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Paris Match et son complexe

07/07/2000

Alain Genestar, directeur de publication de Paris Match, réfute le terme de «magazine people». Pourtant, l'hebdomadaire d'Hachette affiche huit fois sur dix Diana, Caroline ou Sharon en une...

ÀParis Match,la simple prononciation du mot «people» entraîne une avalanche d'explications passionnées. Apparemment, le sujet est sensible dans les bureaux en duplex du prestigieux hebdomadaire d'Hachette Filipacchi Médias. Dans le couloir central s'affichent pourtant sans complexe les plus grandes photos de une. Isabelle Adjani, la main sur le coeur, sublime dans l'objectif d'Avedon, Jacques Chirac en 1967, la tête plongée sous le capot de son auto, cigarette aux lèvres et clé à pipe à la main, Georges Marchais, lunettes de soleil et torse nu, sur la plage, absorbé dans la lecture de Pif. Et des photos de guerre, de catastrophes... Sur une table, le dernier numéro porte en couverture Caroline et Ernst-August de Hanovre. Des habitués dont la seule présence garantit de bonnes ventes à cet hebdomadaire dont la diffusion moyenne dépasse les 620000exemplaires. Pas de doute,Paris Matchest bien un journal people, même si une telle affirmation a le don de déranger en interne, car elle renvoie immédiatement à des titres nettement moins prestigieux, commeGala,l'ensemble des magazines de télévision,France dimanche,voireVoicietIci Paris.Directeur général de la rédaction depuis un an, Alain Genestar est plus mesuré. Il préfère convaincre son interlocuteur en l'invitant à pénétrer dans le saint des saints, une petite pièce dans laquelle les «barons» du journal visionnent les images, commentant l'ensemble d'un simple mot qui vaut acceptation ou refus : «Bien» «Intéressant», «Pas d'histoire». Sur le mur, deux cadres remplis de petites photos, façon trombinoscope. La reproduction des unes du journal depuis son origine. Quelques couvertures générales émergent... dans un océan de visages et de silhouettes de célébrités.«C'est cela,Paris Match, avoue le successeur de Roger Thérond.Huit fois sur dix, nous mettons en une des photos people. Parce que c'est l'actualité qui intéresse les lecteurs, que ce soit l'adoption d'un bébé par Sharon Stone, la parution d'un livre attendu sur Diana ou la mort récente des immigrés clandestins».Selon lui, les efforts faits par le titre parlent d'eux mêmes.«Pour Diana, nous allons faire un gros chèque,poursuit-il.Mais pour les clandestins, nous avons envoyé quatre équipes de deux journalistes dans les points chauds du monde pour suivre le destin de ces gens désespérés. L'une d'elles doit embarquer cette nuit même en bateau. En réalité, nous avons concentré l'essentiel de nos forces sur un sujet d'actualité. Mais on ne le mettra pas en une. Parce qu'il faut vendre».Une contingence douloureuse, difficile à avouer. À quelques mètres de là, Bruno Lesouëf, directeur de la publication des titres jeunesse et actualité, se défend bec et ongles.«Les lecteurs ne dressent pas de barrières entre les sujets,commence-t-il.Le concert de Johnny Hallyday au Champ de Mars n'est-il pas un événement d'ampleur nationale et Johnny un phénomène de société?».Certes. «Matchreste un journal grand public essentiellement vendu en kiosques,poursuit-il.Il doit donc réaliser en une l'équivalent d'un access prime time. Faire une couverture sur l'environnement est moins difficile lorsque vous réalisez près des deux tiers de vos ventes par abonnement. Nous mettons des people en couverture pour attirer des acheteurs au numéro, d'autres font gagner une télévision à chaque nouvel abonné!».

Les stars comme produits d'appel

De fait, les stars deParis Matchservent largement de produit d'appel. Si elles occupent 80% des unes, elles ne s'étalent que sur 20% de la pagination.«Nous avons même un peu baissé la surface qui leur est consacrée»,affirme Alain Genestar. Pourquoi?«Nous avons beaucoup d'idées pour traiter le reste de l'actualité. Par ailleurs, le matériel est souvent décevant. Les stars se protègent de plus en plus et manquent de naturel. En France, nous essayons de leur expliquer mais avec les Américains, nous avons plus de mal. Quand le sujet est trop léché, nous ne le prenons pas.»Un principe qui s'applique de la même façon à l'actualité générale et à l'actualité économique. Après la tempête,Paris Matchmontre Michel Bon, le patron de France Télécom, souriant, en bottes et tenue de week-end, tronçonneuse en mains. Plus récemment, les protagonistes de l'accord Vivendi-Canal+-Seagram posaient détendus, buvant leur bouteille d'eau minérale au goulot.«Nous surveillons la concurrence: la presse people pour la partie people et celle des news pour la partie actualité»,affirment les deux rédacteurs en chef, Anne-Marie Corre et Gilles Martin-Chauffier. Dans le bureau d'Alain Genestar, la conversation s'interrompt. Il doit visionner trois séries de photos en urgence. Au menu, la reconstruction de Grozny, un mariage Massaï et plusieurs séries consacrées à l'immigration clandestine. Dures. Des barques surchargées, des cadavres roulés dans les vagues.«C'est du people, ça?»,glisse-t-il, vengeur.

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