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Les pures players tiennent le haut du pavé

19/11/2009 - par Cécile Barbière

L'info en ligne n'est pas l'apanage des marques médias traditionnelles : les pure players sont même parmi les plus grosses audiences du genre.

Les champions de l'info en ligne? Le classement effectué chaque mois par Mediamétrie-Net Ratings ne laisse guère de doutes: le haut du tableau n'est pas l'apanage des sites de presse écrite comme lefigaro.fr, lemonde.fr ou lexpress.fr. Le podium est largement occupé par les géants d'Internet tels que Yahoo, Google et autre Microsoft. Dans les classements thématiques, les «pure players», ces médias exclusivement présents sur Internet, se taillent aussi la part du lion.

Sur les sites consacrés à la thématique féminine, par exemple, aufeminin.fr décroche la palme avec 10,5 millions de visiteurs uniques en septembre 2009, loin devant le site du magazine Elle. Dans la catégorie finance, c'est encore un natif du numérique, Boursorama, qui mène la danse.

Ces professionnels de la Toile ont su s'imposer face aux sites Internet des grands médias. Bien qu'ils ne produisent souvent qu'une petite partie des contenus qu'ils proposent – certains comme Google Actualités (5,9 millions de visiteurs uniques) ou Yahoo Actualités (4,4 millions) ne comptent même aucun journaliste dans leurs équipes –, ces grands portails agrégateurs sont devenus des carrefours de l'information en ligne en facilitant l'accès à la jungle de l'actualité sur Internet.

Hiérarchisation mathématique

Mais quelles sont les raisons de ce succès? Les algorithmes remplacent le travail de hiérarchisation de l'information, tandis que la production de contenus est assurée par des partenariats avec les médias traditionnels, les agences de presse et, dans une certaine mesure, par les internautes eux-mêmes.

«Le premier réflexe aujourd'hui, c'est d'aller chercher l'information sur Internet», affirme Alexandre Michelin, directeur éditorial et des contenus à MSN. La facilité de l'accès et la rapidité de la mise en ligne de l'information sont donc des éléments déterminants sur Internet… et le point fort des grands portails d'actualité. «Notre vocation est de faciliter l'accès à l'information», affirme Romain Brami, éditeur de Yahoo Actualités, qui laisse à l'agence Reuters le soin de classer les informations sur sa page d'accueil.

Lancé par Orange mi-octobre 2009, 24/24actu.fr propose un accès aux contenus des sites d'une quarantaine de journaux, télévisions et radios partenaires. «L'organisation des sujets se fait sans aucune intervention éditoriale. L'algorithme classe les articles en fonction de leur fraîcheur et du nombre d'occurrences», précise Pascal Thomas, directeur des services communautaires et de l'innovation numérique chez Orange. La partie Orange News affiche pour l'heure 5,3 millions  de visiteurs uniques.

Même mécanique chez Google. Avec son service d'actualité, le géant d'Internet référence plus de 25000 sources d'information et revendique le second rang des sites d'info, avec près de 6 millions de visiteurs uniques en septembre.

Conscient de cette exigence des lecteurs d'Internet, Rue 89 envisage d'ailleurs de lancer son propre agrégateur de contenu d'ici à début 2010. «Pour des accros de l'actualité, nous ne sommes pas forcément le site de référence, faute d'exhaustivité», reconnaît Laurent Mauriac, son directeur général. Mais ce fonctionnement a aussi des effets pervers. «La logique des agrégateurs peut provoquer un traitement moutonnier de l'information et donner lieu à la surenchère, notamment dans le traitement des scoops», prévient Laurent Mauriac.

Pour éviter de supporter les coûts d'une rédaction, les portails d'actualité ont conclu des partenariats avec les agences de presse (AFP, Reuters, AP) ainsi qu'avec les sites des journaux. MSN News & Weather, relancé début septembre grâce à un partenariat avec les JT de M6 (et 19-45, son nouveau JT), séduit aujourd'hui 4,8 millions de visiteurs uniques. «Nous apportons notre audience aux médias, ils nous apportent les contenus», résume Alexandre Michelin.

L'internaute appelé à la rescousse

Sur la page d'accueil de Yahoo figurent les principaux titres des trois quotidiens généralistes français  (Le Monde, Le Figaro et Libération). En contrepartie de la mise à disposition des contenus, Yahoo renvoie le lecteur vers le site de l'éditeur pour lire l'article. «Entre 5 et 40% du trafic de Yahoo Actualités est renvoyé sur les sites de médias partenaires. C'est un accord gagnant-gagnant», explique Romain Brami, éditeur de Yahoo Actualités. Un constat partagé par les partenaires en question. «Yahoo nous fournit entre 10 et 20% de notre audience quotidienne», reconnaît Benoît Raphaël, rédacteur en chef du post.fr, filiale du Monde interactif.

