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Plongée au coeur de la Silicon Valley israélienne

11/04/2016 - par Entretien : Marie Le Tutour

La Silicon Wadi, en Israël, est l’endroit au monde qui compte la plus forte densité de start-up. Valérie Zarka, consultante en innovation digitale installée à Tel Aviv, nous emmène à la rencontre d’un écosystème en pleine effervescence.

Après plus de quinze années à Paris passées à accompagner les grands comptes dans la construction de leurs plates-formes digitales, chez BBDO, Ogilvy et Aegis Média, Valérie Zarka a fondé en juin 2014 sa propre société de conseil, More than Digital. Basée à Tel-Aviv, elle propose à ses clients français une veille technologique et des voyages d’études à la rencontre d’un pays tourné vers l’innovation. Elles sont nombreuses. La clef USB, Google suggest, le Kindle ou encore l’application Safetycheck de Facebook, activée durant les attentats de novembre, sont nées au cœur de la « Silicon Wadi ». Cette « vallée » fait parler d’elle pour ses levées de fonds faramineuses et ses records d’acquisitions : en 2015, 4,4 milliards de dollars y ont été levés. Et 62 start-up ont été achetées pour un montant total de 15 milliards de dollars. La Silicon Wadi a le vent en poupe, au point de recevoir la visite en septembre dernier du ministre français de l’économie Emmanuel Macron. Pourtant, les Français y sont peu présents et les Israéliens eux-mêmes regardent davantage vers les États-Unis que vers l’Europe. Visite guidée de cette terre promise avec Valérie Zarka.



Où se situe précisément la Silicon Wadi ?

Valérie Zarka. Ce terme désigne l’ensemble des start-up et entreprises high-tech du pays. Vu sa petite taille, on parle d’une seule et même « wadi »,ce qui veut dire « vallée », en hébreu comme en arabe. En réalité, il existe plusieurs clusters répartis sur tout le territoire. Israël, aussi appelée « start-up Nation », compte plus de 5 000 jeunes pousses, soit une pour 2 000 habitants. C’est un record mondial. Outre leur nombre, ce qui fait la force de ces entreprises, c’est l’écosystème auquel elles sont intégrées.

 

Quel est-il ?

V.Z. On dénombre une centaine d’incubateurs et d’accélérateurs et de nombreux acteurs du capital-risque. À cela s’ajoutent près de 300 centres de R&D, aux deux tiers détenus par des multinationales américaines : Facebook, Google, Amazon, ebay, Intel, Paypal, Microsoft, Yahoo… La plupart des Israéliens qui montent leur start-up sont d’ailleurs passés par ces grandes entreprises. Le système universitaire lui-même est partie prenante de cet écosystème. Il y a neuf universités en Israël qui sont très liées au monde industriel. Dans chacune, il existe un centre de transfert de technologie où professeurs et étudiants déposent des brevets en vue d’une commercialisation.

 

À quand remonte cette Silicon Valley israélienne ?

V.Z. Tout a démarré au début des années 1990. À l’époque, des projets technologiques émergeaient un peu partout en Israël, sur fond de crise économique et d’arrivée massive de migrants russes surqualifiés, parmi lesquels beaucoup d’ingénieurs et de scientifiques. Le gouvernement d’alors a décidé de structurer tout cela en prenant deux initiatives fortes : il a créé les premiers incubateurs technologiques et des fonds d’investissements pour les financer – regroupés dans le fameux « Yozma group », complètement privatisé depuis. Une structure dédiée, the « Chief scientist office », a également vu le jour au Ministère de l’économie pour accompagner le développement du secteur high-tech. L’Israel export institute, créé dans les années 50, a aussi été mis à contribution pour aider les start-up israéliennes à investir les marchés étrangers. Encore aujourd’hui, il continue de financer leur participation aux grands salons technologiques mondiaux, comme le CES de Las Vegas. Le marché intérieur israélien est si petit - 8 millions d’habitants - que les entreprises doivent dès le début penser à l’internationalisation.

 

Y a-t-il des domaines où la Silicon Wadi excelle ?

V.Z. Du fait de la forte présence du secteur militaire en Israël et du service obligatoire pour tous - 3 ans pour les garçons, 2 ans pour les filles, pendant lesquels ils utilisent quotidiennement des outils de pointe -, on retrouve beaucoup de technologies issues de l’armée dans cet écosystème. C’est le cas de la géolocalisation, de l’imagerie par ordinateur (computer vision), ou encore de la cybersécurité - celle-ci inclut le domaine de la finance, avec tout ce qui concerne la sécurité des paiements et le profiling.

 

On parle aussi de la collecte et de l'analyse de données...

V.Z. Oui, le big data est un autre axe fort et ce d’autant que les Israéliens sont les rois du tableau de bord : ils sont capables de concevoir des algorithmes très puissants et d’en restituer les résultats via des interfaces extrêmement simples. L’électronique, les semi-conducteurs, et avec eux les capteurs et les objets connectés, sont également très présents. Derniers domaines d’expertise : l’e-commerce, avec toutes les problématiques de cross-channel, les médias et la publicité qui intéressent plus directement vos lecteurs.

 

Peut-on en savoir plus sur le secteur des médias et de l’adtech ?

V.Z. La monétisation des contenus est évidemment une préoccupation. Une société comme Wibbitz a mis au point une solution basée sur l’analyse sémantique qui permet de transformer n’importe quel contenu texte en une petite vidéo d’illustration - l’idée étant bien sûr d’y glisser des contenus publicitaires. Le marketing est un autre thème porteur : la société Cimagine utilise ainsi la réalité augmentée pour « contextualiser » n’importe quel achat : comment ce fauteuil vu sur Internet ou repéré directement en magasin s’intégrera-t-il dans mon salon ? On trouve aussi beaucoup de choses autour de la gamification, avec des sociétés comme Captain up, par exemple. À l’heure du zapping compulsif, l’idée ici est de retenir les gens le plus longtemps possible sur les sites grâce à des programmes de récompense : plus on partage de contenus, plus on « like », plus on engrange de points, etc.

 

On parle beaucoup de l’état d’esprit nord-américain dans le monde de l’entreprise. Existe-t-il une manière israélienne de faire du business ?

V.Z. Oui, complètement. Ici, on appelle ça la « houtzpah » : c’est un mélange d’audace et de culot lié à la fois à l’esprit pionnier et au service militaire qui autonomise et responsabilise très tôt les jeunes - dès 20 ans, on se retrouve « manager » d’un groupe de jeunes soldats, on apprend à aller à l’essentiel et à prendre des décisions rapides. On dit aussi qu’il « faut avoir honte de sa V1 » : ici, on préfère sortir très vite un produit, dans les 3 à 6 mois, et l’optimiser ensuite. Il n’y a pas la peur de l’échec en Israël : si vous avez échoué, c’est que vous avez tenté. Ça fait toute la différence.

Quelques succès de la Silicon Wadi

Mobileeye (caméras intelligentes embarquées dans les voitures)

Wix (création de sites Internet)

Checkpoint (firewalls)

Taboola (algorithme prédictif de recommandation de contenus)

Checkmarx (cybersécurité)

Quixey (fonctionnalités pour applications mobiles)

Waze, rachetée par Google en juin 2013 (navigation GPS )

Onavo, rachetée par Facebook en 2013 (gestion de bande-passante et profilage de mobinautes)

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