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Radio

11/12/2008 - par Muriel Signouret

La radio a largement traité de la crise économique ces dernières semaines. Pourtant, hormis quelques chroniques, les stations ne lui consacrent pas d'émissions spécifiques à quelques rares exceptions près.

Un récent sondage de TNS Sofres, publié le 20 novembre, révèle que trois quarts des Français jugent l'information économique diffusée par les médias «ni accessible, ni compréhensible». La radio ne sort pas gagnante de ce sondage, puisqu'elle n'arrive qu'en troisième position, après la télévision et la presse écrite, des médias consultés sur ce sujet par les Français. Pourtant, toutes les stations généralistes se targuent de redoubler d'efforts sur l'information économique. Surtout en ces temps de crise où les auditeurs sont particulièrement en demande d'éclairage et de décryptage sur l'effondrement boursier et son impact sur le monde réel.

Mais un média aussi puissant que la radio, qui touche chaque jour 42 millions de Français, peut aussi participer à la sinistrose ambiante et enfoncer encore un peu plus le pays dans le marasme économique. «C'est vrai que nous nous sommes posés la question du rôle amplificateur que pouvait avoir la radio», reconnaît Jacques Esnous, directeur de l'information de RTL.

Avec 8 grands journaux par jour et 12,2% d'audience cumulée en septembre-octobre selon la dernière étude de Médiamétrie, la première radio de France se devait de prendre des pincettes, sans toutefois tomber dans l'angélisme. Sa solution ? «Donner beaucoup d'explications, mais aussi de la chair à notre information, poursuit Jacques Esnous. Au cours de journées spéciales, baptisées La Crise et vous, nous avons également invité des économistes à répondre aux questions des auditeurs dans l'émission Les Auditeurs ont la parole.»

En revanche, RTL se refuse à consacrer une émission à l'économie : «Notre grille est suffisamment souple pour que nous l'adaptions à l'actualité», tranche Jacques Esnous.

Outil de travail pour les cadres

Même constat à Europe 1 où le tout nouveau patron, Alexandre Bompard, a donné comme mot d'ordre à ses troupes: «Ayons un comportement citoyen.» Autrement dit, il a conseillé à la rédaction de «ne pas donner un écho excessif aux peurs et angoisses, tout en laissant une forte visibilité aux praticiens». Laurent Gumier, le nouveau rédacteur en chef, a trouvé la parade «en apportant de vrais services aux auditeurs». Là encore, une matinale a été entièrement consacrée aux questions des auditeurs, auxquelles ont répondu les journalistes du service économie.

Dans une radio "tout-éco" comme BFM, l'équilibre peut être difficile à trouver. «Notre chance est que nous nous adressons à des auditeurs qui ne sont pas ceux qui auraient le réflexe d'aller retirer toutes leurs économies à la banque, nuance Guillaume Dubois, directeur de la rédaction de la station. Les quelque 180000 personnes qui nous écoutent chaque jour sont des cadres en entreprise et des cadres dirigeants.»

Au contraire des grandes généralistes, cette radio de niche ne fait pas de pédagogie sur l'économie au sens d'un JT de 20 heures. «Même si nous veillons à être écoutable par le plus grand nombre, nous avons le souci d'être un outil de travail pour les cadres», souligne Guillaume Dubois.

Une spécificité partagée par Radio classique, qui associe informations économiques et musique, même si la station du groupe Les Échos s'inscrit plus dans une logique de décryptage que de course au scoop. «Nous avons pour règle d'or de prendre notre temps, explique Donat Vidal-Revel, directeur de la rédaction. Ce n'est pas parce qu'une information a été traitée le lundi que nous n'y reviendrons pas le mardi. Notre ambition est d'éclairer nos auditeurs.»

L'effort a payé, puisque la station affiche la plus forte progression d'audience du média radio entre 6h et 9h avec un gain de 119000 auditeurs. Un succès qui fait dire au directeur: «La crise a été notre présidentielle à nous.»

Se garder de tout ambiguïté

Si la faillite de Lehman Brothers et l'effondrement du CAC 40 ont placé l'économie sous les feux de la rampe, le sujet reste finalement assez peu prisé des radios. Hormis les chroniques qui lui sont consacrées dans les différents journaux, très peu de généralistes consacrent des émissions entières à l'économie. France Inter apparaît comme une exception avec son rendez-vous hebdomadaire Rue des entrepreneurs, à l'antenne depuis... 25 ans (lire l'encadré).

La raison de cette frilosité est-elle à chercher dans les relations ambiguës qui peuvent être nouées entre une radio et les chefs d'entreprise, qui sont autant d'annonceurs précieux? «C'est un faux débat, répond Axel Duroux, président de RTL. Nous n'intervenons à aucun niveau sur le contenu de nos journaux. Et il est même arrivé qu'invité et actualité s'entrechoquent.» «Il appartient aux journalistes d'apporter la contradiction», renchérit Guillaume Dubois, de BFM.

D'autant qu'un patron venu faire des RP dans une émission peut finalement desservir son entreprise. «À l'heure de l'économie mondialisée, nous avons souvent le problème inverse, note Dominique Dambert, de l'émission Rue des entrepreneurs. Les patrons craignent de s'exprimer de peur de la réaction du marché.»

Seul Jean-Paul Cluzel, président de Radio France, affirme que le statut de son groupe lui permet de parler d'économie en toute liberté: «Ce n'est peut-être pas un hasard si France Inter est la seule station à diffuser une émission d'une heure sur la microéconomie.» Didier Adès, son coproducteur, rappelle aussi que «les dirigeants doivent comprendre qu'ils peuvent valoriser leur entreprise, pas seulement avec ses produits, mais avec les politiques mises en œuvre au sein de cette microsociété.»

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