
SOMMAIRE DU DOSSIER :
Prestataires de l'événementiel
25/11/2009 - Traiteurs et organisateurs de réception. Son, lumière, vidéo. Foires, salons, congrès. Mobilier, structures, décoration, lieux de réception... Tour d'horizon des tendances du secteur.
Entre la grippe A et la crise économique, 2009 aura été une année difficile pour les professionnels des prestations de l'événementiel. Ils accusent le coup, mais sans pour autant tomber dans le catastrophisme. «Nous avons observé une baisse du chiffre d'affaires de 15 à 30% chez nos adhérents, mais pas ou peu de dépôts de bilan», analyse Éric-Helen Louis, président de Traiteurs de France, qui regroupe 38 traiteurs provinciaux. Bernard Jaulin, PDG du groupe du même nom spécialisé dans les structures événementielles, évoque des projets «moins ostentatoires, avec des produits plus standards que créatifs». Pour Olivier Ferraton, directeur général services de GL Events, le grand généraliste du secteur (605,7 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2008, 3000 collaborateurs, 80 implantations dans le monde), «la crise et la grippe A sont d'excellentes raisons d'éviter de dépenser de l'argent».
Dans le domaine technique (son, lumière, vidéo), Jacques de la Guillonnière, PDG du groupe Novelty, évoque «quelques dépôts de bilan et redressements judiciaires. Le métier a tendance à se concentrer».
Même les destinations incontournables comme Disneyland Paris n'y échappent pas: «Le marché a baissé de 20 à 40%. Et la clientèle étrangère évite de plus en plus de voyager», reconnaît Éloi Courcoux, directeur de la division Business Solutions du parc.
Reprise imminente
Mais si 2009 est plutôt morose, les prestataires parlent davantage de reports que d'annulations, et de décisions de dernière minute plutôt que de pertes de budget. «Nous n'avons aucune visibilité, tout se fait à la dernière seconde», se plaint Philippe Focard de Fontefiguières, PDG de Rêvez d'ailleurs. La situation économique incite en outre aux rapprochements, comme entre l'Anaé et Foires, salons et congrès de France, devenu FSCEF après l'ajout du mot "événements" à son nom. «Les agences de l'Anaé sont adhérentes d'office et pourront bénéficier des services de l'association. Et les agences nous aideront à faire la promotion du média événement», explique Annie Arsaut-Mazières, directrice générale de la FSCEF.
Une manière de se préparer à une année 2010 qui s'annonce elle aussi difficile, les décisions d'investir dans un événement étant prises plusieurs mois à l'avance. «Le premier semestre 2010 sera très dur, mais la reprise est là», estime toutefois Annie Arsaut-Mazières. Peut-être, mais le retour de la croissance suffira-t-il à redonner des couleurs au secteur de l'événementiel? Rien n'est moins sûr. Pour Éric-Helen Louis, c'est certain, «le marché ne reprendra pas comme avant». Tour d'horizon des tendances du secteur.
Traiteurs et organisateurs de réception
Le retour de la tradition
La spectaculaire cuisine moléculaire n'est plus vraiment à la mode. Place aux plats traditionnels, simples, voire rustiques. «En période de crise, on limite les artifices», explique Éric-Helen Louis, président de Traiteurs de France. Comme la gardiane de taureau, une vieille recette camargaise que le traiteur a réintroduite dans son menu.
Dans le segment haut de gamme, l'épicier de luxe Fauchon a créé récemment Fauchon Réception. C'est Christophe Renard, ancien directeur commercial du leader Potel & Chabot qui a été recruté comme président de cette structure de 45 personnes consacrée à l'événement d'entreprise. Pour lui aussi, la tendance est au retour à la valeur intrinsèque des produits: «On revient aux appellations d'origine contrôlée, au terroir.» Exemple de recettes tradition: le tiramisu de châtaignes et de cèpes, garni d'une émulsion à la truffe. Avec son chef d'origine basque Marc-Henry Vergé, Fauchon Réception propose également des déjeuners ou dîners à base de tapas accompagnées de vins du Sud-Ouest.
