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Les intermittents privés de spectacle

25/09/2008 - par Muriel Jaouën

La question de l’intermittence est l’un des serpents de mer de la filière événementielle. Mais elle a pris dernièrement une tournure plus tendue. L’Assedic enferre le débat dans une controverse lexicale.

Le 25 juin 2008, l'Anaé, Association des agences de communication événementielle, se fendait d'un communiqué diffusé à ses quelque soixante-cinq membres. Objet: préciser «le bon usage du recours aux intermittents du spectacle». Rappel à l'ordre ou simple recadrage?

La question de l'intermittence est l'un des serpents de mer de la filière événementielle. Mais elle a pris dernièrement une tournure plus tendue, en écho aux débats qui agitent les caisses d'assurance chômage. Durant l'été, les rencontres se sont multipliées entre représentants de la profession, instances gestionnaires et pouvoirs publics.

Si le débat semble bénéficier d'un climat d'ouverture côté Unedic, ministères de la Communication et du Travail, les discussions avec l'Assédic sont plus laborieuses. L'Anaé conteste notamment la position du Garp (Groupement des Assédic de la région parisienne), qui refuse aux salariés des agences de communication le droit au régime des intermittents.

mais, d'abord, combien sont-ils, ces intermittents de l'événementiel? Selon les estimations de l'Anaé et Bedouk Meetings&Events Media, une agence emploie en moyenne 100 intermittents ou vacataires pour 10 salariés. Si l'on rapporte ce ratio aux 7 000 CDI environ recensés sur le marché, on obtient donc le chiffre de 70 000 intermittents travaillant dans l'événementiel.

 «Il suffit de faire le tour des agences pour constater que l'événementiel est sans doute l'un des secteurs qui emploient le plus d'intermittents. Chez nous, ils représentent autour de 50% de la masse salariale», lance Emmanuel David, directeur général de Market Place. Une entreprise comme Auditoire revendique, elle, 850 intermittents recrutés pour 120 collaborateurs permanents. Chez Euro RSCG Worldwide Events, qui emploie 30 CDI, la seule prestation scénographique fait travailler une dizaine de free-lances, tous intermittents.

Pour Frédéric Bedin, président de l'Anaé et directeur général du Public Système, il convient néanmoins de veiller à un certain équilibre. «Dès lors qu'une agence travaille à 60% avec des intermittents, on peut vite verser dans le modèle intérimaire», souligne-t-il.

La dimension exceptionnelle des prestations événementielles explique ce recours massif à l'intermittence. «Les professionnels de l'événement ne sont pas des fraudeurs. Nous n'embauchons pas des intermittents durant six mois pour masquer des CDD ou des CDI», soutient Nicolas Dudkowski, directeur associé de Double 2 et en charge du dossier à l'Anaé, balayant d'un trait la comparaison avec les sociétés de production audiovisuelle.

Pas si sûr, objecte le représentant d'une grosse agence de la place. «Il ne faut pas se voiler la face: le problème des agences, aujourd'hui, c'est le "permittent", c'est-à-dire l'intermittent que l'on emploie quasiment à plein temps parce qu'on ne peut pas s'en passer et parce qu'il n'a aucun intérêt à passer au régime général.» Un état de fait proche de ce qu'on rencontre dans l'audiovisuel et le cinéma.

Afin de clarifier la situation des intermittents aux contrats multiples, un dispositif d'attribution d'un numéro d'objet a été institué à compter du 1er avril 2008. Cette disposition oblige les agences, avant le démarrage de toute nouvelle activité relevant des annexes 8 ou 10 de la convention d'assurance chômage, à demander pour chaque spectacle déclaré un numéro auprès de l'Assedic, quel que soit le nombre de salariés, de répétitions ou de représentations prévues.

Mais, seule cellule légitime pour contrôler la situation dans les agences, le service de recouvrement de l'Assedic emploie à ce jour moins de dix agents de maîtrise habilités. Pas de quoi faire régner la terreur... En outre, les contrôles n'ont pas vocation à entraîner des redressements économiques qui grèveraient la viabilité des entreprises. Il s'agit, le cas échéant, d'exiger la requalification statutaire des salariés dont l'affiliation au régime de l'intermittence serait contestée.

