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Moi et mes tribus

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SOMMAIRE DU DOSSIER :

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CHIFFRES CLÉS
Des médias très éparpillés
Les jeunes ont peur de la solitude



Des médias très éparpillés

14/01/2000

Dans sa chambre, il surfe sur Internet et feuillette plusieurs magazines en écoutant ses stations préférées. À côté de sa console Sega, la télévision reste allumée, tandis qu'il prépare au téléphone sa sortie cinéma du soir. Le jeune de 15-24ans est difficile à suivre. Réactif, critique, il s'implique très fortement dans «ses» radios, «ses» chaînes hertziennes ou thématiques, «ses» magazines et «ses» sites Internet... On le retrouve certes devant M6, dont il représente près d'un spectateur sur cinq, dans le public des séries de TV et de Canal+, et à l'écoute des radios jeunes NRJ, Skyrock et Fun Radio.«Sur trois semaines, ces trois stations rassemblent 75% de l'audience de la tranche d'âge», constate Benoît Cassaigne, directeur général adjoint d'IP France. Il constitue également un tiers du public des salles de cinéma qu'il fréquente deux fois plus que la moyenne.«Le cinéma exploite son goût du collectif,explique Fabrice Carlier, directeur du marketing de Médiavision.Les 15-24ans se rendent en groupe dans les salles, puis s'insèrent dans le public d'un spectacle.»Pourtant, les annonceurs ne peuvent pas, sur cette cible particulière, se contenter des médias de masse. Cette génération charnière, entre scolarité et premiers emplois, s'éparpille dans une multitude de canaux secondaires où elle cherche un reflet et un style propres, une communauté.«C'est une cible très fragmentée qui se retrouve dans des médias-clans,affirme Olivier Goulet, directeur général adjoint des études d'Optimum Média Direction.Tous les médias apportent un fort impact. Cette population est extrêmement réactive et investie lorsqu'on s'adresse à elle.»Témoin, le succès des libres antennes ou l'hyperfréquentation des sites Internet qui lui sont destinés.«Lorsqu'on organise un concours sur Internet avec remboursement des frais de postes, 40% des jeunes appellent pour dire "envoyez-moi le timbre!"», témoigne Alexandre Stopnicki, Pdg de Numériland, la régie qui commercialise une dizaine de sites destinés à cette cible.«Nous avons un courrier énorme et plus de 2000heures de connexions par mois sur notre site Internet», ajoute Nathalie Coste-Cerdan, directeur de la chaîne Game One. Mais attention, l'engouement pour un média peut se retourner rapidement.«Ce public, très imitatif, porte aussi des jugements très durs, blancs ou noirs», constate Philippe Seban, cogérant de la régie de jeux vidéo CNM. Supports, agences et annonceurs doivent donc s'adapter.«Il faut vite lâcher le discours quantitatif sous peine de passer à côté des coeurs decible», souligne Olivier Goulet.«Nous allons "sourcer" au coeur des communautés dont nous parlons: Internet, groove...,confirme Thierry Cammas, directeur général de MCM.Pour nous, l'enjeu consiste à fédérer ces groupes autour de notre marque.»La démarche de ciblage, indispensable sur cette population, favorise la presse qui peut jouer avec les différentes «tribus».«Nos magazines évoluent dans des univers très définis, des communautés de loisirs, de passion», explique Bruno Laforesterie, Pdg de Hi Média, l'éditeur deTribeca 75,VibrationsetRadikal.«Nous sommes très soucieux d'affinité sur ce type de cible,confirme Aline Moreau, directrice du département conseil presse de Mediapolis.Il faut que 70% du lectorat au minimum appartienne à cette tranche d'âge. Dans ce cas, toute l'offre devient intéressante, même des titres consumers.»

Les hommes difficiles à saisir

Outre la segmentation des communautés, l'annonceur cosmétiques ou jeux vidéo doit tenir compte des sexes. Une problématique plus simple sur la cible des femmes que sur les hommes.«Dans l'éparpillement des supports sur cette cible, la puissante gamme des titres féminins fait exception», note Aline Moreau. AvecJeune et Jolie, 20ans, Girls!, Star Club,etc., l'ensemble des âges et des attentes des jeunes femmes de 15 à 24ans est couvert.«La presse désigne les "must have" et permet de mettre en scène les produits,précise Valérie Camy, directrice commerciale à Interdeco.Les filles vont s'approprier les marques grâce au rapport de complicité très fort entretenu avec le magazine.»Les hommes, eux, sont plus difficiles à saisir. Il faut mobiliser des chaînes thématiques consacrées au jeu comme Goa ou Game One, ou à la musique comme M6 Music ou Fun TV, mais aussi la presse commeMax, EntrevueouPhosphore. Surtout, il faut toujours être en éveil, car l'offre évolue sans cesse, comme en témoigne la création, l'an dernier, de plusieurs titres de presse masculine.

