
SOMMAIRE DU DOSSIER :
Le bouquet des fantasmes
Le bal des vampires
Boulevard du crime
Mister Twitter
Allô? Je vous passe un Iphoner!
Vous avez dit potiches ?
Les maires ont peur du noir
Frédéric Mitterrand : «Je me considère comme un artiste »
Année noire pour la presse quotidienne
Frédéric Taddeï regarde le monde changer
Jolis feux de paille
Télé-nostalgie
Fils de...
08/12/2009 - Aux commandes de l’émission «Ce soir ou jamais» sur France 3, le journaliste a su imposer son style. Secrets de fabrication.
«Je me marre souvent, réfléchis toujours et me couche avec la satisfaction de n'avoir pas perdu mon temps.» Ce témoignage sur Internet d'une fan de Ce soir ou jamais fait sourire Taddeï : «Mais moi aussi, je me couche plus intelligent !» Ce vendredi de décembre, c'est jour de relâche pour le journaliste, qui fait une pause dans un bistrot du Pré-Saint-Gervais, où il vit avec l'actrice Claire Nebout. Aucune lassitude en surface, celui qu'Ardisson disait «trop cultivé pour la télé» paraît toujours passionné par l'exercice d'équilibriste qu'il réalise quatre soirs par semaine sur France 3 (1). Depuis trois ans, il y a eu quelques retouches et autres aménagements, mais la promesse de départ tient toujours : aborder l'actualité par le prisme de la culture. Et, certains soirs, ce sont plus d'un million de téléspectateurs qui suivent les débats de Ce soir ou jamais.
«Je fais la télé que je veux, affirme-t-il. Au début, j'entendais dans mon oreillette : “coupe-le”, “il est trop long”. J'ai enlevé l'oreillette. Aujourd'hui, on ne me donne plus que l'heure.» Seul aux manettes donc, sans fiche, sans chroniqueur et sans parasite. Dans ce décor, l'homme avait promis de retourner à l'original, à la source de la pensée. Un beau pari sur le papier qui aurait pu faire «pschitt» sur petit écran. Mais, contrairement à d'autres, Frédéric Taddeï ne s'est pas laissé enfermer : l'animateur a sorti des bibliothèques des sociologues, des historiens, des scientifiques peu connus du grand public. Redistribuant, en quelque sorte, les cartes de la médiatisation et déjouant les circuits courts de la promotion. «Faire parler Picasso de l'actualité, cela m'aurait plus intéressé que de lui demander de m'expliquer sa peinture», imagine l'animateur.
Un contre-pied naturel pour le journaliste qui se méfie des «spécialistes» et leur préfère les penseurs, au sens large. Régulièrement, son plateau se colore ainsi d'humoristes, tel Romain Bouteille, ou d'artistes «performers». Plus excentriques ou contestataires, ces invités viennent alors titiller les schémas de réflexion classiques. L'œil malicieux, Frédéric Taddeï résume : «J'essaye de faire ce que l'on est en droit d'attendre sur la télévision publique.» Une télévision pluraliste mais pas populiste, intellectuelle mais pas inaccessible, pointue mais pas excluante.
«Je suis illisible»
Une gymnastique d'esprit qui résulte certes d'un travail quotidien, surtout d'une solide culture en amont. Des lectures, des musées, des films dont Frédéric Taddeï s'est exclusivement nourri entre ses vingt et trente ans, bien avant les débuts à la télévision dans l'émission Nulle Part ailleurs sur Canal + en 1994. Celui-ci tient aussi farouchement à son indépendance : «Je suis illisible, estime-t-il. Personne ne sait ce que je pense.» Sa définition, en somme, de l'animateur. «Je veux donner à mes invités la liberté d'aller au bout de leur raisonnement, la liberté de déplaire aussi.» Résultat, les intellectuels se pressent chez Taddeï, les politiques aussi.
Toutefois, à trop laisser parler, certains reprochent au journaliste de trop laisser dire, à l'instar d'un Matthieu Kassovitz émettant des réserves sur la version officielle des attentats du 11 septembre. «Cette thèse existe sur Internet, pourquoi faudrait-il ne pas en parler à la télévision ?», se défend l'animateur.
Seul regret : n'avoir pas été suivi sur France 3 par une partie de son jeune public de Paris dernière. Une déception pour celui qui aime par dessus tout parler culture au plus grand nombre. Il vient d'ailleurs d'enregistrer une nouvelle série de D'Art d'art !, programme court qu'il anime depuis 2002 sur France 2 et qui est regardé par 6 millions de téléspectateurs. «C'est vraiment un format qui me passionne. J'aimerais beaucoup le décliner à propos du cinéma ou même de l'économie.»
Si Patrice Duhamel, directeur général de France Télévisions, en charge des antennes, dit de Taddeï qu'il «vit les plus belles années de sa carrière sur France 3», celui-ci ne semble pas vissé au canapé immaculé de Ce soir ou jamais. D'ailleurs, il le dit sans ambages : le jour où Le Grand Journal de Canal + cherche un animateur, il sera candidat. «La case horaire et la chaîne m'intéressent évidemment. Alors, si Michel Denisot en a marre un jour et que, moi aussi, j'en ai assez de Ce soir ou jamais…», lance-t-il dans un éclat de rire.
(1) Le journaliste anime également l'émission Regarde le monde changer le samedi et le dimanche sur Europe 1.

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