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Le clip en plein renouveau

05/05/2011 - par Anne-Lise Carlo

Une nouvelle vague créative française perce depuis trois ans dans cet univers, une «French Touch» qui intéresse jusqu’aux artistes étrangers.

Depuis 2008, le clip amorce son renouveau, un réveil créatif né d'Internet et des nouveaux outils numériques. Tournant le dos à l'ère MTV, les plates-formes de diffusion (You Tube, Dailymotion, Facebook) ont ainsi pris le pas sur les chaînes musicales. «La plupart des réalisateurs actuels n'en ont plus rien à faire de passer à la télévision parce que, grâce à Internet, le clip est devenu l'objet qui voyage le plus vite», explique Mourad Belkeddar, producteur chez Caviar Paris.

Conséquence: «Comme il y a au moins trois ou quatre nouveaux clips par jour, leur durée d'exposition maximale dépasse à peine deux ou trois jours», explique Jules de Chateleux, en charge du label Division (Les Télécréateurs). Une profusion quelque peu éphémère donc. «Pour faire émerger un clip sur le Web, des images belles et fortes ne suffisent plus. Il faut créer un objet», confirme Pierre Le Ny, manager au sein du label Green United Music (GUM).

Ça tombe bien: une nouvelle vague de réalisateurs français a de la créativité à revendre et cela commence à se savoir. Ainsi, le duo Fleur & Manu, Yoann Lemoine ou Jérémie Rozan sont appelés par des artistes internationaux, comme Tricky, Katy Perry ou Kid Cudi, pour réaliser leurs clips. Ils viennent chercher la «French Touch» aussi à l'aise avec toutes les formes d'écriture artistique qu'avec les outils de production. Petit génie de l'animation, Jérémie Périn est tout aussi emblématique de ces nouveaux «clippeurs».

«Le succès de la France s'explique, selon moi, par une façon créative de penser la production. Or, il n'y a plus de sous, comme à l'époque de nos pères. Du coup, les réalisateurs n'ont pas d'autre choix que d'être deux fois plus malins dans la fabrication», estime Romain Gavras, acteur-réalisateur cofondateur en 1994 du collectif Kourtrajmé, qui a réalisé un clip controversé pour la chanteuse MIA, Born Free, un génocide d'enfants aux cheveux roux durant neuf minutes. Déjà, en 2008, il s'était fait remarquer pour son clip Stress réalisé pour le duo électro français Justice. Son regard très identifiable fait de lui la seule relève avérée du clip d'auteur, version Michel Gondry, des années 1990.

Malgré tout, ce renouveau reste principalement le fait de quelques petits labels français, tels Ed Banger Records, Record Makers ou GUM. Côté budget, c'est la même chose. «Quand le budget d'un clip musical atteint 30 000 euros, on peut déjà s'estimer heureux», rappelle Christopher Thiery, producteur TV au sein de l'agence H.

Artistes polyvalents

Cependant, même avec des budgets réduits, la nouvelle vague française arrive encore à s'amuser grâce notamment aux nouveaux outils numériques. Ainsi, le collectif We are from LA a réalisé, fin 2010, un clip avec le duo Cassius centré sur une application Iphone. Même interactivité avec leur clip Cover your Eyes pour le groupe The Shoes, qui oblige les internautes à se couvrir les yeux face à leur webcam pour entendre la musique.

Une créativité technique et ludique que certains estiment trop présente pour servir à plein la musique. «Si le clip sert juste à mettre des images sur une musique, je n'en vois pas l'intérêt. Nous, on s'approprie la musique pour en faire quelque chose de nouveau», estime Clément Durou, de We are from LA.

Autre effet du Web, certains s'affranchissent aussi des formats traditionnels. Ainsi, le DJ français Martin Solveig a imaginé Smash, une websérie réalisée par Tristan Séguéla (le fils de Jacques) et produite par Caporal Films. Un moyen d'offrir à son public un nouveau produit entre minifiction et clip décalé.

Faute de budgets, le clip reste une vitrine pour promouvoir les jeunes réalisateurs qui, d'ailleurs, se cantonnent rarement à cette activité. Ainsi, le réalisateur Yoann Lemoine – passé aussi par la publicité – vient de démarrer une carrière d'artiste sous le nom de Woodkid. Logiquement, il a lui-même réalisé son premier clip, Iron. Des artistes polyvalents auxquels la publicité ne fait pas peur, mais c'est cette dernière qui semble avoir encore du mal à exploiter ces nouveaux talents.

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