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Quand l'idée créative rencontre la prise de risque

22/09/2010 - Dans un univers devenu tentaculaire, la créativité se déploie à travers les multiples formes du mariage du virtuel et du réel, en parallèle d’un retour à la simplicité.

Après avoir subi durement les effets de la crise, l'événementiel a retrouvé en 2010 un certain élan économique qui rejaillit sur le plan créatif, en particulier dans les opérations destinées au grand public. «Si l'an dernier personne ne voulait prendre de risques, cette année les annonceurs recherchent de nouvelles idées, note Béatrix Mourer, directrice associée de l'agence Magic Garden. Ils privilégient les événements malins, dont le but est de générer des retombées presse et du buzz sur Internet, plutôt que les événements bling-bling. La différence se situe dans le ton et les codes employés, qui relèvent moins de l'ostentation et plus de la guerrilla marketing.»

Comment distinguer la part de créativité et d'inventivité de l'événementiel? «L'alchimie parfaite, c'est l'idée créative multipliée par la prise de risque, définit Thierry Reboul, président de l'agence Ubi Bene. L'audace est l'élément fondamental de la créativité dans l'événementiel.» Cette idée de mise en danger des marques donne du relief aux événements liés à l'univers de la grande consommation. «Il s'agit de surprendre le consommateur, d'aller sur des terrains inédits, d'essayer des expressions ou des médias sur lesquels la marque n'a jamais été présente», expliquent Frédéric Lambert et Vincent Quenor, directeurs associés de l'agence événementielle Passage piéton.

Les cibles jeunes sont d'autant plus réceptives qu'elles regardent peu la télévision. «Les annonceurs qui s'adressent aux jeunes ont pris de l'avance en matière d'événementiel, car pour leur parler ils doivent les rencontrer, remarque Béatrix Mourer. Mais si les gens sont obligés de se rendre à une convention de leur entreprise, le grand public ne se déplacera pas si l'idée n'est pas très sexy.»

Dans le domaine du luxe, le protocole revêt le rôle d'aiguillon et de contrainte à la fois. «La créativité d'un événement premium joue sur deux dimensions: l'héritage et l'innovation, analyse Christophe Pinguet, directeur associé de l'agence Shortcut. Selon les mariages et les combinaisons des deux, les ambiances créées seront dans l'air du temps, avant-gardistes ou nostalgiques. Pour se détacher des protocoles, il faut extrêmement bien les connaître. C'est par exemple l'émotion suscitée par quelques notes de musique rétro dans un défilé de mode.»

Le luxe s'accommode encore moins de la notion de prise de risque que la grande consommation. «Comme leur image est plus fragile et plus sensible, les marques ont davantage peur de l'incident, considère Thierry Reboul. Je ferai de l'événementiel dans le luxe lorsque ce dernier sera passé d'une culture de la forme suprême à celle de l'idée.»

Le piège de la banalisation

Tendance de fond de la communication moderne, les campagnes de publicité s'accompagnent souvent d'un volet événementiel, si bien que le nombre et la fréquence des opérations ont explosé. «Auparavant, le mot événement était synonyme de moment hors du commun marquant durablement la mémoire collective, se désole Gad Weil, associé de l'agence La Fonderie d'événements et créateur de Nature Capitale ou de La Grande Moisson sur les Champs-Élysées (lire son portrait en page xx). Désormais, il a remplacé les mots manifestation ou rencontre.»

Mais l'industrialisation de la discipline a entraîné sa banalisation, à l'image de la multitude de lieux éphémères de marques de ces derniers mois. «Un lieu éphémère peut être une superbe idée, mais sa répétition sans innovation tue la créativité, déplorent Frédéric Lambert et Vincent Quenor. Or les événements grand public ne peuvent se concevoir de cette manière.»

L'élargissement de la sphère de l'événementiel et les conséquences des rationalisations économiques ont affadi la créativité de certaines opérations. «Un dîner de vingt personnes dans le cadre d'une opération de relations publiques n'est pas un événement, souligne Gad Weil. Ce ne sont que des outils de communication pour public vivant. Passés à la moulinette des services des achats, les cahiers des charges des commanditaires comportent tellement de barrières et de garde-fous que les réponses des agences sont sensiblement identiques, à la couleur des fauteuils près.»

