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ENTRETIEN JOËL-YVES LE BIGOT

Les jeunes ont peur de la solitude

14/01/2000

Adultes Canada Dry. C'est ainsi que Joël-Yves Le Bigot, Pdg de l'Institut de l'enfant, qualifie les 18-24ans. En quête de repères, les «adulescents» rêvent d'authenticité et redoutent l'isolement par-dessus tout.

Peut-on parler d'une génération 15-24ans ? Joël-Yves Le Bigot. C'est une aberration. Il faut faire démarrer la tranche d'âge plus tard. L'âge de 15ans ne correspond à rien : les parents considèrent l'adolescent comme un enfant et le cadre du lycée ressemble encore beaucoup à celui du collège. La vraie coupure avec l'adolescence se fait à 18ans, âge où l'on commence à se préoccuper d'une activité professionnelle. C'est ce marché des 18-24ans que je qualifie d'« adulescence » : ils ne sont ni vraiment adolescents ni adultes autonomes. Plutôt adultes Canada Dry, avec une apparence d'adultes, mais une enfance prolongée. Comment vivent ces adulescents ? J.-Y. L.B. La grande constante est un départ de plus en plus tardif du domicile familial. En France, les deux tiers des 18-24ans vivent encore chez leurs parents. Logés, nourris et blanchis, ils disposent d'un pouvoir d'achat élevé et consacrent la majorité de leurs ressources à des achats plaisir: vêtements, musique, sorties, etc. Ce prolongement de l'adolescence dure jusqu'à 25ans. C'est aussi l'âge où l'on s'installe, où l'on rentre dans la vie active, où l'on fait de gros investissements (meubles, électroménager) qui ne sont plus du registre de l'achat plaisir. À quoi rêvent-ils? J.-Y. L.B. Pas à la richesse, ni à la célébrité. Ils ont des rêves à ambition limitée. C'est pourquoi je les appelle la « génération stand-by ». Devant la difficulté de s'inventer un destin extraordinaire, ils se sont résignés à fonctionner le mieux possible au quotidien. En cela, ils diffèrent aussi des générations individualistes des années 80. Ils savent que l'argent ne fait pas le bonheur et cherchent surtout à s'insérer dans la société. Ont-ils des peurs ? J.-Y. L.B. Leur grande frayeur, devant le chômage et le sida, c'est la solitude. Être ensemble, voilà leur leitmotiv, comme dansFriends, l'une de leurs séries préférées, car en groupe, on est plus fort pour affronter la vie. Les adulescents sont les rois du «networking» : chaque copain a une fonction bien précise, des compétences bien déterminées, et le jeune jongle de l'un à l'autre. Une fois l'assise financière atteinte, pas question d'oublier les autres. Cette génération est extrêmement généreuse. Quels sont leurs héros ? J.-Y. L.B. En premier Bill Clinton. Cela peut étonner après l'affaire Lewinsky, d'autant que les jeunes vomissent les hommes politiques. Mais Clinton a une dimension humaine et sympathique qui séduit. Coluche est aussi l'un des grands gagnants, pour sa personnalité iconoclaste et pour ses actions en faveur des plus démunis, avec les Restos du coeur. Viennent ensuite Zidane, le dalaï-lama et Jean-Jacques Goldman. Comment se distinguent-ils de leurs parents au même âge ? J.-Y. L.B. Ce qui me frappe dans cette génération, c'est qu'elle est la première à estimer ne pas avoir été aimée. Elle se voit comme l'aboutissement des fantasmes de parents soixante-huitards, qui restaient sur le souvenir d'une éducation rigide. Résultat : élevés par des parents souvent laxistes, les 18-24ans manquent de repères. Et ils ne sont pas prêts à reproduire les mêmes erreurs, prévoyant dans leur majorité d'être plus sévères avec leurs propres enfants. Seraient-ils plus réactionnaires que leurs parents? J.-Y. L.B. Ils recherchent surtout une plus grande authenticité, notamment dans le couple. La libération sexuelle n'a plus la cote : dans un récent sondage, nous leur avons demandé ce qui leur paraissait inacceptable. L'infidélité conjugale arrive en tête, avec 66% des votes, suivie par la pornographie à la télévision (34%). D'ailleurs, pour ce qui concerne l'évolution des moeurs, l'âge du premier rapport sexuel n'a pas beaucoup évolué : autour de 16-17ans. Les structures familiales types ne sont pas remises en cause : 93% envisagent de fonder un couple, 95% souhaitent avoir des enfants, 2 en moyenne. Le phénomène de l'adulescence se retrouve-t-il dans d'autres pays ? J.-Y. L.B. On le constate partout en Europe, sauf au Danemark. En Italie, 81% des 18-24ans vivent encore avec leurs parents. Aux États-Unis, en revanche, ce phénomène n'existe pas : après la High School, les jeunes partent à 18ans à l'université, souvent loin de chez eux.

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