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L'entretien : Tina Kieffer et Bruno Gosset

Lectures croisées

17/03/2000

Directrice de la rédaction de Marie Claire depuis février 1999 et à l'origine du repositionnement du titre féminin, Tina Kieffer ne connaissait pas Bruno Gosset, rédacteur en chef de FHM, mensuel masculin lancé en France par Emap, en juin dernier. Stratégies les a réunis pour leur demander comment ils s'adressent à la gent féminine et masculine. Ils ont répondu. Sans réserve et avec humour.

Comment traduisez-vous les rapports entre les hommes et les femmes dans vos journaux respectifs? Tina Kieffer. Nous avons deux positionnements, l'un intime, l'autre société.Marie Clairea souvent été perçu comme le journal des femmes battues (entre guillemets), parce que nous sommes assez présents pour dénoncer l'oppression de la société. En revanche, dans les rapports hommes-femmes au quotidien, on sort d'un climat très violent pour les femmes. Les choses vont plutôt très bien. Donc, nous ne nous plaçons plus dans une idée de dénonciation, mais plutôt de compréhension de l'autre. L'idée deMarie Claireest d'aller dans l'intimité des choses, dans ce qui nous touche au plus profond et qui, ensuite, a une incidence sur les rapports dans le couple, et dans la vie en général. Contrairement àFHM,nous ne sommes pas du tout prescripteurs. Bruno Gosset. On peut dire exactement la même chose, donner des conseils, répondre à des problèmes, avec ou sans humour. Nous décrivons des situations concrètes auxquelles personne ne croit. Elles se mélangent à d'autres, plus crédibles. QueMarie Claireait une vision et un regard assez fin sur la condition féminine et les rapports entre les hommes et les femmes, cela me paraît légitime. Ce n'est pas notre vocation. On s'intéresse à des situations, voire à des archétypes de situations, dans lesquelles on se reconnaît plus ou moins. Donc, on en propose beaucoup. Si Marie Claire a été le journal des femmes battues,FHMest-il celui des hommes qui plaisantent? B.G. Pas du tout. Les femmes ont vaincu. Et FHM est plutôt l'hommage des vaincus à leurs... «vainqueuses». Le lectorat deFHM,plutôt les 18-35ans, n'est pas dans la même problématique. Si vous dites à nos lecteurs qu'ils appartiennent au sexe faible, ils vont répondre «pourquoi pas?». Je suis persuadé que beaucoup de jeunes hommes ont, non pas le sentiment de subir une domination, mais la perception d'une certaine supériorité féminine dans les actes. Un exemple, les femmes manipulent mieux le langage. T.K . Nous ne sommes pas tout à fait sur le même créneau, surtout quand vous écrivez (elle lit):«La femme sans seins se manipule plus facilement et ne fait pas floc-floc quand on la secoue»,ou«en levrette, les gros seins facilitent l'érection en permettant d'associer sa compagne à des images dégradantes.»Je veux bien que vous décriviez des situations dans lesquelles l'homme peut se reconnaître, mais j'ai l'impression qu'il est toujours en chasse et qu'il a besoin de reprendre une espèce de pouvoir, avec des règles du jeu un peu archaïques. Tout cela révèle un problème d'immaturité. B.G. C'est un grand enfant, certes, mais je vous rappelle son âge. Qu'il soit en chasse, c'est relativement normal. Par ailleurs, vous abusez de la citation et ce n'est pas très gentil. (Rires). Vous ne pouvez pas comprendre ce genre de choses si... T.K. Vous allez dire que je ne suis pas dans la cible. B.G. C'est ça. Il faut appartenir à la cible, pour savoir que l'on ne se prend pas au sérieux dans ce genre de situations. T.K. Il n'empêche, les gens le lisent et c'est ce qu'ils ont envie d'entendre, d'une certaine façon. B.G. Je pourrais décortiquerMarie Claireet argumenter pour vous dire que les femmes ont envie de lire tel ou tel article. On est tous dans un rapport ambigu aux choses. T.K. DansFHM,on ne peut tout de même pas dire que vous participiez à l'évolution de la femme dans la société. J'ai travaillé pendant dix ans àCosmopolitanet c'était bien l'école du second degré. Mais des idées nouvelles étaient quand même véhiculées de temps en temps. Vous faites du second degré avec des idées complètement datées. B.G. J'insistais sur la génération à laquelle appartiennent nos lecteurs. Ils n'ont plus besoin de quotas pour comprendre qu'un homme égale une femme, et inversement. Ils naissent dans l'égalité des sexes et cela n'est pas un objet de débat. Donc, quand l'humour macho est développé, à l'évidence, nos lecteurs le prennent immédiatement au second degré. C'est de l'autodérision. On parle de convergence entre les hommes et les femmes et, sans aucune ironie, la virilité est aujourd'hui une chose bien partagée. L'homme se passe de modèle. Est-ce aussi le cas pour les femmes? T.K. DansMarie Claire,on dicte assez peu de modèles. Aussi bien dans le choix des personnalités que des portraits. Les gens nous intéressent plus pour ce qu'ils font que pour ce qu'ils sont. D'ailleurs, les filles, sur les couvertures, ne sont pas des archétypes. Y a-t-il des sujets qui