Vous êtes ici

Pour bénéficier des alertes ou des favoris, vous devez vous identifier sur le site :

Vous avez déjà un identifiant sur stratégies.fr ? Identifiez-vous

Pas encore d'identifiant ? Créez vos identifiants

Les sociétés de production sur la sellette

15/05/2008 - par Lionel Lévy

La non-application de la convention collective des métiers de la production audiovisuelle cristallise les tensions dans un secteur où domine la précarité.

Derrière les paillettes, le stress. Malgré la ­signature par les partenaires sociaux en juillet 2007 d'une ­convention collective spécifique aux métiers de la production audiovisuelle, censée mettre fin aux abus de la profession, la précarité continue de sévir dans les ­sociétés de production. Notamment par la multiplication des CDD d'usage, les fausses sous-traitances et les détournements du statut d'intermittent (lire Stratégies n° 1416). « Depuis la fin de l'ORTF, les sociétés de production ne respectent aucune règle sociale, estime Laurent Blois, délégué général au Syndicat national des techniciens et réalisateurs-CGT. Avec parfois, d'ailleurs, la complicité de certains intermittents qui préfèrent frauder les Assedic que changer les règles du jeu. » Aussi, les revalorisations salariales et le paiement des heures effectivement travaillées sont au coeur de la convention collective.

Problème : le document, qui devrait être appliqué dans toutes les sociétés de production depuis février dernier, est resté lettre morte dans la majorité d'entre elles. « Dans nos métiers, la journée de travail dure plutôt quatorze heures que huit, explique un intermittent ingénieur du son. Autant vous dire que les employeurs ne sont pas très chauds pour nous payer les heures supplémentaires ! »

Chez Fremantle Media, producteur notamment de La Nouvelle Star sur M6 et de Questions pour un champion sur France 3, on estime appliquer la convention collective à 90 %. « Le respect des nouveaux minima salariaux, c'est quasi bouclé, assure Laurent Jullien, directeur des productions de Fremantle Media France. Reste les négociations à venir sur la rémunération des dépassements d'horaires de travail et quelques qualifications de postes à redéfinir au regard des fonctions réellement exercées. Il faut bien comprendre que cette convention collective coûte très cher aux sociétés de production. »

Déclassement... ou licenciement

Toutes brandissent cet argument économique pour justifier les retards, voire l'inaction. « C'est quand même un peu fort d'entendre cela aujourd'hui, relève Laurent Blois. Surtout lorsque l'on sait que nous avons négocié pendant six ans avec les syndicats patronaux pour trouver un compromis sur le contenu de la convention collective. »

Comment faire respecter ses droits quand on travaille pour une société de production ? « On ne peut pas protester individuellement, sinon on est grillé dans le milieu », résume un intermittent. Aussi, 850 ingénieurs du son, chefs opérateurs, monteurs ou journalistes travaillant dans le secteur ont récemment monté le Collectif télé. « Il a été créé à l'initiative de salariés de Réservoir Prod, la société de Jean-Luc Delarue, indique Me Davideau, représentante des intérêts du collectif. Là-bas, on se targue d'appliquer la nouvelle convention, sauf que l'on a déclassé les salariés. Un chef monteur qui devient simple monteur, évidemment ce n'est pas le même salaire. »

Certaines sociétés vont encore plus loin. Ainsi, chez Sacha Production (Question maison pour France 5 notamment), l'équipe en place, après avoir adressé un courrier à sa direction pour revoir les salaires et appliquer la convention collective, a été menacée de licenciement. Quelque 25 personnes sont concernées. La chargée de production et l'assistante de production qui travaillent sur l'émission depuis 5 ans ont déjà reçu leur lettre de licenciement. « Pas encore les autres, tout simplement parce qu'il reste deux semaines d'émission à boucler et que le patron n'a trouvé personne pour les remplacer », explique l'un de leurs collègues. ­Contactée par Stratégies, la direction de Sacha Production préfère « ne pas faire de commentaires ».

Me Davideau, qui a adressé le mois dernier un courrier à l'ensemble des producteurs pour leur demander d'appliquer la convention collective, envisage désormais une action au pénal. « Si les sociétés de production ­continuent de faire la sourde oreille, prévient-elle, nous les assignerons en justice, soit via le collectif transformé en association afin de pouvoir agir, soit via les ­syndicats. »

Envoyer par mail un article

Les sociétés de production sur la sellette

Séparer les adresses par des virgules
M’envoyer une copie par e-mail
Email this Article

Thank you for your interest in spreading the word about Stratégies.

NOTE: We only request your email address so that the person you are recommending the page to knows that you wanted them to see it, and that it is not junk mail. We do not capture any email address.