Autre piste: la personnalisation. «Pour une marque automobile, nous avons proposé que les participants choisissent leurs plat, sauce, garniture, etc., de la même manière qu'on personnalise sa voiture en choisissant les options», détaille Christophe Renard.
Reste que les budgets alloués au traiteur pour les événements rétrécissent sensiblement: «Il faut faire aussi bien avec des budgets moins élevés. Nous recevons même des demandes hallucinantes auxquelles nous ne pouvons pas répondre tant les tarifs proposés sont bas», lâche le président de Traiteurs de France.
Son, lumière, vidéo
La haute définition en vedette
Le secteur de la technique au service de l'événement (son, vidéo, lumière) souffre lui aussi de la conjoncture. «Les clients organisent peu et attendent le dernier moment, ce qui a un impact direct sur le chiffre d'affaires», constate Jacques de la Guillonnière, président du groupe Novelty. Un attentisme qui a pour conséquence d'accélérer le mouvement de concentration du métier. Novelty, leader de ce segment avec 52 millions d'euros de chiffre d'affaires, a ainsi multiplié les rachats en 2008 et 2009. Le dernier en date, Stage Craft Company, va rejoindre les quatre autres sociétés du groupe (Euroson, Interpel, JLT Services, VPS) sur la nouvelle plate-forme technique et logistique de Longjumeau (Essonne) ouverte en septembre.
Côté nouveautés, la crise a ralenti l'innovation. La LED continue de remplacer progressivement les projecteurs traditionnels. Les systèmes «line-array» (réseau linéaire d'enceintes acoustiques qui multiplie le niveau sonore) permettent d'utiliser moins d'amplificateurs, et donc d'économiser de l'électricité. Les vidéoprojecteurs sont de plus en plus puissants: jusqu'à 30000 lumens (unité de mesure du flux lumineux) en haute définition. «Les demandes de haute définition se multiplient. C'est une technique plus onéreuse, mais qui offre plus de possibilités, comme le multifenêtrage», indique le président de Novelty. De plus, une machine haute définition peut remplacer plusieurs installations traditionnelles.
Tous ces systèmes sont chers, d'où l'obligation pour les prestataires techniques d'investir. C'est le cas chez Match Event, qui a acquis des vidéoprojecteurs 10000 lumens haute définition de la gamme Christies Digital. Couplé au nouveau mélangeur Opus d'Analog Way dont la société vient de faire l'acquisition, ce système permet de réaliser un «infodécor» avec deux incrustations d'images en simultané.
Dans ce domaine, Novelty investit à hauteur de 3 à 4 millions d'euros par an. La dernière réalisation du groupe s'appelle UP 6. C'est la première tour échafaudage conditionnée en chariot. Ce dernier, dont les dimensions sont optimisées, contient l'intégralité des éléments nécessaires au montage de l'échafaudage haut de 6 m et extensible à 12 m: roulettes, garde-corps, stabilisateurs, planchers, escaliers.
Foires, salons, congrès
Des reports en cascade
En tant que médias, les congrès, foires et autres salons professionnels continuent d'attirer les annonceurs. Selon une étude Irep-France Pub, les dépenses des annonceurs ont augmenté de 2,7% en 2008, alors que l'ensemble des dépenses de communication enregistraient une baisse de 1,4%. Pour 2009, les chiffres ne sont pas encore disponibles, mais la tendance est similaire, au moins pour les six premiers mois de l'année. «Les effets de la crise ont été amortis car les décisions d'exposer sont prises longtemps à l'avance», analyse Annie Arsaut-Mazières, directrice générale de la FSCEF, qui représente environ 90% de l'activité du secteur en France. Mais les effets négatifs de cette période économiquement difficile risquent de se faire sentir dès le début de l'année prochaine. Les arbitrages effectués il y a quelques mois par les entreprises vont se répercuter sur la taille des stands, le nombre de visiteurs par entreprise et le niveau des prestations. Cette désaffection pourrait faire les affaires des concepteurs de salons en 3D sur le Web (lire en page XX).
