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communication

Mediapart, ça finit par payer

21/03/2013 - par Didier Si Ammour

L'année 2012 a confirmé le succès du modèle payant défendu par le site d'information. Et la fragilité du modèle gratuit.

Depuis la création de Mediapart en 2008, Edwy Plenel, cofondateur réputé tenace de ce site d'information politique et générale, n'a jamais dérogé au principe que l'information a une valeur. «Un journal dont le financement dépend totalement des recettes publicitaires ne peut prétendre rester durablement indépendant», expliquait dès 2007 l'ancien directeur du Monde. Une conviction répétée dans son manifeste Combat pour une presse libre, où il revendiquait être allé «à contre-courant de l'idée dominante selon laquelle il n'y aurait qu'un modèle possible sur le Net, celui de l'audience et de la gratuité». Les chiffres lui donnent aujourd'hui raison.


Le gratuit induit la logique de flux

 

Mediapart, fondé avec une levée de fonds de trois millions d'euros, gagne de l'argent pour la deuxième année consécutive. Avec 60 000 abonnés, 40 salariés dont 27 journalistes et un chiffre d'affaires de 6 millions d'euros, le site affiche des bénéfices depuis 2011, soit 700 000 euros en 2012. Principale source de revenu: ses lecteurs, à raison de neuf euros par mois.
Cette année encore, Edwy Plenel explique que «la gratuité, qui appelle une logique d'audience, est illusoire, car la presse ne réalisera jamais l'audience d'un programme télévisé». Cette logique amène, selon lui, à être dans le flux, l'immédiateté, à aller vers le divertissement, à modifier la nature des contenus. Une évolution qu'il observerait chez les pure players comme Rue 89, confrère tombé l'an dernier dans le giron du Nouvel Observateur et qui a depuis quitté le Syndicat de la presse indépendante d'information en ligne (Spiil).
De quoi valider la stratégie du modèle payant de Mediapart ou encore d'Arrêt sur images, bénéficiaire lui aussi en 2012. A leurs côtés, Rue 89 et Owni ont démontré, après Bakchich en 2011, la fragilité des entreprises refusant le payant.

Fondé le 6 mai 2007 par d'anciens de Libération, Rue 89 a perdu son indépendance malgré des ressources diversifiées: publicité, formation sur le Web, fourniture de contenus, magazine papier et création de sites. Le second, qui avait également misé sur cette dernière activité pour développer le datajournalisme a terminé en liquidation judiciaire fin 2012. «L'équilibre a presque été atteint à un moment donné mais la croissance des coûts n'a pas été maîtrisée», se remémore Guillaume Ledit, cofondateur d'Owni.

En fait, pour les sites gratuits, le salut passe nécessairement par un soutien de l'actionnaire ou des contrats de fourniture de contenus pour des tiers. «Cela dépend de quelle publicité on parle», corrige Johan Hufnagel, cofondateur de Slate.fr. Son site revendique une exploitation à l'équilibre, avec 2 millions d'euros de chiffre d'affaires pour une quinzaine de salariés, grâce aux rubriques sponsorisées et à la livraison d'articles à différentes marques et sites, le portail d'Orange notamment. «En 2013, être dogmatique sur le modèle économique défie toute logique», conclut l'associé de Jean-Marie Colombani.

 

La croissance dopée par les scoops


Pour les concurrents, les bons résultats de Mediapart ou d'Arrêt sur images s'expliquent en partie par l'application d'un taux de TVA à 2,1%, normalement réservé aux entreprises de presse papier, au lieu du taux de 19,6% dévolu à la presse numérique. Ces sites d'information à abonnement payant se sont arrogés ce droit. «Cette pratique a été décidée fin 2010 dans le cadre d'une démarche collective, assume Edwy Plenel. On applique les engagements pris par les pouvoirs publics, car tous les partis politiques soutiennent l'égalité fiscale et la neutralité des supports».

Reste que la croissance de Mediapart dépend d'abord de sa capacité à sortir des révélations. «Avec l'affaire Bettencourt, on est monté jusqu'à 1000 demandes d'abonnement sur un jour et jusqu'à 300 avec l'affaire Cahuzac», évalue son dirigeant. Ce scoop sur le ministre délégué au Budget a, par ailleurs, permis d'afficher une certaine indépendance, après plusieurs années d'anti-sarkozysme.

Mais la réussite de Mediapart confirme surtout qu'une information de qualité, affranchie de publicité, est réservée au lecteur qui peut se l'offrir. «L'abonnement à 9 euros par mois, inchangé depuis 2008, coûte moins que l'achat du Monde sur une semaine», souligne Edwy Plenel. Qui se dit même prêt, si les abonnés continuent à croître, à baisser le prix.

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