L'éclat et l'originalité d'une opération dépendent de sa rareté. «Je distingue l'événementiel en tant que métier de l'événementiel en tant qu'état d'esprit, explique Thierry Reboul. J'évolue dans ce registre du "one shot" dont tout le monde doit parler. Notre métier, c'est de faire la une.» Afin de lutter contre cette dévalorisation, plusieurs ténors de la spécialité prônent un retour à l'étymologie: un événement digne de ce nom est «ce qui arrive et qui a quelque importance pour l'homme». «Est du registre de l'événementiel tout ce qui fait l'événement, quels que soient le format ou le genre de l'opération, assure Thierry Reboul. Par exemple, une publicité tournée en direct à 20h serait de l'événementiel. À l'inverse, le métier d'organisateur et de producteur de manifestations n'en fait pas partie.»

En revendiquant leur créativité, les agences événementielles chassent désormais sur les terres autrefois réservées aux publicitaires, l'inverse étant d'ailleurs également vrai. «L'événementiel a souvent été réduit à l'organisation de réceptions avec des petits-fours, alors que c'est un métier de conseil créatif, soupire Béatrix Mourer. Heureusement, cette dimension est en passe d'être reconnue, si bien que sur certains appels d'offres, nous sommes en compétition avec des agences de publicité afin de trouver l'idée créative d'une marque.»

Redécouvrir la simplicité

À travers l'exploration de tous les supports de la communication (affichage, télévision, Web, etc.) et en ne s'interdisant rien, les agences événementielles se rapprochent de leurs homologues de la publicité. «La différence entre les agences de publicité et nous réside dans la prise de risque, estime Thierry Reboul. Nos événements nous confrontent à la réalité, contrairement à la production de spots TV.»

Une agence événementielle peut-elle rivaliser avec une agence de publicité sur le plan de la créativité? «Dans le monde actuel où l'instantanéité prédomine, on ne peut plus prétendre que la stratégie de communication d'une marque se prévoit sur plusieurs années, affirme Thierry Reboul. Cette croyance est un leurre. L'événementiel permet de donner rapidement de la chair et une âme, à l'image de Red Bull, par exemple, qui est devenue une marque mondiale en très peu de temps, sans achat d'espace.»

En toile de fond de la créativité événementielle, plusieurs courants s'entremêlent. Un retour à la simplicité se dessine, après le règne des superproductions. «Un recentrage vers l'essentiel se déroule en ce moment, une quête du raisonnable, dans une sorte de moyenne entre l'austère et le bling-bling», observe Christophe Pinguet.

À l'image du courant néo-folk dans la musique actuelle, ce mouvement se traduit par la recherche d'éléments organiques et naturels. «Ce sera ainsi une après-midi dans un parc plutôt qu'une soirée dans un lieu classique, souligne Denis Legat, directeur associé de l'agence La Lune rousse. Les tendances technoïdes des années 1990, composées d'environnements froids, de flashs et d'ambiances angoissantes cèdent la place à des atmosphères plus rassurantes. Mais cette tendance ne se résume pas à une posture, elle est plus profonde.»

En creux, les «gigaévénements» montrent des signes d'essoufflement, peut-être parce qu'ils ne correspondent plus aux aspirations de la société actuelle. «La simplicité est un très grand territoire de créativité à explorer, car en fin de compte l'essentiel réside dans l'histoire racontée par l'événement, diagnostique Gad Weil. Le cycle actuel de l'événementiel est en fin de vie. Depuis les années 1990, les décisions se fondaient sur la surenchère technique. Les concerts grands-messes de Johnny Hallyday ou des Rolling Stones sont révolus, ainsi que la Love Parade de Berlin, qui n'a pas su se renouveler.»

Apporter du relief

Paradoxalement, ce retour à la simplicité s'accompagne d'un foisonnement d'expérimentations technologiques. Le mariage du vivant et du virtuel est en effet un autre vecteur de créativité. Si le Web a d'abord tenu le rôle de caisse de résonance en amont et en aval, il tend désormais à interagir avec l'événement lui-même. «Le champ du contrôle d'un événement par l'internaute laisse entrevoir de vastes possibilités, suggère Béatrix Mourer. À Tokyo, Sony avait installé un dispositif sur sa tour par lequel les internautes pouvaient changer la couleur du bâtiment, à travers un système de lampes LED pilotées à distance.»

