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«La femme? Une passante non experte»

05/03/2009 - par Entretien : Amaury de Rochegonde

Michèle Reiser, membre du CSA, dresse le bilan de la représentation des femmes sur les antennes et dans la presse. Elle devrait d'ailleurs être missionnée pour trois ans par Matignon sur ce sujet.

Vous avez présidé la commission de réflexion sur l'image des femmes dans les médias, qui a rendu son rapport le 25 septembre 2008. Qu'en est-il sorti?

M.R. Lorsque Valérie Létard, la secrétaire d'État à la Solidarité, m'a confié cette présidence, j'ai d'abord pensé que c'était pour moi un sujet casse-gueule. Pas question de tomber dans la guerre des sexes, dans le puritanisme ou l'ordre moral en nettoyant les écrans d'une certaine image de la femme. Mais mon nom, c'est vrai, est une garantie contre toute idée de censure. Je ne voulais pas non plus qu'on parle de l'image des femmes sans aborder celle des hommes. Il s'agissait pour moi de travailler sur les représentations et les stéréotypes. La commission a été une collégialité de rêve. Nous avons auditionné des patrons de chaînes, des associations féministes, des chercheurs, des scénaristes, etc. Notre étude sémiologique, fondée sur des critères d'identification, d'expression, de présentation physique et de taux de présence, a fait ressortir que tous médias confondus, le taux de présence des femmes n'est que d'un tiers. C'est vertigineux. Les femmes représentaient 51% de la population française en 2007!

 

Et pourtant, on voit beaucoup de femmes parmi le public des émissions, et elles sont présentes à l'antenne...

M.R. Ce n'est pas que les femmes ne sont pas présentes à la télévision, c'est la façon dont elles sont représentées qui pose problème. Elles sont là, mais en ombres chinoises, et il nous faut rendre visible l'invisible. Prenez la tranche d'information du matin à la radio. On arrive à un équilibre sur les journalistes à l'antenne, et on trouve même plus de femmes que d'hommes parmi les témoins. Mais quand on regarde dans le détail la façon dont les femmes sont nommées, cela change tout. Dès qu'on fait appel à l'expertise, sur RTL par exemple, le décalage est très lourd: 25 minutes pour les hommes contre 1 minute 35 pour les femmes. La parole d'autorité est incontestablement masculine. La presse mixte aussi, puisque les photos d'illustration concernent à 17% des femmes et à 53% des hommes.

 

Faut-il être plus volontariste, aller jusqu'à la discrimination positive en faveur des femmes?

M.R. Je ne crois pas. Les femmes ne sont pas une minorité! Je ne fais d'ailleurs aucune proposition d'ordre législatif. Tout est là, tout est bien. Il y a énormément de textes, les associations jouent leur rôle. Je crois davantage à un travail sur les mentalités. Il faut embarquer la société, ringardiser les stéréotypes. Un plateau d'hommes à la télévision, aujourd'hui, ça ne veut rien dire! Beaucoup de femmes refusent d'y participer car lorsqu'elles se trouvent seules sur un plateau, leur parole est prise en compte en tant que femmes. Faut-il s'en étonner tant qu'on exposera des images d'ombres chinoises, de passantes non expertes ? Il suffit qu'il y ait 30% de femmes sur un plateau pour qu'elles ne soient plus perçues de façon sexuée. Tout le monde y gagnerait. Les jeunes générations se construisent à travers les représentations. Dans la fiction, une femme patron est toujours méchante, elle a les dents qui rayent le parquet. Il y a 50% de blondes contre 10% dans la réalité, et le culte de la minceur règne en maître. Pas question d'interdire l'image fantasmée ni la séduction, mais il faut que tout le monde puisse y trouver son compte. Les femmes sont à la fois mère, épouse, chef d'entreprise. Il n'y a jamais rien sur l'interface entre tous ces rôles.

 

Les stéréotypes sont-ils toujours aussi prégnants?

M.R. Quand j'étais jeune réalisatrice, on m'a dit un jour sur FR3: «Les femmes, je suis comme Landru, je les aime au fourneau.» C'était d'une très grande violence. Aujourd'hui, cela paraît complètement impensable. Or il se trouve qu'il y a quelques semaines, sur cette même chaîne familiale, on a remis une récompense [Les Globes de cristal] à la réalisatrice Yamina Benguigui pour un travail sur la banlieue où elle a été confrontée à beaucoup de douleurs. Elle n'est pas dans le refus de sa féminité, elle n'est pas venue déguisée en homme. Et voilà que le présentateur, que je ne nommerai pas [Jean-Luc Delarue], lui dit: «Vous permettez que je vous tienne votre Globe – ou vos globes?» Imaginons la même chose avec un homme à qui l'on remettrait la Bourse d'or et à qui l'on dirait : «Je vous tiens vos bourses»: ce serait obscène! Ce qui est grave, dans ce cas-là, c'est la déclaration de la chaîne. Aucune excuse vis-à-vis de cette jeune femme. Et, en plus, pour protéger l'animateur, on parle de bronca médiatique injustifiée! Il y a du boulot… Le pire, c'est que c'est une femme [Patricia Boutinard-Rouelle] qui a prononcé ces mots.

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