L'agence Double 2 fait partie des agences qui ont été contrôlées par les services de l'Assedic. «En l'espace d'un an et demi, on nous a demandé une cinquantaine de justificatifs, raconte Nicolas Dudkowski. C'est du cas par cas. Parfois, nous étions dans les clous de la légalité, parfois à côté.»

Car il faut bien le reconnaître, on est ici dans la plus pure casuistique, le nœud gordien de la discorde entre Assedic et employeurs procèdant du registre lexical. En l'occurrence, le débat ne porte pas tant sur la notion d'intermittence que sur celle de spectacle, que l'Assedic refuse d'associer à nombre de prestations événementielles.

Ni l'Anaé ni la délégation événementielle de l'Association des agences-conseils en communication (AACC) ne contestent que tous les événements ne peuvent être estampillés dans la catégorie du spectacle vivant. Mais elles rappellent que tous font appel aux mêmes corps de métier que ceux du spectacle vivant. Si les métiers et les compétences engagées restent les mêmes, pourquoi refuser aux uns ce que l'on accorde aux autres? Pourquoi aborder la problématique par l'employeur et non par le statut?

En attendant les réponses susceptibles de satisfaire les différents acteurs en présence, la prégnance du modèle de l'intermittence n'est pas sans effet pernicieux sur la politique de recrutement des agences. Car chez les employeurs, le constat est à l'unisson: les meilleurs collaborateurs intermittents n'ont objectivement aucun intérêt, et donc aucune intention, de rallier le régime général, ni en CDD ni même en CDI.

Un vrai souci, à en croire les patrons d'agences. «La croissance du marché de l'événement génère une forte demande des professionnels en matière de compétences. Nous manquons de collaborateurs de qualité», explique Olivier Mothes, directeur associé de l'agence Barocco.

La cause est entendue: il faudrait tripler les effectifs de jeunes diplômés pour répondre aux besoins des entreprises. En 2008, une centaine de diplômés aux métiers de l'événement sera sortie des bancs des trois écoles labellisées par l'Anaé. Le métier attire. Les agences, en tout cas les plus en vue, absorbent un flot régulier de candidatures spontanées.

Le volume est là, confirme Frédéric Bedin: «Ce à quoi nous devons faire face, c'est davantage un décalage qualitatif. Nos métiers ont été tirés vers le haut. Nous avons besoin de polytechniciens. L'agence a recruté un normalien et va bientôt intégrer un énarque.»

La nouvelle génération de collaborateurs dans les agences a notamment été formée sur les bancs de Sciences Po et des grandes écoles de commerce. Chez Euro RSCG Worldwide Events, un tiers des salariés serait diplômé de Sciences Po ou des écoles de journalisme. Mais cette montée en niveau reste l'apanage des plus grandes structures, seules à même d'offrir des perspectives de carrière idoines et d'aligner les salaires.

 

(sous-papier)

Le «process», l'arme antistress

Le stress est un indéfectible compagnon de route des professionnels de l'événement. La première université d'été de l'Anaé (Association des agences de communication événementielle), qui s'est tenue en juillet à Aix-les-Bains (Savoie), en a fait l'un de ses thèmes d'ateliers.

Pour autant, il semble que les formations spécifiques -qui fleurissent sur le marché- n'ont pas encore franchi la porte des agences. «C'est idiot, concède Emmanuel David, directeur général de Market Place. Les outils existent, les entreprises devraient s'en servir.»

D'évidence, les entreprises ont privilégié un travail sur les organisations, via la mise en place d'outils et de process collaboratifs internes et externes. «Dans nos métiers, la pression est avant tout un effet collatéral du stress de nos clients», résume Frédéric Bedin, directeur général du Public Système. L'inquiétude retombe dès que l'on introduit la connaissance.

Il s'agit donc de mettre en œuvre les moyens d'un partage optimal de l'information entre les agences et leurs clients. Et de les doubler d'une dimension collégiale permanente dans la gestion opérationnelle des dossiers.

«Le meilleur barrage contre le stress, c'est l'équipe. Il faut mettre en place des procédures verticales et horizontales d'assistance. À tout moment, chacun doit savoir auprès de qui il peut trouver un soutien», souligne Frédéric Bedin.

Les techniques sont connues: systématisation des binômes junior-senior, facilitation d'un climat solidaire en interne, mais également avec les partenaires et fournisseurs, instauration d'une communication d'équipe à équipe entre l'annonceur et l'agence.


M.J.

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