Néanmoins Paris, capitale mondiale des congrès, résiste plutôt mieux que ses voisins européens. Barcelone, par exemple, pâtit de l'intensité de la crise économique en Espagne. Mais si la Ville Lumière bénéficie d'opérateurs aguerris, comme Viparis (1), cela n'a pas empêché le report de certains salons professionnels, comme le salon RFID (radiofréquences) qui devait se tenir en novembre 2009 et a préféré attendre mars 2010, en même temps que le salon du transport et de la logistique. Idem pour Solutrans (transport routier et urbain) prévu en mai dernier et qui aura finalement lieu en mars 2010 à Lyon. Côté grand public, le Mondial du deux-roues, annoncé en octobre, a lui aussi décidé d'attendre une conjoncture meilleure «à l'automne 2010».
Mobilier, structures, décoration
La fin du show off
Reports, annulations, baisse de 10 à 40 % du chiffre d'affaires: 2009 fait souffrir les prestataires spécialisés dans les structures et la décoration. Mais c'est aussi l'occasion d'aller chercher de nouveaux clients. «Les nouveaux produits sont mieux pensés, plus rapides à monter, plus sécurisés et l'aspect visuel est meilleur», estime Olivier Ferraton, directeur général services de GL Events. Illustration avec Absolute, la nouvelle structure événementielle du groupe, qui propose en standard un toit courbe, un toit plat et un toit bipente. Le Fully Integrated Decoration System (FIDS) permet d'inclure directement dans l'ossature des éléments permettant l'installation rapide de l'éclairage et de la décoration. La structure, qui répond aux normes françaises et internationales, est déjà disponible en versions 10m, 12m et 15m de long, pour une hauteur de 4 m. Le groupe mise beaucoup sur ce nouveau produit et y a investi 4,5 millions d'euros.
Autre axe de développement: l'international. GL Events sera présent au prochain Mondial de football en Afrique du Sud, mais également aux Jeux olympiques et aux Jeux du Commonwealth. Côté mobilier, les tendances marquent le retour au classicisme (fauteuils Napoléon III) et les couleurs dominantes sont le noir, le gris, le blanc et le chromé selon Frédéric Claramunt, directeur du développement du groupe Jaulin. Des couleurs revisitées dans des tons moins tranchés (blanc cassé, blanc sali, gris clair ou ardoise). Pour GL Events, 2009 signe le retour à l'authenticité et à la simplicité. Conclusion de Frédéric Claramunt: «La tendance lourde est au profil bas. Tout est moins "show off" qu'avant.»
Lieux de réception
Le haut de gamme très tendance
Privatiser un musée est à la mode, surtout quand il est petit comme le musée Dali à Montmartre ou le musée Dapper consacré aux arts africains, près de l'Étoile. Les endroits de prestige sont également recherchés. Rêvez d'ailleurs (le Karé Magic à Boulogne-Billancourt et l'Atelier Barok à Paris) vient d'ouvrir un nouveau lieu prestigieux, le Neuf Trois. Rien à voir avec la banlieue nord: il s'agit d'un hôtel particulier sis au 93, rue de l'Université, à deux pas de l'Assemblée nationale, propriété de la duchesse de La Rochefoucauld qui l'a légué à sa fondation Vieilles Maisons de France. Celle-ci a confié 300 m² sur deux étages à Rêvez d'ailleurs. «Nous avons conservé les tapisseries d'Aubusson et réaménagé le reste, en créant une cuisine moderne et en installant des équipements audiovisuels dernier cri», explique Philippe Focard de Fontefiguières, PDG de Rêvez d'ailleurs. Cerise sur le gâteau: la cour intérieure de 70m² pourra accueillir des cocktails lors des chaleurs d'été. La restauration est assurée en exclusivité par Fauchon Réception.
Prestigieuse, la Halle Freyssinet l'est également, mais pour d'autres raisons. Œuvre de l'architecte Eugène Freyssinet, inventeur du béton précontraint, cet immense bâtiment (300 m de long, 57 m de large, 12 à 16 m sous plafond, 18000 m² de surface) situé derrière la Grande Bibliothèque dans le XIIIe arrondissement de Paris, appartient à la SNCF, qui l'a récemment confié au groupe Jaulin.
