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Comment Glénat a lancé le manga en France

28/01/2000

L'éditeur Jacques Glénat a dû batailler pour imposer la culture manga en France. Aujourd'hui, les albums inspirent le cinéma, la mode et la publicité.

Ce mois-ci, la silhouette féline de Princesse Mononoké est apparue pour la première fois sur grand écran. Les Français ont découvert le trait vif et l'imagination débridée du «Walt Disney nippon», Hayao Miyazaki. Un tel événement ne pouvait pas échapper aux Éditions Glénat, qui proposent cette semaine une bande dessinée inspirée du film d'animation. La jeune fille de sang royal rejoint la trentaine de titres mangas que l'éditeur a lancés depuis le début des années 90. Des lancements imposés à la force du poignet, tant les oeuvres ont suscité de nombreuses réactions négatives. Tout démarre en 1988 lorsque Jacques Glénat, dirigeant et fondateur de la société éponyme, se met en tête de céder au Japon les droits de bandes dessinées européennes. Ce premier voyage est un fiasco. Il prend cependant contact avec la maison d'édition Kodansha, afin d'obtenir les droits de certains mangas, ces bandes dessinées omniprésentes au Japon. Éditées en noir et blanc sur un papier bas de gamme, elles sont très bon marché et extrêmement populaires.«J'étais un extraterrestre»,se souvient-il. Il lui faudra trois ans avant d'obtenir les droits du dessinateur Akira, l'un des classiques du genre. Au début des années 90, il commence à commercialiser en France, en Espagne et en Italie les oeuvres du dessinateur japonais, en fascicules mensuels. Cette coédition européenne, censée amortir l'investissement, est un échec. Jacques Glénat en convient:«C'était trop précurseur. À cette époque, l'État français arrêtait les magnétoscopes japonais à Poitiers. Il était impensable que les lecteurs se précipitent sur les mangas!»

Adaptations européennes

Tenace, il décide de séduire les lecteurs plus en douceur. Il publie son auteur fétiche en album cartonné, à l'instar des dessinateurs européens. Le contenu est aussi modifié. Les dessins, à l'origine en noir et blanc, sont coloriés et les onomatopées des personnages traduites. Enfin, le sens de la lecture (du verso au recto en japonais) est inversé, au grand dam des puristes. Toutes ces modifications, qui impliquent des évolutions graphiques, sont âprement discutées par la maison d'édition Kodansha avant d'être approuvées. En 1993, Jacques Glénat sort les premiers tirages, à raison de 8000exemplaires. Il reste prudent. Avec raison, car les critiques n'apprécient pas ce nouveau style. Considéré comme violent, vulgaire et abrutissant, le manga a mauvaise presse. Déroutés, les journalistes assimilent les albums aux dessins animés guerriers diffusés à la télévision. L'éditeur répète son plaidoyer.«Il existe toutes sortes de mangas en fonction des publics: adultes, adolescents et enfants. Les thèmes sont également très variés: romance, histoire, aventures... Un manga est de toute façon bien moins violent qu'un western. Dans Dragon Ball par exemple, les méchants ne sont pas tués, mais convertis.»

La conversion Dragon Ball

Dragon Ball, justement, ce petit personnage mi-homme mi-animal aux pouvoirs surnaturels, va finalement réussir à convertir les Français au milieu des années 90. Tiré aujourd'hui à huit millions d'exemplaires, il séduit les amateurs de bandes dessinées et les adolescents. Les autres maisons d'édition, Albin Michel, J'ai Lu, Casterman, accélèrent le phénomène en lançant à leur tour des titres concurrents. La grande distribution prend le relais des libraires. Dans la foulée, sortent en France des longs métrages d'animation japonais à succès:Porco Rosso,l'aviateur justicier, sort en 1995,Crying Freeman,un tueur tatoué amoureux de sa victime, en 1996... Ce nouveau style de narration inspire désormais des dessinateurs français. En témoigne la sérieHK,signée Trantkat et Morava, qui bouleverse les canons de la science-fiction. En 1997,Téléramatitre en une sur la «Planète manga». Le phénomène dépasse le monde de l'édition. La mode reprend les couleurs acidulées, les pantalons évasés et les vêtements près du corps inspirés des années 70, largement utilisés dans les mangas. Enfin, la publicité s'empare du phénomène. Les silhouettes androgynes et élancées des héros s'affichent pour Nomad de Bouygues Telecom et pour la RATP. Aujourd'hui, la maison Glénat réalise environ 20% de ses 260millions de francs de chiffre d'affaires grâce au manga.Dragon Ballreste un succès avec un total de 36titres différents. Les 13oeuvres d'Akira dépassent les 500000exemplaires.«Le Français est le deuxième lecteur de mangas après le Japonais,assure Jacques Glénat.C'est désormais devenu une passerelle vers des auteurs européens de bandes dessinées plus classiques dont les adolescents se détournaient. Ce style a redynamisé l'ensemble du marché.»Preuve que Jacques Glénat a enfin achevé sa mission d'évangélisation, sa maison d'édition vient de sortir un album d'Akira en noir et blanc, sur papier journal et doté d'une couverture souple. Le style manga dans toute sa pureté est enfin accepté. La boucle est bouclée.

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