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L'actionnariat salarié chahuté par la crise

19/06/2008 - par Maxime Amiot

Nombre de salariés actionnaires ont vu leurs intérêts malmenés ces derniers mois. Une perte limitée par des mécanismes de sécurité et que les entreprises peuvent atténuer par une communication adaptée.

Depuis le 1er janvier, le cours de l'action de TF1 a chuté de 35,6 %, pour atteindre 11,50 euros. En un an, il a été divisé par deux. Une mauvaise nouvelle pour l'actionnaire principal, le groupe Bouy-gues, mais aussi pour les salariés de la chaîne privée qui détiennent 3,6 % du capital (et autant de droits de vote). Leur pécule a donc fondu comme neige au soleil. Ils ne sont pas les seuls dans ce cas. Sur fond de crise liée aux « subprimes », le CAC 40 a perdu 18 % de sa valeur en un an. Depuis le 1er janvier, le cours de Thomson (dont les salariés détiennent 2,12 % du capital) a plongé de 61 %, ceux d'Air France de 32 % (11 % du capital pour le personnel) et de la Société Générale de 51 %. Dans le groupe bancaire, où l'affaire Kerviel s'est ajoutée à la crise des « subprimes », les salariés (7,5 % du capital), ont en moyenne perdu « l'équivalent d'une année de salaire », selon Patrice Leclerc, président de l'association des salariés actionnaires de la « Soc Gen ».

Et pourtant, l'actionnariat salarié a le vent en poupe, ce depuis quelques années. Selon l'Association française de la gestion financière (AFG), les avoirs détenus par les salariés actionnaires représentaient en 2007 quelque 43,3 milliards d'euros, contre 35,6 milliards en 2005, soit une hausse de 21 % en deux ans. « Depuis 2000, les sommes détenues par les salariés n'ont pas cessé de croître. De même, le nombre d'entreprises proposant ces mécanismes augmente régulièrement », se réjouit Jean-Claude Mothié, président de la Fédération française des associations d'actionnaires salariés et anciens salariés (FAS). Pour le salarié comme pour l'employeur, le mécanisme s'avère très attractif d'un point de vue financier, fiscal ou social (lire encadré). Il permet également à l'entreprise de se constituer un pôle d'actionnariat stable et plus enclin à défendre les choix de la direction.

Dispositifs avantageux

La crise actuelle remet-elle en cause cette logique « gagnant-gagnant » ? Les experts ne le pensent pas. « Même si les cours de Bourse décrochent, les dispositifs mis en place dans les entreprises sont tellement avantageux que le salarié a peu de chances d'essuyer des pertes sur le long terme », souligne Henri Alline, président du Club de l'épargne salariale (CES). Outre une décote - réduction de l'ordre de 20 % sur la valeur réelle de l'action - le salarié profite souvent d'un abondement de l'employeur. Lors de son dernier plan de souscription d'actions, au mois de décembre 2007, Air France a ainsi abondé les versements des salariés de façon dégressive, à hauteur de 150 % pour ceux inférieurs à 100 euros, et jusqu'à 20 % pour les versements supérieurs à 1 000 euros. De quoi atténuer la baisse actuelle du cours, sans compter que chaque année, les salariés touchent également des dividendes.

« Au final, avec tous ces dispositifs, même si l'action chute de 40 %, le salarié reste souvent gagnant », explique Vincent Cornet, directeur associé du cabinet de conseil en management Altedia. Sans compter que la crise actuelle fait suite à une période de croissance rarement égalée. Ainsi, si le cours de la Société générale a été divisé par deux sur l'année, il a bondi de 42 % en cinq ans ! « Inutile de pleurer sur les salariés actionnaires, ils ont très bien gagné leur vie ces dernières années », résume un consultant d'un grand cabinet d'épargne salariale.

Reste à en convaincre les salariés. « Leur premier réflexe, et c'est normal, est de regarder le cours sur quelques mois et de constater qu'il baisse. Il nous faut replacer ces pertes dans le long terme », explique François Barthalon, directeur « compensation&benefits » de Veolia Environnement, groupe dont les salariés actionnaires détiennent 1 % du capital. Suite à la chute du cours (-28 % en un an), une lettre d'information a été diffusée à tous les salariés actionnaires. « Les fonds d'actionnariat salarié étant bloqués cinq ans, une baisse aujourd'hui ne signifie pas une moins-value à la sortie », rappelle François Barthalon. L'entreprise va plus loin dans sa communication en envoyant à chaque salarié actionnaire un relevé semestriel présentant l'évolution de son apport et détaillant les avantages (décote, abondement...) apportés par l'entreprise. De quoi relativiser ses pertes. Même les pires scénarios sont anticipés, l'exemple de France Télécom, dont l'action cotait 125 euros en mai 2000 avant de se stabiliser à 23 euros cinq ans plus tard, restant encore dans toutes les têtes. « Sur ce type de baisse, certains salariés ont perdu beaucoup d'argent », rappelle Jean-Claude Mothié (FAS). Depuis 2001, la loi oblige les sociétés à proposer à leurs salariés d'effectuer des placements diversifiés. L'objectif : éviter que le personnel ne place tous ses fonds sur les seuls titres de l'entreprise. Certaines sociétés vont plus loin en proposant des dispositifs ultra-sécurisés garantissant le capital initial des collaborateurs. C'est le cas de Veolia, qui permet à ses salariés d'opter pour un plan sécurisé garantissant un taux d'intérêt de 2 % mensuel au minimum, et de retrouver - au moins - leur apport lors du déblocage des fonds. Un mécanisme prudent, donc. Trop ? « Le salarié doit aller sur les marchés en toute connaissance de cause. Être actionnaire, c'est aussi accepter le risque de perdre de l'argent », rappelle Henri Alline (CES).

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