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L'art contemporain, poil à gratter de l'entreprise

03/07/2008 - par Lionel Lévy

L'artiste Igor Antic a partagé pendant cinq mois le quotidien des consultants d'Eurogroup. Ses oeuvres, créées in situ, témoignent des pratiques en entreprise. Un miroir instructif.

Dans le monde de l'entreprise, c'est une première. Bien sûr, nombre d'artistes ont déjà exposé leurs oeuvres dans des locaux professionnels, mais jamais l'un d'entre eux n'avait été « hébergé » aussi longtemps (cinq mois) dans une entreprise. L'élu se nomme Igor Antic, un ancien élève de Daniel Buren qui travaille depuis quinze ans sur les rapports entre l'art et l'économie. À partir de janvier dernier, sa nouvelle résidence était un petit atelier perché au 21e étage de la tour Vista, à Puteaux, siège du cabinet-conseil Eurogroup. Impossible de ne pas le repérer dans la nuée de consultants l'entourant : c'est le seul ne portant ni costume ni cravate. Son temps, il l'occupe à observer la vie de cette société, dialoguer avec les consultants, participer à des réunions internes, voire à des séminaires chez le client... Bref, « à capter l'inconscient collectif du cabinet », aime-t-il à dire. Pourquoi l'avoir convié ? « Le travail d'un artiste invite à prendre du recul, à réfléchir à nos métiers et façons de fonctionner, explique Francis Rousseau, président d'Eurogroup. Cela crée un nouvel espace de critique. Alors, forcément, les créations d'Igor risquent de nous interpeller, questionner, voire déranger. »

En la matière, les salariés d'Eurogroup n'ont pas été déçus. La première oeuvre d'Igor Antic (cinq photographies montrant du marc de café déposé au fond d'une tasse (photo en haut) vient d'une double constatation : « D'un côté, j'ai perçu que les consultants devaient toujours anticiper pour leurs clients une vision du futur. Pour cela, ils doivent se référer à tout un tas de systèmes et de procédures à respecter, mais finissent le plus souvent par se servir de leur intuition. D'un autre côté, j'ai remarqué qu'a Eurogroup, on consommait beaucoup de café », explique-t-il, facétieux. Il a donc fait venir une voyante pour imaginer les futures difficultés et réussites d'une mission en cours chez un client et dresser des profils psychologiques sans concessions des consultants qui la composent. Tous n'ont pas apprécié... « C'est vrai que certains n'ont pas aimé être croqués de la sorte, reconnaît Julien Eymeri, manager chez Eurogroup, à l'origine du projet. Mais qu'importe ! L'important est d'avoir une réaction. » Son président va même plus loin : « Si la démarche de l'artiste permet de casser les normes et les règles, c'est bien. Dans un monde où règne la suprématie de l'ego, insuffler du doute ne peut pas faire de mal. »

« Un générateur d'idées »

Le langage parfois abscons des consultants a également inspiré l'artiste. Sa deuxième oeuvre, Poka Yoké (« anti-erreur » en japonais), est constituée de seize éléments d'un casse-tête « inreconstituable ». Peints en rouge et noir, des prénoms de collaborateurs y sont inscrits associés à des phrases repérées par Igor Antic lors de réunions passées avec des consultants (photo à g.). Petits florilèges : « Féconder les axes de progrès », « Entrer en processus de désintermédiation », « Passer en formation tutorée », « Benchmarker son taux moyen journalier », etc. « Une langue tellement bureaucratique qu'elle finirait par en devenir poétique », sourit Igor Antic. Langage poétique et bureaucratique se télescopent aussi dans sa troisième oeuvre. Des « paperboards » ramassés à la fin des réunions aux titres évocateurs d'une réalité parallèle (photo à dr.) : « Vision stratégique au déclin du jour », « Panorama au creux de la vague », « Esquisse pour scènes de délocalisation », etc. Réactions encore mitigées pour les consultants. Effet burlesque et génie créatif pour les uns, fumisterie et imposture pour les autres... Avec ses oeuvres, Igor Antic ne veut surtout pas porter un quelconque jugement sur son objet d'étude. « L'art ne donne pas de réponses, mais agit comme un générateur d'idées. Et une oeuvre d'art n'exprime jamais la réalité, mais juste une transformation de celle-ci », rappelle-t-il en évoquant Ceci est une pipe de Magritte.

Sa dernière oeuvre est tout aussi iconoclaste. Sauf que cette fois, 80 des 500salariés d'Eurogroup y ont participé. Il s'agit d'une vidéo faite en filmant des dessins de salariés souvent drôles et décalés décrivant un aspect de la vie chez Eurogroup. Pour « l'enchaînement frénétique d'orgasmes managériaux » qu'elle y recèle, l'oeuvre a été baptisée par Igor Antic Orgasmigrammes. La présence d'un artiste dans l'entreprise est-elle susceptible de transformer les mentalités, voire les modes managériaux ? « Difficile d'aller si vite en besogne, mais pourquoi pas à terme », estime Francis Rousseau. Le président d'Eurogroup a d'ailleurs planifié trois nouvelles résidences d'artistes dans les locaux de l'entreprise sur les deux prochaines années. À suivre...

www.eurogroup.fr

www.igor.antic.free.fr

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