Les événements participatifs sur le Web s'affirment comme une grande tendance du moment. Contre toute attente, ils ne se développent pas au détriment des opérations dans la vraie vie. «Sur les réseaux sociaux, les gens attendent du concret, c'est-à-dire du partage et des rencontres», notent Frédéric Lambert et Vincent Quenor.

Dans le registre des prouesses techniques, la 3D et la réalité augmentée sont deux pistes qui intéressent beaucoup les agences. «L'événementiel est aussi affaire de spectacle et, sous cet angle, l'arrivée de la 3D permettra de jouer sur les réactions émotionnelles, car elle recrée du volume sur un écran», entrevoit Christophe Pinguet. Les hologrammes, ces images en trois dimensions qui donnent l'impression d'être suspendues, sont encore coûteuses, mais s'avèrent très prometteuses en scénographie. «Cela donne l'impression que l'artiste est vraiment sur scène, précise Denis Legat. Le groupe Gorillaz a utilisée cette technique, ainsi qu'une émission de télé-réalité américaine qui a réalisé un duo virtuel entre Céline Dion sur scène et un hologramme d'Elvis Presley.»

Enfin, le numérique permet aujourd'hui de concevoir des événements qui n'auraient jamais pu avoir lieu dans un passé proche. «Grâce aux nouvelles technologies, il est possible de répéter, simuler, voire de trouver une solution de repli en cas de catastrophe naturelle comme le nuage de cendres islandais», se réjouit Gad Weil.

Mais l'usage de la technologie sert parfois d'alibi créatif, surtout lorsqu'il ne reste plus comme horizons de création que de la réinvention et de la reformulation. Pour certains, tout a déjà été écrit. «La créativité est rythmée par des cycles qui se répètent, parfois interrompus par des hasards technologiques qui font avancer les choses», analyse Christophe Pinguet.

Marc di Rosa
L'interne en quête d’innovation

Entre des séminaires dans un hôtel de luxe à l'étranger ou des stages de motivation couplés à la pratique de sports extrêmes, l'événementiel interne ne brille pas toujours par sa créativité. «L'animation sportive ou les stages de 4x4 ne sont pas de l'événementiel à proprement parler, mais il est possible d'innover, notamment dans les formats (destination ou contexte) et les thématiques (lien avec l'actualité)», soutient Christophe Pinguet, directeur associé de l'agence Shortcut.

Certains en doutent et prônent une séparation nette entre l'événementiel grand public et interne. «La créativité des séminaires et des conventions est technique et logistique, mais pas publicitaire ni marketing», estime Thierry Reboul, président de l'agence Ubi Bene.

Relation de longue durée

Destinées à faire passer un message, souvent véhiculé par des discours de dirigeants, les opérations internes pourraient trouver un espace de créativité dans un rapprochement avec l'art ou la science. «Dans un monde en pleine mutation, les moments forts sont ceux qui racontent l'avenir, analyse Gad Weil, associé de l'agence La Fonderie. Un scientifique passionnant peut être invité pour faire de la prospective, plutôt que de recourir à des outils technologiques de mise en scène servant un propos convenu.»

Mais une relation de longue durée avec le commanditaire est de mise avant d'élaborer des expériences et des rencontres inédites dans le cadre d'événements internes. «C'est une question de pédagogie. Il faut amener les entreprises à passer des petits-fours à des éléments plus décalés ou en rupture, considère Denis Legat, directeur associé de l'agence La Lune rousse. Des étapes intermédiaires sont nécessaires avant de les convaincre d'accepter des opérations plus audacieuses.»

GL Events, champion mondial made in France

Quels sont les points communs entre la récente Coupe du monde de football en Afrique du Sud, l'actuelle Exposition universelle de Shanghai et les prochains jeux du Commonwealth, qui se tiendront du 3 au 14 octobre à New Dehli, en Inde? Un: ce sont les trois plus grands événements culturels et sportifs mondiaux de l'année. Deux: ils ont tous recouru aux services de la société française GL Events.