«Mais de tels partenariats ne sont utiles que si l'éditeur en ligne est dans une logique de progression d'audience», nuance Laurent Mauriac, de Rue 89. Autre frein, le renvoi des internautes vers les sites ne fonctionne que dans une configuration ouverte d'Internet. «AvecLibération, qui a décidé de faire payer l'accès à ses contenus, nous avons dû nous adapter. Nous ne pouvions renvoyer les lecteurs vers les articles en accès payant», souligne Yahoo. Même problème chez Google Actualités, qui exclut de son référencement les articles payants.

Outre ces partenariats, une grande partie des contenus des sites d'information sont produits par les internautes. En imbriquant l'information et le réseau social, les pure players se sont imposés comme des médias sociaux. Lancé en 2007 par Le Monde interactif, lepost.fr connaît un succès d'audience avec 3,2 millions de visiteurs uniques au mois de septembre. Ce sont pourtant les commentaires, blogs et forum de discussions des internautes qui fournissent la majorité de ses contenus.

«En mars 2009, 380 posts ont été mis en ligne par la rédaction et 7400 par les internautes», détaille Benoît Raphaël, rédacteur en chef du post.fr. Ce site «de conversation autour de l'info», encore en phase de développement, est alimenté par une dizaine de journalistes.

Sur aufeminin.fr, le contenu rédactionnel est assuré par les 50 journalistes du site. «Ce contenu représente environ la moitié de notre audience, le reste est généré par les réseaux sociaux», affirme Bertrand Stephann, PDG du site. «Lorsqu'un sujet de discussion suscite l'engouement sur les forums, nous nous en inspirons pour les sujets d'articles», ajoute-t-il.

Diversifier le modèle publicitaire

Fournisseur de contenus, le lecteur interactif est également un bon prescripteur d'audience. «Sur Internet, l'information circule beaucoup par affinité et prescription, rappelle Benoît Raphaël. Il faut toutefois encadrer cette interactivité avec le lecteur. Le journaliste devient de fait un "gestionnaire de communauté".»

Partisans, à quelques exceptions près (dont Mediapart ou Arrêt sur image), de la gratuité de l'information en ligne, les sites d'information ont subi de plein fouet le retournement du marché publicitaire. La croissance de la publicité en ligne, jusque là galopante, est repassée au pas depuis le début de l'année. Le display (bannières, bandeaux, etc.), qui fait vivre la majorité des sites de médias en France, a même connu une baisse de 7%, à 240 millions d'euros, sur les six premiers mois de 2009, selon le Syndicat des régies Internet.

Première victime: Bakchich Info, placé en redressement judiciaire le 9 novembre et qui bénéficie d'un plan de continuation de six mois. Pour de nombreux autres sites, le modèle publicitaire doit se diversifier. Sur lepost.fr, des pages personnelles permettant aux marques d'entrer en interaction avec les lecteurs vont être lancées d'ici à la fin de l'année.

Les portails d'information revoient aussi leur stratégie. Google expérimente aux États-Unis Google Fast Flip, un outil qui «permet de reproduire un kiosque à journaux virtuel», explique Philippe Colombet, responsable des partenariats chez Google France. Les revenus publicitaires tirés de ce nouveau service sont ensuite partagés entre Google et les éditeurs. Un modèle qui n'est pas sans rappeler Ad Sense, le système de liens commerciaux présents en affinité avec les sites partenaires.

 

 

 

 

Rue 89 : le pari du journalisme en ligne

Lancé en 2007 par trois anciens journalistes de Libération (Pierre Haski, Pascal Riché et Laurent Mauriac), le site d'information Rue 89 s'est rapidement fait un nom sur la Toile. En deux ans d'existence, il s'est imposé comme une véritable marque du journalisme en ligne et revendique plus de 1,4 million de visiteurs uniques au mois de septembre. Malgré ce succès d'estime, le site n'a pas encore réussi le pari de la rentabilité, mais le chantier est en bonne voie. «Nous allons être à l'équilibre sur les trois derniers mois de l'année», affirme Laurent Mauriac. L'équilibre annuel pourrait même être atteint dès 2010. Partisan de la gratuité de l'information, Rue 89 a misé sur une stratégie de diversification en développant ses activités de prestataire (dont la formation et la création de sites), qui représentent aujourd'hui 40% de ses revenus.

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