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Fils de...

15/12/2009 - Les aventures du "prince Jean" ont rappelé que la France est un vieux pays d'héritiers. Tour d'horizon des fils et filles de ...dans la communication et les médias.

Le feuilleton a fait grand bruit. Pendant plusieurs semaines, la candidature de Jean Sarkozy, conseiller général des Hauts-de-Seine, à la présidence de l'Epad a alimenté la polémique, déchaînant une telle bronca que le «prince Jean» a dû retirer sa candidature. Rien d'étonnant dans un pays attaché au principe d'égalité.

Pour autant, suivre les traces de son père (ou de sa mère) est une tradition vieille comme le monde et qui ne suscite pas toujours l'opprobre. Les fils et filles de… sont légion, reproduction des élites oblige. La communication et les médias n'y échappent pas. Un secteur où les profils des «fils de…» témoignent d'itinéraires différents.

Ils dirigent l'entreprise familiale

Ce sont des capitaines d'industrie et l'on en oublierait presque le prénom de leur père. Citons d'abord Martin Bouygues, Arnaud Lagardère ou Philippe Hersant, qui ont pris les rênes du groupe familial ou ont agrandi l'empire au décès du fondateur.

«Malgré les procès en légitimité qu'on a pu faire à Arnaud Lagardère à la mort de son père Jean-Luc, en 2003, il a su donné à son groupe une solide santé financière et tranché la question du producteur ou du diffuseur en renonçant à acheter une chaîne nationale», explique son porte-parole Ramzi Khiroun.

De leur côté, François-Henri Pinault (fils de François), notamment propriétaire du Point, et Jean-Charles et Jean-François Decaux (fils de Jean-Claude), incarnent des patrons à la fois décisionnaires, opérationnels et toujours sous la bienveillante surveillance de leur père (Jean-Sébastien Decaux faisant lui ses classes dans le groupe en Italie).

Dans la presse quotidienne régionale, c'est aussi le cas d'Olivier Saint-Cricq (fils de Jacques), qui fait face aux difficultés de la Nouvelle République du Centre-Ouest. Rares sont ceux qui, comme Hubert Coudurier, frère aîné d'Edouard et fils de Jean-Pierre, PDG du Télégramme , sont d'abord allés s'épanouir ailleurs. «Cela n'a pas toujours été un avantage, confie-t-il. A France 3, on me voulait comme rédacteur en chef adjoint, mais on m'a dit que je ne passerai pas le barrage les syndicats, vu que je serai toujours le fils de mon père.»


Ils se préparent à hériter

Programmés dès le plus jeune âge ou arrivés sur le tard, ils ont vocation à reprendre le flambeau. Olivier Dassault est de ceux-là. «Je suis un peu comme le prince Charles qui attend toujours, et ne régnera peut-être jamais» déclarait-il à La Croix en juin dernier. Avant de préciser, à cinquante huit ans, à l'adresse de son père Serge, quatre-vingt-cinq ans, propriétaire du Figaro : «Je suis le plus qualifié pour la succession.»

Directeur général de Direct 8 et aux commandes des quotidiens gratuits Direct soir et Direct matin, Yannick Bolloré, est sans doute très loin, à trente ans, de cet état d'esprit. A cinquante-sept ans, son père Vincent a du temps devant lui. «Yannick a terminé son apprentissage et il a appris très vite, explique Philippe Labro, l'un de ses mentors dans les médias. On sent chez lui un esprit d'entreprise avec le sourire, un bon sens relationnel et la capacité d'écoute qui font qu'il est bien vu dans le métier. Il a aussi la volonté d'être serein, de prendre du recul et des responsabilités.» Par ailleurs, son épouse Cloé est la nièce de Martin Bouygues (fils de Francis).

Delphine et Antoine Arnault (fille et fils de Bernard) sont, à trente-trois et trente et un ans, membres du conseil de surveillance des Echos. S'il est trop tôt pour dire qui s'impliquera dans les médias, Antoine est actuellement le directeur de la communication de Louis Vuitton après avoir monté une start up financée par feu Europaweb. Quant à Delphine, c'est le numéro deux de Dior.

Même montée en puissance progressive pour Aurore et Jean-Etienne Amaury (fille et fils de Marie-Odile, la veuve de Philippe), à la présidence du groupe homonyme. Alors que le fils, trente-trois ans, a pris la présidence d'Amaury Sport Organisation au départ de Patrice Clerc en 2008, la fille, avocate, s'investit dans les quotidiens. Elle a ainsi lancé l'éphémère Aujourd'hui sport et aurait découvert, à cette occasion, les vertus du «low cost» pour préserver la rentabilité du patrimoine.

