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La presse BD cherche son souffle

28/01/2000

La presse de bande dessinée n'a plus le vent en poupe. Les lecteurs reprochent aux éditeurs de se contenter de faire la promotion de leurs titres maison. Seul Fluide glacial perpétue la tradition de la grande époque des années soixante.

La presse de bande dessinée pour adultes ne retrouvera pas la vigueur qu'elle avait dans les années soixante et soixante-dix, quand lesMétal Hurlant, PiloteouÀ Suivreservaient de locomotive à un secteur en pleine ébullition. Aujourd'hui, les titres consacrés à la BD se font rares dans les kiosques. Seuls deux magazines, aux concepts très différents, émergent et se partagent le leadership du secteur:L'Écho des savanesetFluide glacialenregistrent chacun des diffusions comparables, proches de 100000exemplaires. EncoreL'Écho des savanesne consacre-t-il que 40% de sa pagination à la bande dessinée, le reste du contenu faisant une large part aux enquêtes... et au charme.«Nous sommes un magazine masculin avec de la bande dessinée»,reconnaît Hervé Desinge, rédacteur en chef. Derrière, cette famille de presse se divise entre plusieurs titres aux diffusions nettement inférieures. Des journaux aussi qualitatifs quePsikopat, Bo-DoïouVécune dépassent pas les 30000exemplaires. Ce constat de pauvreté peut paraître paradoxal quand les héros de bande dessinée envahissent les linéaires des grandes surfaces (1020albums sont parus en 1999).«Le phénomène éditorial parasite la presse,explique Jean-Marc Thévenet, directeur général du Festival de la bande dessinée d'Angoulême.Le public a appris à lire la bande dessinée dans des albums qu'il trouve partout. Au temps dePilote,il n'y avait que la presse. Il fallait attendre des mois pour obtenir l'ouvrage en librairie. Quand il sortait...»Surtout, avec le succès du genre, les journaux ont perdu le caractère militant et iconoclaste qui assurait leur succès.«La presse BD faisait découvrir d'autres territoires,reprend Jean-Marc Thévenet.À la fin des années quatre-vingt, les magazines sont devenus des catalogues des éditeurs et cette famille de presse s'est effondrée.»Aujourd'hui encore, certaines maisons comme Dargaud, ancien éditeur de la revuePilote,préfèrent organiser de vastes opérations événementielles avec la grande distribution pour la sortie des ouvrages grand public plutôt que de les déflorer dans des revues à la rentabilité hypothétique. La société Casterman a, elle aussi, jeté l'éponge et abandonné la publication d'À Suivreen 1997, même si la marque devrait renaître sur le Web (www.asuivre.com) à l'occasion du Festival d'Angoulême.

Un cruel manque de moyens

Tous les éditeurs, heureusement, n'ont pas suivi ce chemin. La plupart des titres de presse BD sont actuellement directement liés aux grandes maisons d'édition.Fluide glacialappartient à Flammarion,L'Écho des savanesà Albin Michel etVécuaux Éditions Glénat. SeulsPsikopatet le mensuelBo-Doï,lancé en 1997, sont indépendants.«Les éditeurs ont tendance à faire de leurs titres un prolongement rédactionnel de l'édition de livres, sans se préoccuper de l'attente du lecteur»,affirme Frédéric Vidal, rédacteur en chef deBo-Doï,qui publie des bandes dessinées et traite de l'actualité du secteur. Leur appartenance à un éditeur bride-t-elle le ton de ces magazines?«ÀL'Écho des savanes,nous prépublions certes des BD à paraître chez Albin Michel, mais nous choisissons celles qui trouvent leur place dans le concept du titre»,répond Hervé Desinge. Reste que le magazine d'Albin Michel est acheté au moins autant pour ses pin-up que pour ses dessins. Les amateurs de BD se réfugient en fait dansFluide glacial,fondé par Marcel Gotlieb il y a vingt-cinq ans. Le succès du mensuel ne se dément pas.«Fluide glacial,c'est vraiment quelque chose de phénoménal,avoue Frédéric Vidal.En tant que tel, c'est une anomalie.»Le titre reçoit un courrier très abondant.«Dès que nous faisons de la publicité dans les kiosques, les lecteurs nous en veulent et nous accusent de faire comme les autres»,constate Jean-Christophe Delpierre, son rédacteur en chef. Avec un chiffre d'affaires annuel de 60millions de francs, les éditions Andie, filiale de Flammarion, sont régulièrement classées parLivres hebdoparmi les cinq sociétés d'édition les plus rentables. Alors que le titre ne diffuse de publicité que pour ses propres produits.Fluide glacialest toujours animé par la même personnalité charismatique, Marcel Gotlieb, offre les mêmes rendez-vous en noir et blanc et propose toujours des histoires complètes pour que les lecteurs puissent acheter un numéro sur deux sans être perdus.«Nous sommes restés fidèles à notre vocation et nos lecteurs nous en savent gré»,résume Jean-Christophe Delpierre. La situation difficile de la presse de bande dessinée inquiète malgré tout ce poids lourd.«La solitude nous pèse,explique Jean-Christophe Delpierre.La vente en kiosques devient très difficile à cause du manque de linéaires de bandes dessinées. Nous employons énormément de moyens pour être mis en avant.»Et il n'est pas question de compter sur des recettes publicitaires, puisque le titre, comme l'ensemble de ses concurrents, à l'exception deL'Écho des savanes,voire deBo-Doï,refuse toute annonce, quelle qu'elle soit. L'indépendance a son prix.

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