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Salaires: prime au numérique

16/09/2010 - Après deux années de vaches maigres, les rémunérations à l’embauche entament une timide reprise. Principales bénéficiaires: les fonctions numériques.

Dans la communication et la publicité, la plupart des salaires à l'embauche sont en baisse depuis 2008. La potion magique des Gaulois de la rémunération qui résistent au rouleau compresseur de cette tendance déflationniste est bien connue: c'est la compétence numérique. Les pro du «digital», tombés dans la marmite étant petits, sont nécessairement mieux armés que les autres pour faire face à la crise et, logiquement, sont aussi les premiers à bénéficier de la reprise. «Par exemple, un chef de projet Web junior (un an d'expérience) pouvait prétendre à 26 000 ou 28 000 euros début 2009, se souvient Charlotte Vitoux-Evrard, consultante senior sur des fonctions e-marketing chez Aquent. Aujourd'hui, il touchera plutôt autour de 30 000 à 32 000 euros.»

Ce rebond des salaires, Charlotte Vitoux-Evrard le constate depuis le mois de mars sur l'ensemble des métiers du numérique: webmestre, chef de projet Web, directeur de clientèle, directeur-conseil, consultant, mais aussi manager de pôle ou directeur général. «Les spécialistes du “digital” sont très volatils, il faut être capable de les fidéliser», note-t-elle. Un risque bien intégré par l'agence Fullsix: «En 2009, nous avons promu ou augmenté 70% de nos salariés», se félicite Anne Browaeys, sa directrice générale.

Si, en plus, ces candidats sont capables de dégainer l'autre arme antimorosité, le retour sur investissement, l'augmentation est assurée. En effet, les recruteurs sont prêts à faire monter les enchères s'ils sont certains qu'un candidat va leur faire gagner beaucoup d'argent et vite. «Un très bon référenceur capable de prouver ses résultats et donc sa performance va se payer cher: de 50 000 à 60 000 euros, détaille Fabrice Robert, cofondateur du site Job in Tree. Ce qui est élevé pour un poste sans fonction d'encadrement.» Les recruteurs retrouvent d'ailleurs de plus en plus souvent sur les CV des indications sur les performances des candidats.

Marge de manœuvre

Pour le reste, l'encéphalogramme reste plat. Les stigmates de la crise ont la vie dure. «Les cadres ont envie de bouger et se disent que c'est le moment, mais ils cherchent avant tout à se rassurer en ciblant les grands groupes, et n'ont pas de prétentions très élevées», note Claude Monnier, DRH du groupe Hi-Media. Ce que confirme Fabrice Robert du site Job in Tree: «Sur les fonctions plus classiques, il n'y a pas de hausse des salaires.»

Du côté des métiers du marketing, ce n'est pas non plus l'euphorie. «Quand on quitte son entreprise, il ne faut pas espérer gagner plus de 10 à 15% de mieux», estime Sandrine Rais, consultante senior chez Menway. Néanmoins, la marge de manœuvre est un peu meilleure qu'ailleurs: «Le candidat peut négocier une part variable plus importante. Il peut parfois même obtenir que l'entreprise garantisse 80% du salaire variable la première année», explique Nathalie Dupas, consultante senior spécialisée en commercial et marketing chez Hudson.

Seul problème, hommes et femmes ne sont pas égaux face aux bonus. «Dans le marketing, toutes fonctions confondues, les femmes gagnent 19% de moins que les hommes, selon notre dernière enquête, souligne Claire Cabaret, éditrice du Guide des salaires Comundi(1) (www.guidedessalaires.com). Quand on regarde de près, on se rend compte que c'est la part variable qui fait la différence: elle est de 23% plus élevée chez les hommes.»