L'entreprise lyonnaise a été créée en 1978 par Olivier Ginon et trois associés (Olivier Roux, Gilles Gouédard-Comte et Jacques Dange) sous le nom de Polygone Services. Dix ans plus tard, le groupe devient numéro un français des installations d'expositions et d'événements et se rebaptise Générale Location. C'est à l'occasion du Mondial de football de 1998 en France que GL commence à s'impliquer dans l'organisation de grands événements internationaux. Elle en profite pour s'introduire en Bourse, sur le Second Marché. Vingt-deux ans après sa création, GL Events est aujourd'hui un groupe de dimension mondiale (voir encadré), organisateur de 250 salons, propriétaire de 35 sites, présent sur les cinq continents et qui réalise la moitié de son chiffre d'affaires à l'international. Pour Olivier Roux, vice-président, 2002 constitue l'année pivot dans la trajectoire du groupe: «Nous avons commencé cette année-là à acquérir les parcs des expositions de Toulouse et  Lyon, le Parc floral à Paris, puis des sites à Turin, Padoue, Barcelone et, plus récemment, à Rio de Janeiro.»

La clé de ce succès? Un modèle économique original. «Nous sommes les seuls à avoir intégré les trois métiers de l'événementiel que sont la prestation de services, la gestion de sites et l'organisation de salons», explique Olivier Roux.

Le développement de GL Events a été à la fois organique et externe, avec le rachat de sociétés locales bien implantées dans les marchés émergents. Ainsi, le joint-venture avec la société sud-africaine Oasys a permis au groupe de devenir un acteur majeur dans l'organisation de la récente Coupe du monde de football. De même, la concession de longue durée (cinquante ans) de l'Arena de Rio, le plus grand parc des expositions d'Amérique latine, a été rendue possible par le rapprochement du groupe lyonnais avec le leader local de l'événement. Un accord qui va permettre à GL Events de se placer pour les futures manifestations de grande envergure organisées par le Brésil que sont la Coupe du monde de football 2014 ou les Jeux olympiques 2016.

Des compétitions plus féroces

Pour Olivier Roux, intégration des métiers et dimension internationale expliquent la bonne tenue de GL Events durant la crise économique: «En 2009-2010, nous avons augmenté notre activité de 15%. Grâce à la force de notre “business model”, nous sortons renforcés de la crise, même si certains marchés, comme le corporate, ont été fortement touchés.»

Le groupe français n'a pas de véritables concurrents globaux, hormis le singapourien Pico, mais il doit affronter des challengers locaux dans les divers métiers qu'il couvre, comme en France, Viparis pour les parcs des expositions ou Jaulin pour les structures et stands. D'autant que la situation économique actuelle rend les compétitions plus féroces, y compris pour des événements de moindre envergure. «Les appels d'offres sont plus nombreux, mais concernent des marchés plus petits», analyse Olivier Roux.

Reste que GL Events envisage un avenir plutôt brillant pour son secteur d'activités, comme l'exprime son vice-président: «Nous ne sommes qu'au début d'une histoire! L'international va peser de plus en plus dans notre résultat grâce à la croissance des nouvelles zones géographiques que sont la Turquie, le Brésil ou l'Asie.»

Mais GL Events ne néglige pas son pré-carré national: en 2010, le groupe s'est vu confier la gestion de deux lieux emblématiques et chargés d'histoire: la Mutualité, célèbre pour les meetings s'y étant déroulés, et le palais Brongniart, ancien siège de la Bourse de Paris.

 

 

GL Events en chiffres

690 millions d'euros. Chiffre d'affaires 2010 (estimation). Le chiffre d'affaires 2009 était de 581 millions.

3 500. Nombre de collaborateurs.

91. Implantations dans le monde.

4 000. Nombre d'événements organisés en 2009, ainsi que 250 salons.

35. Nombre d'espaces gérés (parcs des expositions et centres de congrès), représentant 1 million de m2 et 8 millions de visiteurs en 2009.

(Source: GL Events)

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