
SOMMAIRE DU DOSSIER :
Brigitte Cantaloube, au cœur de la mêlée
Constance Benqué, une ambitieuse «maman»
La bougeotte de Marie-Laure Sauty de Chalon
Valérie Accary, sans préjugés et sans frontières
Katia Hersard, à haut débit
Natalie Rastoin (Ogilvy France) : à fleurets mouchetés
Anne Browaeys, au mérite
Béatrice de Clermont Tonnerre, en mode «commando»
Nathalie Collin, en binôme
Sylvie Kauffmann, le culte de l’info
Frédérique Granado à la barre
Anne Vincent, numéro deux oblige
Alexandra Rocca, le souci du détail
Michèle Ferrebeuf, marieuse de talents
Sophie Sachnine, la touche suédoise
Marion Darrieutort, storytelleuse
Laurence Bricteux, à la perfection
Mercedes Erra, à l'énergie
Maryam Salehi, «l'optimiste réaliste»
Valérie Decamp (La Tribune) : cash woman
Virginie Calmels, à l'anglo-saxonne
Marie-Hélène Boidin-Dubrule (Auchan) : bienvenue chez la chti!
Isabelle Schlumberger, le goût des autres
Marie-Christine Saragosse, très sport
Valérie Toranian, l'école du doute
Alice Holzman, fixe ou mobile ?
Laetitia Olivier, du tac à tac
Sylvie Lagourgue, participative
Corinne Pitavy, consensus et proximité
Martine Hollinger, directe TV
09/09/2010 - Avec Laurent Joffrin, le partage des rôles à la tête de Libération est clair: à lui l'éditorial, à elle le développement de l'entreprise.
Lorsqu'elle pose ses valises rue Béranger, à Paris, la nouvelle coprésidente du directoire de Libération arrive dans un journal en crise. Une secrétaire de rédaction a entamé une grève de la faim dans les murs du quotidien pour protester contre son licenciement. «À ce moment, il y avait une vraie crise doublée d'un évident besoin de trésorerie, se rappelle un journaliste. Elle a vécu un véritable bizutage, mais s'en est plutôt bien tirée.» Arrivée d'EMI France et des paillettes du Midem en février 2009, Nathalie Collin embraye sans transition. «Le conflit qui existait entre cette femme licenciée et le journal était très violent, raconte-t-elle. C'était une expérience extrêmement difficile pour un manager, et qui a duré plus d'un mois. Après, les choses m'ont semblé plus faciles, en comparaison.»
Peu de choses, pourtant, appelaient cette diplômée de l'Essec à prendre les rênes de Libération. «Aucun chasseur de têtes ne m'aurait confié ce poste», reconnaît-elle. Mais outsider, elle l'a déjà été avec succès lors de son arrivée chez Virgin, sans expérience de l'industrie du disque. «On ne permet pas assez aux gens de faire des pas de côté au cours de leur carrière», regrette-t-elle. Une enjambée que Nathalie Collin a pu réaliser grâce à l'ancienne présidente du conseil de surveillance de Libération, Agnès Touraine. Celle-ci partant en quête d'un remplaçant à Denis Pierrard, alors directeur général du journal. «Elle cherchait plutôt une femme issue d'un autre monde que celui de la presse», raconte François Wenz-Dumas, délégué du Syndicat national des journalistes (SNJ).
Alors que Laurent Joffrin garde sa casquette de responsable des choix éditoriaux, Nathalie Collin s'empare de la stratégie de développement. «Il y a peu de gens qui possèdent tous les talents de manager: je trouve que le binôme est une très bonne formule», affirme-t-elle. Le duo fonctionne. «C'est un binôme qui renvoie l'image d'un bon fonctionnement», affirme Ludovic Blécher, responsable du site liberation.fr. «Ils sont très complémentaires», souligne François Wenz-Dumas. Lui à la partition et à la direction d'orchestre journalistique, elle à la mise en musique hors de l'éditorial.
«Toujours à la recherche d'analogie»
Exigeante et impliquée («Lorsque j'ai un objectif, je mange, je dors, je vis avec», dit-elle), Nathalie Collin l'est aussi pour l'ensemble de la presse. Au-delà de Libé, elle a pris son bâton de pèlerin pour la profession. Elle est à la tête du conseil de gérance de la Coopérative des quotidiens de Paris, l'une des cinq coopératives de Presstalis, et siège au Syndicat de la presse quotidienne nationale. Son cheval de bataille: instaurer «une contribution créative» prélevée sur le chiffre d'affaires des fournisseurs d'accès Internet afin de soutenir la presse en ligne. «Elle est toujours à la recherche d'analogie entre ce qui s'est produit dans l'industrie du disque et celle de la presse. Cela lui donne une très bonne expertise sur les défis que posent les contenus aspirés», relève Nicolas Beytout, PDG du groupe Les Échos.
Confirmation amusée d'un journaliste: elle a su bousculer les portes du ministère de la Culture pour faire avancer les choses, et un peu «piqué son rôle de “ministre des affaires étrangères” à Laurent Joffrin».
Son parcours en bref
1988. Diplômée de l'Essec, maîtrise de droit des affaires.
1997. Directrice administrative et financière de Virgin France.
1999. Directrice générale de Virgin France.
2008. Présidente d'EMI France.
9 février 2009. Coprésidente du directoire de Libération.