BUDWEISER CHOISIT LA PRESSE ET L'AFFICHAGE

La bière américaine Budweiser a jeté son dévolu sur les 18-35ans, «plutôt des hommes mais pas uniquement», selon Florence Delorme, responsable France du groupe Anheuser-Busch. Interdite de télévision pour cause de loi Évin, la marque a choisi de mettre en valeur les trois visuels conçus par l'agence DDB, en privilégiant la presse et l'affichage. Ces deux médias se partagent donc le budget (confidentiel) à égalité, tandis que la radio est absente du dispositif mis en place avec la centrale Optimum Media Direction. «Cela ne convenait pas à cette création très visuelle», explique Florence Delorme. En presse, la campagne a été déclinée dans les magazines photo et cinéma à grand tirage (Première, Studio et Photo) et dans le quotidien L'Équipe. Pour toucher les différentes «tribus» de sa cible, Budweiser n'a pas non plus hésité à mobiliser une pléiade de titres à moindre diffusion comme Magic, Technikart, Têtu, Rock Sound... La marque mise aussi sur l'affichage métro à Paris et sur le réseau national Insert, qui cible les jeunes à l'entrée des cafés et des bars. Enfin, l'offensive est soutenue par des animations et des PLV dans les lieux de vente et des opérations promotionnelles dans la grande distribution. «La campagne a bien fonctionné, affirme Florence Delorme. Nous avons enregistré une forte progression de la notoriété et des items d'image, concrétisée par une hausse des volumes de vente.» -

Cinq conseils pour s'adresser aux 15-24 ans

1_ Ne pas se prendre au sérieux L'humour est, par excellence, le mode de communication des 15-24ans. Il leur permet d'aborder tous les sujets sans trop de gêne. En publicité, ce sont les discours décalés ou absurdes qui ont le plus de succès. Le site de communautés Multimania s'y est récemment essayé avec le slogan: «Si vous aussi, vous voulez adopter un thon, dites-le sur Internet». Les marques qui se moquent d'elles-mêmes ou du discours publicitaire traditionnel sont aussi très populaires auprès des jeunes. Levi's a fait un énorme pari, en lançant Flat Eric: celui de s'effacer en tant que marque et de faire oublier le produit. Résultat: une réussite. 2_Proscrire le jeunisme«Rien n'est pire que de se présenter comme le produit des jeunes, avec un clin d'oeil appuyé et deux ou trois expressions qui "font jeune"», soutient Yann Dacquay, directeur associé de Premier Réflex. Les marques qui réussissent le mieux auprès des jeunes ne se présentent d'ailleurs nullement comme telles. Ainsi Nike, Sony ou Coca-Cola sont-elles transgénérationnelles. 3_Parler vrai Le message, rien que le message, voire pas de message du tout. À bannir: les fausses bonnes offres promotionnelles et autres discours alambiqués. Les jeunes de 15-24ans leur préfèrent les discours clairs, directs (du type «Sprite, ça apaise la soif, et c'est déjà beaucoup»). Ils savent également apprécier l'absence totale ou l'absurdité d'un discours. C'est ce qui explique la grande popularité de l'accroche «Kiss Cool, c'est frais, mais c'est pas grave». 4_Etre présent au quotidien«Les jeunes veulent des marques avec lesquelles ils soient en communion, plus qu'en communication.»Cette formule de Joël-Yves Le Bigot, Pdg de l'Institut de l'enfant, souligne le besoin qu'ont les 15-24ans de se sentir en connivence avec leurs marques préférées. Pour le satisfaire, ces marques se doivent d'être présentes, autant que possible, sur leurs lieux de vie, des lycées ou universités aux salles de sport, en passant par les cafés ou les discothèques. 5_Innover Pour séduire les jeunes, publivores blasés mais friands de nouveautés, il faut savoir faire entrer un produit dans leur imaginaire, associer une marque à un univers inédit.«Cela oblige à être en permanence à l'affût de toutes les nouveautés,explique Muriel Fagnoni (Euro RSCG BETC),mais aussi à ne pas s'attacher à une formule qui a eu du succès. C'est très difficile.»C.G.

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