«Pour des raisons de sécurité, de coût, de voisinage, il est de plus en plus difficile d'installer des tentes ou d'autres structures dans Paris intra-muros. Ce nouvel espace événementiel dans le quartier en plein développement de la ZAC Rive gauche est une aubaine pour les entreprises», assure Bernard Jaulin, PDG du groupe. Déjà, des marques de mode (dont Lanvin ou Dior) l'ont utilisé pour leurs défilés. Ce qui a provoqué quelques réactions de la mairie d'arrondissement et des riverains, peu habitués au ballet des limousines dans ce coin tranquille… Totalement rénovée et modulable grâce à des rideaux phoniques, la Halle Freyssinet devrait devenir le nouveau lieu branché de Paris pour les événements de toute nature.
Destination phare de la région parisienne, Disneyland Paris propose de plus en plus de restauration sans nuitée pour s'adapter à la réduction de la durée des séminaires et du nombre de participants. «Nous avons redéfini notre offre avec une nouvelle promesse, "Osez une expérience unique du business avec Business Solutions", qui met en valeur le caractère intégré de nos prestations sur un lieu unique facilement accessible», précise Éloi Courcoux, directeur de cette division. Et pour booster la fréquentation du parc d'attractions, Disneyland Paris propose désormais aux professionnels invités de revenir en famille à prix réduit.
Le Club des prestataires s'étoffe
Créé en janvier 2008 pour faciliter les échanges entre agences événementielles et prestataires, le Club des prestataires de l'Anaé voit les adhérents affluer. «Nous avons déjà plus de 70 membres, et les demandes arrivent tous les jours», se félicite Laetitia Champagne, chargée de mission à l'Anaé. Après un an d'activité, 98% des membres ont confirmé leur adhésion. Et pourtant les tarifs d'adhésion sont élevés (de 1500 à 6000 euros annuels selon le chiffre d'affaires). «Le Club permet de passer moins de temps sur les appels d'offres et améliore le travail en réseau et la mise en relation», estime Sylviane Poulinet (Atouts Forces), l'une des trois responsables du club. L'affluence constatée à l'université d'été du Club est un autre signe que cette structure a comblé un besoin.
La crise fait éclore le premier salon virtuel
La crise ne vous permet plus de payer le stand, les hôtesses et les décors des salons consacrés à l'événementiel? Pas de panique, voici 3D Live Meetings, premier salon virtuel imaginé par la société 1001 Services, qui gère le site 1001salles.com, annuaire en ligne d'espaces de réception.«C'est une nouvelle façon de se rencontrer pour les professionnels du tourisme d'affaires et de l'événementiel», estime Vincent Tricot, directeur associé de 1001 Services.
Après une étude de marché, le projet a été présenté à Accor, qui s'est dit intéressé. Le site www.3d-live-meeting.com consiste en un salon en trois dimensions dans lequel le visiteur se déplace avec sa souris. Chaque stand virtuel est composé d'un pôle multimédia (matérialisé par une télévision), d'un espace avec des documents en PDF ou Word et d'une mise en relation par webcam avec l'exposant. Un avatar en 3D représente l'exposant, qui se trouve en réalité dans les locaux de sa société. «Il est mobilisé pour l'occasion, mais il peut continuer à travailler entre deux visiteurs virtuels», précise Vincent Tricot.
Pour le directeur associé de 1001 Services, ce salon virtuel est plus un complément qu'un concurrent aux manifestations réelles. La crise, qui a réduit les budgets de communication et de transport comme peau de chagrin, a accéléré l'organisation de 3D Live Meeting, qui aura lieu du 11 au 19 janvier 2010. Il en coûtera 1 950 euros HT pour sept jours ouvrables plus un week-end, avec un pack multimédia (webcam et micro) pour ceux qui le demanderont. Vincent Tricot espère attirer 300 exposants, dont une bonne partie de provinciaux.
Côté technique, pas besoin de télécharger un logiciel, il suffit d'être équipé de la version 10 d'Adobe Flashplayer. Labellisé Oseo Innovation, ce salon virtuel a bénéficié d'un budget de 500000 euros. Un plan de communication multisupport (télé, radio, presse, Web) est prévu en décembre pour appuyer ce salon 2.0.