Dans la publicité, les exemples se trouvent davantage dans les PME, comme Calyptus, dont Matthieu Calleux (fils de Philippe, le fondateur) est directeur général, ou chez Business, où Georges-Henri Bousquet (fils d'Eric, le fondateur) est directeur général adjoint et directeur du développement. «Après des études à Centrale et quatre ans comme pilote de ligne, j'ai préféré la liberté qu'offre la publicité», résume Georges-Henri Bousquet.

D'autres se donnent encore le choix comme, chez Jean & Montmarin, les enfants des fondateurs, Sidonie Jean (fille de Gérard) et Nicolas de Montmarin (fils d'Hubert), tous deux associés. «Je ne programme rien et veux rester libre d'aller ailleurs», lance Sidonie Jean.

Ils sont à leur compte

A deux ans d'intervalle, Edouard de Pouzilhac (fils d'Alain, président de France 24 et ex-PDG d'Havas) et Alain Lévy (fils de Maurice, président de Publicis Groupe) ont lancé leur propre agence, tous deux dans l'univers d'Internet. Le premier avec 5ème Gauche, le second avec Start up avenue, puis Weborama. «Si mon premier client a été Darty [budget historique d'Havas], que j'ai démarché seul, je n'ai jamais demandé à mon père un seul contact et j'ai toujours évité d'aller travailler avec ses clients», assure Edouard de Pouzilhac. Pour sa part, formé aux Ponts et Chaussées et au MIT (Massachusetts Institute of Technology), Alain Lévy, rejoint depuis par son jeune frère centralien, déclare «être entré dans la publicité avant tout par la technologie».

Autres exemples : d'abord passé par BDDP, CLM BBDO et Publicis, Christophe Lambert (fils de Jean, qui fit carrière chez Publicis) a créé FFL en 2006, puis Blue en 2008 ; Pierre-Marie Dru (fils de Jean-Marie et de Marie-Catherine Dupuy, tous deux dirigeants chez TBWA) a fondé en 2004 Pigalle Production ; Jean-Marie Bonnange (fils de Claude, cofondateur de TBWA) est directeur associé de Bon Angle depuis 1996 et sa sœur, Catherine, a créé une société de conseil médias, Good Angel Media ; Sylvie Douce (fille de Jacques, ex-président d'Havas et nièce de Claude, ex-président de McCann) préside Event International… «C'est peu après la mort de mon père que j'ai créé ma propre agence. Mon nom m'a indéniablement ouvert des portes, mais il m'a surtout obligé à être à la hauteur», confie-t-elle.

Ils sont simples salariés

Par vocation, par fidélité ou par nécessité, ils ont choisi de suivre la voie de leur parent. Au sein même de la société, comme Alain Cayzac (fils d'Alain), responsable du budget Citroën à l'agence H, filiale du groupe Havas dont le père fut vice-président, ou Pierre Marcus (petit-neveu de Marcel Bleustein-Blanchet) qui, après de nombreuses années chez CLM BBDO, est aujourd'hui président de Publicis Wam. Mais la plupart ont fait leur chemin sous d'autres cieux. Comme Marie-Catherine Dupuy, la troisième représentante d'une dynastie de publicitaires après son père (Jean-Pierre Dupuy, fondateur de Dupuy Compton, devenue Saatchi & Saatchi France) et son grand-père (Roger-Louis Dupuy, qui créa R.L. Dupuy en 1928).

Autres cas de prosélytisme familiale : Xavier et Bertrand Carette (fils d'Alain, fondateur de Vidéothèque) sont respectivement patron du pôle image de Veolia Environnement et directeur de la création de Loyal Touch. Idem pour Matthieu Morgensztern et Zysla Belliat, (fils et fille d'Armand, inventeur du coefficient bêta de mémorisation de la publicité), respectivement directeur général d'Euro RSCG 4D et directrice déléguée études et recherche chez OMG.

D'autres ont préféré les chemins de traverse, comme Patrick Gouyou-Beauchamp (fils de Xavier, ex-président de France 2), président de l'agence Ecran Media. Dans la presse, Pierre Conte (fils d'Arthur Conte, ex-président de l'ORTF), directeur général adjoint du groupe Le Figaro et ancien président d'OMD, doit sans doute à son père son goût pour les médias. Grâce au meilleur ami paternel, Roger Thérond, patron de Paris Match, il fait un stage chez Hachette, à 7 Jours madame, puis relève une petite annonce pour devenir chez de pub à L'Expansion. «Aujourd'hui encore, j'entretiens le doute en essayant de passer pour un homme de médias plutôt que de publicité», sourit-il.

Le modèle a-t-il vocation à se perpétuer ? Après le départ de son père de la présidence de TF1, Laurent-Eric Le Lay (fils de Patrick) continue de présider le groupe Eurosport. Et on dénombre deux enfants Gillet (fils de Louis, ex-président de Manchette Publicité) dans le mileu : Jean-Marc, directeur commercial des régions de 20 Minutes, et Pierre-Arnaud, concepteur-rédacteur dans la publicité.

Alain Delcayre et Amaury de Rochegonde
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