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Le rapport qui fâche... et qui traîne

22/05/2008 - par Lionel Lévy

Le bilan de la lutte contre les discriminations est mitigé. Un rapport de la Halde sur les pratiques des grands groupes du CAC 40 tarde à être publié. Il est soumis aux entreprises concernées.

Où en est la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde) dans sa lutte contre les pratiques discriminatoires en entreprise ? À l'heure où l'instance rend, ce 22 mai, son troisième rapport d'activité au président de la République, son bilan reste mitigé.

« Saisir La Halde, c'est gratuit », ne cesse de marteler son président Louis Schweitzer, par ailleurs président du conseil d'administration de Renault, membre du conseil d'administration de L'Oréal et président du conseil de surveillance du Monde. Mais si les réclamations portées devant la Halde sont en hausse constante (6 000 contre 1 400 il y a trois ans), l'institution souffre toujours d'un déficit de reconnaissance auprès de la population. « Malgré deux grandes campagnes de communication, notre score de notoriété assistée n'atteint que 36 %, déplore Marylène Courivaud, directrice de la communication de La Halde. Il nous faudra à l'avenir communiquer plus. » Et communiquer en priorité dans les entreprises. Avec la moitié des réclamations reçues en 2007 et une hausse annuelle de 5 %, le monde du travail est en effet le lieu où l'on discrimine le plus en France.

Communiquer n'est pas agir

« Au-delà des actions très médiatisées de quelques multinationales, nombre de grandes entreprises et de PME françaises n'ont clairement pas franchi le pas, juge Alain Gavand, président de l'Association de cabinets de recrutement. Pire, elles n'ont pas amorcé le début d'une réflexion pour lutter contre les discriminations. » En revanche, beaucoup communiquent allègrement sur la thématique de la diversité. « Agir en faveur de la diversité et lutter contre les discriminations ne sont pas synonymes, rappelle Jean-François Amadieu, directeur de l'Observatoire des discriminations. Parfois, mettre en avant la diversité n'est qu'un paravent pour ne pas traiter les discriminations réelles subies par certains salariés ou candidats à l'embauche. » Un exemple ? L'affichage par certains grands groupes des différentes nationalités qui oeuvrent en leur sein pour témoigner de leur action en faveur de la diversité. Sauf que, dans l'Hexagone, ce n'est évidemment pas l'élite des pays étrangers qui est discriminée à compétences égales, mais les seniors, les handicapés ou encore les personnes issues des « minorités visibles ».

Comment alors accroître la pression sur les entreprises ? La Halde a opté pour le « name and shame » (« nommer et faire honte »). Ainsi, récemment, des entreprises comme Eurocopter ou encore l'Agence France-Presse ont été épinglées pour discrimination suite à des plaintes reçues par La Halde. Mieux, l'instance décidait au second semestre 2007 de passer à l'offensive en confiant à l'Observatoire des discriminations un « testing » géant pour épingler les grandes sociétés peu scrupuleuses. Une vingtaine d'entreprises du CAC40 tirées au sort, parmi lesquelles Bouygues, Accor, Total ou encore Lagardère, ont ainsi reçu 5 600 faux CV de candidats de niveau équivalent mais aux patronymes différents. À consonance africaine et maghrébine pour les uns, « gauloise » pour les autres. Pendant plusieurs mois, une quinzaine de jeunes diplômés en ressources humaines ont épluché les réponses des entreprises. Au final , le test révèle que les candidats « bronzés » ont dans certaines sociétés deux fois moins de chances d'être reçus en entretien que leurs homologues blancs. Les résultats devaient être publiés en février dernier. Depuis, plus de nouvelles. Car, entre-temps, ils ont été envoyés aux entreprises concernées pour commentaires et explications. « Cela a déclenché une vague de contestations, relate Marylène Courivaud. Certaines entreprises ont dénoncé des failles dans l'enquête. » En l'occurrence, des CV jamais arrivés ou ne correspondant pas aux emplois recherchés, et une non-équivalence de compétences entre candidats. « Je n'en suis pas à mon premier testing et je me suis entouré de toutes les précautions d'usage, répond Jean-François Amadieu. Je comprends parfaitement que les entreprises ne veulent pas être étiquetées comme discriminantes. Pour autant, il ne faut pas nier certaines réalités. »

Rendre les résultats inattaquables

Si l'enjeu est fondamental pour les entreprises, il l'est tout autant pour La Halde. Car son image commence à être écornée, notamment celle de son président Louis Schweitzer. Outre ses émoluments exorbitants en tant que président du conseil d'administration de Renault (7,9 millions d'euros en 2007) révélés dernièrement, la ­condamnation le 2 avril dernier par la cour d'appel de Versailles du constructeur automobile pour discrimination raciale envers deux anciens salariés fait tache : au moment des faits, Louis Schweitzer en tenait les rênes...

Face au lobbying des entreprises qu'adviendra-t-il du rapport ? « Pas question de l'enterrer, assure Marylène Courivaud. Nos juristes sont en train de fiabiliser les résultats afin qu'ils soient inattaquables et incontestables. Il sera publié dans son intégralité fin mai 2008. » Sans ostracisme donc, ni discrimination.

www.halde.fr

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