pourraient vous être communs? T.K. Non. Nous avons une vision radicalement différente des choses. Je continue de penser queFHMest très prescripteur et nous ne le sommes pas. B.G. Nous donnons moins de conseils que nos concurrents, et nous sommes même obsédés à l'idée de ne pas être prescripteur. C'est en fait de la fausse prescription. On donne de l'information, avec une vision pratique. T.K. Il y a des conseils pas mal faits dans votre journal, dans «Votre sexualité les intéresse», par exemple. Je trouve cela assez amusant et malin, parce qu'une sensibilité masculine et une sensibilité féminine répondent. La dérision est plus fine là qu'ailleurs. Mais, dans votre sujet sur «Comment manipuler les femmes«, quand vous écrivez«si on peut tout obtenir d'un animal bien dressé, il est quand même nécessaire d'utiliser des stratégies pour qu'une femme accède à vos désirs»,cela ressemble à un espace où les hommes ont, enfin, le droit de se lâcher. B.G. Ma grand-mère est choquée par cela! L'homme a droit à la décontraction mentale, comme il a droit à l'élévation spirituelle. Il a le droit d'être beau, laid et tout le reste. T.K. Imaginons que les beaufs soient devenus une minorité, vous êtes dans la défense des beaufs. B.G. Qui peut avoir envie de faire, ou de lire, un magazine comme vous le dites? Simplement, on ne recule pas devant certaines énormités parce qu'elles nous font rire, et rendent les choses très claires, finalement. Avant de lancer FHM, vous êtes-vous inspiré de la presse féminine? B.G. Mon rêve, ce serait de travailler dans la presse féminine (Rires). On ne peut pas adorer la presse féminine, ce qui est mon cas, sans s'en inspirer. Les autres magazines masculins ont, eux, vraiment cherché à adapter la presse féminine aux hommes. Nous avons voulu échapper à cela. Nos conseils sont moins centrés sur la personne, l'homme qui litFHMest beaucoup plus en société. T.K. J'ai aussi lu un sujet sur: comment draguer avec des conseils de marketing. Nous l'avions fait àCosmodans les années80, avec ce côté psycho au second degré. B.G. L'une des clés d'explication assez forte, dans la presse féminine, tient dans la psychologie. C'est un outil assez efficace, respectable, très en phase avec les modes de raisonnement féminins. T.K. Je suis d'accord. B.G. La psychologie chez un homme, c'est autre chose. C'est un peu étranger à sa façon de voir les choses. Nous sommes plus dans la stratégie, dans un jeu de rôle que dans l'analyse, à n'en plus finir, des situations, sur le plan psychologique. Dans ce sens, nous ne sommes pas l'équivalent d'un féminin pour les hommes. T.K. Il y a autre chose qui m'a beaucoup amusée. Dans votre dernier numéro, vous utilisez pour la première fois le mot sexe en couverture. Puis vous vous justifiez tout au long de votre éditorial. Pourtant, vous n'hésitez pas à mettre des trucs, dans votre journal, devant lesquels même ma grand-mère, puisque vous me parliez de la vôtre - qui n'était pas franchement une suffragette - aurait eu les cheveux qui se seraient dressés sur la tête! Je ne comprends pas très bien: pourquoi ne pas parler de sexe en couverture? B.G. On est évidemment dans la fausse justification. T.K. J'ai l'impression que vous naviguez entre deux eaux. B.G. D'autres magazines masculins et de nombreux féminins parlent de la sexualité avec beaucoup de sérieux. Il nous arrive aussi d'en parler avec sérieux, mais la sexualité est également un sujet de plaisanterie. Et ce n'est pas si fréquent. T.K. Sauf de temps en temps, où l'on passe du second degré au graveleux. B.G. On ne l'exclut pas, mais il y a plein d'autres choses. Dans Marie Claire, vous ne plaisantez pas avec le sexe? T.K. De temps en temps. Mais cela a déjà été beaucoup fait et la libération sexuelle est loin. Même Woody Allen a aujourd'hui du mal à faire rire avec ce sujet. B.G. On disait que la virilité était une valeur partagée par les femmes. L'humour est maintenant une valeur davantage partagée par les hommes, qui se prenaient beaucoup au sérieux auparavant. Parallèlement, les femmes, en prenant plus de responsabilités, ont perdu un peu d'humour. Il y a peut-être chez l'homme d'aujourd'hui une sorte de stratégie du faible et l'humour est un bon instrument. La nouvelle domination féminine, dans les valeurs en tout cas, fait que l'idéologie féminine a besoin de sérieux pour s'affirmer. Combien d'hommes travaillent à Marie Claire? T.K. Cinq à temps plein: deux journalistes, un responsable maquettiste et les deux directeurs artistiques. Donc, le côté visuel, même si le travaille s'effectue beaucoup en pool, apporte un regard assez masculin, très complémentaire. Et à FHM? B.G. Cinq aussi. Les journalistes sont tous des hommes, mais nous avons pas mal de pigistes femmes. Lors de notre lancement, j'ai d'ailleurs découvert que plus on était d'hommes, à l'exclusion des femmes, plus c'était nul. Dès qu'il y a une femme ou plus, les choses se passent mieux. T.K. Cela élève le débat (Rires). B.G. Exactement!

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