Gilles Wybo
Méthodologie

L’étude porte sur une extraction de la base de données www.suisjebienpaye.fr. L’indication «salaire brut annuel 2010» couvre une période allant de juin 2009 à mai 2010. L’analyse effectuée pour Stratégies a porté sur un échantillon de 6 468 déclarations de salaire dans tous les secteurs d’activité. Les évolutions salariales par rapport à l’année 2009 (période juin 2008 à mai 2009). Un profil correspond à une donnée « salarié » d’un internaute ayant répondu en ligne de façon anonyme à l’ensemble du questionnaire du site www.suisjebienpaye.fr. Pour le statut cadre/ingénieur toutes tailles d’entreprises, l’échantillon total est de 6 233 profils. Pour le statut cadre/dirigeant grandes entreprises, l’échantillon total est de 235 profils.

«La part variable rebondit plus que le fixe»

Quelle est la tendance en termes de salaires?

Marc Van Lul. Le revenu total annuel s'est globalement accru, y compris pour les fonctions de communication et marketing. Tous statuts confondus, le salaire progresse de 2,2%. Certaines catégories de salariés en ont moins profité que d'autres: ainsi le «premier emploi» ne gagne que 0,8% de plus et les moins de 30 ans seulement 0,7%. Cela correspond à une tendance générale: les arrivants sur le marché sont embauchés avec un salaire inférieur à celui de leurs aînés.

 

Certains cadres sont-ils mieux lotis que d'autres?

M.V.L. Les salariés des grandes entreprises sont favorisés en matière d'augmentation, du fait de la structure de leur société. Dans les entreprises de plus de 250 millions d'euros de chiffre d'affaires, un cadre a vu son salaire fixe progresser en moyenne de 2,1% et sa part variable de 12,2%.

 

Les bonus et parts variables reviennent-ils donc en force dans la rémunération?

M.V.L. Oui. Depuis cinq ans, la part variable s'était stabilisée autour de 10 à 20% de la part fixe. Or, on constate cette année que la part variable rebondit plus vite que le salaire fixe, ce qui traduit une forte tendance des entreprises à récompenser la performance. Et ce phénomène est encore plus marqué pour les cadres dirigeants: la part variable augmente de 14%.

Évolution des salaires 2009/20010

 

Salaire brut annuel

juin 2009 à mai 2010 (en euros)

Écart (en %)

Analyse par niveau d'expérience (en euros)

STATUT

Premier décile

Salaire moyen

Dernier décile

Écart sur 1 an

< 2 ans d'expérience

de 3 à 5 ans d'expérience

> 5 ans d'expérience

Cadre/dirigeant (grandes entreprises)

 

 

 

 

 

 

 

Directeur(-trice) commercial(e) et marketing

77 709

110 310

147 169

+4,0

107 611

111 117

112 850

Directeur(-trice) de la communication

63 442

91 536

123 458

+5,7

89 741

92 665

94 111

Directeur(-trice) développement stratégique

69 130

108 650

154 712

+6,3

105 797

109 244

110 948

Directeur(-trice) marketing

67 733

101 339

139 948

+4,5

99 405

102 644

104 245

Cadres (toutes tailles d'entreprises)

 

 

 

 

 

 

 

Responsable communication

30 206

40 543

52 024

–0,2

38 684

41 415

43 815

Responsable études marketing

30 013

40 252

51 622

+0,9

38 577

41 301

43 694

Responsable marketing

32 062

47 049

64 166

0,0

45 010

48 188

50 981

Responsable marketing opérationnel

30 079

41 532

54 369

–2,1

39 874

42 689

45 163

Responsable service clients

30 730

41 756

54 051

–0,4

39 492

42 281

44 731

Responsable centre d'appels

31 524

42 953

55 710

+3,2

41 012

43 908

46 452

Chef de marché

32 376

47 162

64 011

+1,1

45 435

48 643

51 462

Chef de produit IT

30 777

41 019

52 370

+0,2

39 561

42 254

44 808

Consultant(e) junior

28 888

34 653

40 820

+0,1

34 345

36 741

38 822

Consultant(e) senior

36 402

50 360

66 015

-0,3

47 464

50 776

53 652

Conseiller(e) en stratégie

33 324

51 517

72 620

+1,3

49 842

53 334

56 686

Consultant(e) en stratégie e-business

31 494

44 146

58 394

–0,9

41 950

44 983

48 327

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