Bank, propriétaire des lieux, auquel il faut ajouter 2,7 millions en comptant les taxes et l'entretien.

Comment faire passer le message que Le Monde doit se serrer la ceinture alors que le siège respire l'opulence avec son immense salle de conférence et son entrée majestueuse ? « Nous sommes locataires de nos sites et nous devons étudier toutes les possibilités de faire des économies, donc de regrouper certaines activités ou de déménager pour se regrouper, explique Fabrice Nora, le directeur général du Monde SA. Le dossier est sur la table et sera étudié sans tabou. » Sauf que ledit dossier est loin d'être simple. De source syndicale, Le Monde n'arrivera à la fin de son bail que dans neuf ans. À moins de trouver une astuce juridique, le seul aménagement possible est la densification du site en faisant venir Le Monde interactif, dès 2009, et Courrier international.

Au sein du groupe Le Monde, l'idée d'un déménagement est un sujet hautement sensible. Les salariés de Télérama, qui se sont mis en grève pour soutenir leurs collègues de Fleurus et du Monde, regardent avec méfiance leur maison mère depuis qu'elle les a dépouillés de leur hôtel particulier de la rue de Naples, à Paris, pour les reléguer dans un « no man's land » du XIIIe arrondissement de Paris.

Un contexte anxiogène

Fin d'une vie de privilégiés dans la capitale, ajustement immobilier aux contraintes de l'actionnaire... nombreux sont les médias qui font face à une situation comparable. Depuis son rachat par Alain Weill, La Tribune, qui doit abandonner son siège parisien situé place de la Bourse pour Issy-les-Moulineaux, a le plus grand mal à gérer cette délocalisation sans donner à ses salariés l'impression d'un déclassement. « On apprécie d'avoir affaire à des patrons bosseurs, observe une élue du comité d'entreprise (CE), mais c'est psychologiquement assez dur. Avant, on était dans un quartier top, à cinq minutes de nos rendez-vous. Maintenant, on est rue d'Oradour-sur-Glane, il y a plus gai ! C'est à dix minutes du métro et à trois quarts d'heure du centre de Paris, avec des tout petits bureaux d'un mètre trente. Il y aura davantage d'entretiens téléphoniques et la qualité du travail risque d'en souffrir. »

Le déménagement devait avoir lieu le 24 mars, mais le Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) de La Tribune a demandé la nomination d'un expert. L'interrogation se résume ainsi : la direction a-t-elle choisi ce lieu excentré pour inciter une cinquantaine de salariés à faire jouer leur clause de cession ou pour adapter les salariés à la nouvelle réalité économique de l'entreprise, qui regroupe à proximité BFM et RMC... ?

Quitter les quartiers chics de la capitale pour la proche banlieue, c'est aussi le sort que connaîtront le millier de salariés de Bayard qui déménageront, le 7 juillet, du VIIIe arrondissement de Paris pour Montrouge, à 250 mètres de la porte d'Orléans. « On dit que plus on a connu de déménagements, moins le traumatisme est grand. Nous, nous n'en avons connu aucun en 134 ans ! », observe Catherine Veillet- Michelet, secrétaire générale de Bayard, qui se penche sur le dossier depuis 10ans. Qu'est-ce qui a motivé le passage à l'acte ? « La prise de conscience que ce n'était plus possible du fait de l'augmentation du loyer, dans l'arrondissement le plus cher de la capitale, et à cause des dégradations des conditions de travail : les locaux, 18 000 m2 avec 4 000 m2 de couloirs et de dégagements, sans climatisation, n'étaient pas fonctionnels pour y adapter de nouvelles technologies. »

Reste que les salariés accueillent la nouvelle, annoncée le 5 juillet 2007 par le patron Bruno Frappat, avec peu d'enthousiasme. Première source de préoccupation : l'augmentation du temps de trajet. « Pourtant, elle est relativement minime : en moyenne, 10 minutes de plus par personne », souligne Catherine Veillet-Michelet. « Mais ceux qui se retrouvent le plus loin du nouveau lieu de travail ne sont pas forcément les plus mécontents... La résistance au changement diffère selon les individus. Et, curieusement, ce ne sont pas les journalistes qui acceptent le mieux que l'on change leurs habitudes ! » À cela s'ajoute, analyse la secrétaire générale, « une peur de la banlieue, une angoisse liée au contexte actuel des entreprises de presse ».

Les salariés renâclent, ont du mal à faire leur deuil de leurs locaux historiques : début octobre 2007, une journée portes ouvertes à Montrouge a réuni seulement cent trente salariés sur mille... Une pétition a même été signée récemment par les journalistes pour demander que les rédacteurs en chef bénéficient de bureaux fermés. Mais, peu à peu, le déni se dissipe. « Les journées de ménage permettent de réaliser que l'on va partir, qu'on va prendre un nouveau départ, estime Catherine Veillet-Michelet. On touche au nid des gens : oiseaux de nuit, mères poules, aigles, chacun a son réflexe viscéral de défense... »

Nombreux enjeux

Même compte à rebours à L'Équipe qui fait face à une situation relativement rare : il est contraint de quitter son site, rue Rouget-de-Lisle, à Issy-les-Moulineaux, avant le 31 décembre 2008. Le journal, en effet, a dû répondre à l'injonction de son bailleur qui lui a signifié l'abandon de son bail il y a deux mois pour cause de réaménagement de la zone. Il devrait atterrir à Boulogne, dans le nouveau quartier du Trapèze, face à l'île Seguin, soit à deux kilomètres de son site actuel. Comme d'autres, et malgré des bénéfices encore copieux, L'Équipe a exclu tout relogement dans la capitale en raison du prix du mètre carré parisien. D'autant que depuis 2002, date à laquelle Philippe Amaury avait songé à acheter un siège au journal, les loyers ont encore grimpé. Le journal prévoit de se faire accompagner par un conseil extérieur pour la conduite au pas de course de ce changement.

Les enjeux d'un déménagement sont nombreux. Occasion d'un nouveau départ, d'une nouvelle organisation mais aussi... de synergies. Après un plan social en octobre 2002, le groupe Canal + avait ainsi abandonné en 2004 son « paquebot » du quai André Citroën, à Paris, pour Boulogne et Issy-les-Moulineaux, de part et d'autre de la Seine. « On avait des équipes éclatées sur vingt-cinq sites, rappelle-t-on à la chaîne cryptée. Maintenant, on n'a plus que deux sites pour près de 4 000 salariés et on a fait 15 millions d'euros d'économie par an. » Au prix de la fin d'un certain « esprit Canal » ? « Il y aura toujours des nostalgiques, rétorque la direction. Ce sont les mêmes qui regrettent le quai André Citroën qui regrettaient le siège précédent, rue Olivier-de-Serres... »

Envoyer par mail un article

Ça déménage dans la presse !

Séparer les adresses par des virgules
M’envoyer une copie par e-mail
Email this Article

Thank you for your interest in spreading the word about Stratégies.

NOTE: We only request your email address so that the person you are recommending the page to knows that you wanted them to see it, and that it is not junk mail. We do not capture any email address.