
SOMMAIRE DU DOSSIER :
Les mécènes ont du choeur
La pub déboule à pleins tubes
Frank Tapiro, coprésident d'Hémisphère droit:
La bataille des chaînes musicales
La presse musicale pousse le son
Philippe Manoeuvre : Un groupe de rock, c'est une utopie en marche
Pour la play-list, allez voir le labo
Johnny Hallyday : Monument historique
Ça swingue dans les agences
18/07/2000 - Rock et communication font bon ménage. De nombreux publicitaires sont des adeptes réguliers des salles de concert: la plupart se limitent au «boeuf» le temps d'une soirée, mais d'autres vivent une véritable carrière parallèle.
Créatifs, commerciaux et même patrons d'agences sont nombreux à saisir leurs guitares pour assouvir leur passion pour la musique. Le monde de la publicité a même connu ses groupes vedettes aux noms évocateurs comme Les Rabbins volants, Les Slips ou Les Tâches incrustées, formation composée de commerciaux de chez Procter&Gamble. Patrick Dahan, directeur général de MediaFactory, connaît bien ce milieu pour avoir organisé durant cinq ans les soirées GRP de NRJ, les fameux «greups» où se produisaient régulièrement des groupes rock ou pop formés par des publicitaires.«Il existe deux grandes tendances dans la publicité,explique-t-il,les groupes de rock et rythm and blues, et les formations de jazz.»
Un atout dans leur travail
Rocky Gobez&ses Trapèzes appartient à la première famille. Formé il y a dix ans, le groupe répète pour le plaisir tous les quinze jours dans un studio de République.«C'est un passe-temps et un vrai plaisir,indique Rémy Lanselle, directeur d'Universal McCann Partenariat et chanteur de la formation.Le groupe possède une petite notoriété, mais nous préférons plus être reconnus professionnellement que pour la musique.»Un plaisir partagé également par Philippe Deshons, l'ancien directeur général de Starcom, qui ramenait une guitare après chaque voyage à Chicago (siège mondial de Starcom). Leader d'un groupe baptisé Deshons et Lumières, il a même profité d'un passage à la télévision.«M6 a fait un reportage sur nous en 1989 durant la fête de la Musique, alors que nous jouions près de RTL,se souvient-il.Nous avons réalisé une audience de 1,8% sur la cible ensemble!»Directeur de la création de Young&Rubicam, Gabriel Gaultier a, lui, raccroché le micro. À l'époque, il écrivait des textes sur une musique rock plutôt violente pour les trois groupes qu'il a animés: Les Rabbins volants, Anus et Onkr!.«Je m'intéressais beaucoup au développement du concept du groupe,explique-t-il.C'était un peu comme le lancement d'un produit. Nous étions tous habillés autour d'un thème, par exemple en hommes préhistoriques pour Onkr!.»Rien n'était laissé au hasard, même le nom du label créé spécialement pour Les Rabbins volants: Lévy Métal. Gabriel Gaultier n'a pas tout à fait laissé tomber la musique. Il écrit maintenant des chansons pour enfants. Le rock n'est pas l'unique tendance musicale représentée dans la publicité. La techno possède également ses partisans. C'est le cas chez BETC où travaille DJ Salman, pseudonyme de Cyril Saal, chef de publicité sur les produits Lu.«J'ai animé la soirée de l'agence en début d'année,raconte-t-il.Certains ont été très surpris de me voir derrière les platines. Ils avaient de moi l'image d'un gars plutôt sage. C'est vrai qu'à l'agence, j'essaie d'être discret et je porte plutôt des chemises blanches que des tee-shirts métal.»Certains sont même passés à la production de disques. Williams Pears, groupe mené par Éric Phélippeau, le directeur de l'agence de design Duetto, va bientôt sortir son 3e album aux États-Unis.«Ce n'est pas une double carrière, car la musique me coûte plus qu'elle ne me rapporte,reconnaît-il.Mais cela me permet de monter des opérations de relations publiques avec nos clients.»En revanche, Vincent Pambaguian n'hésite pas, lui, à parler de double vie. Compositeur et interprète, il sortira son troisième album en octobre sous le nom de scène Vincent Baguian : Mes Chants. Distribué par Sony, il est produit par Francis Cabrel en personne. Concepteur-rédacteur chez Opéra, il a déjà fait la première partie de Patricia Kaas.«Un créatif qui ne bouge pas de son agence ne trouvera pas d'idées,estime-t-il.Cette vie me nourrit énormément. Dans la publicité, même un mauvais concepteur-rédacteur peut voir sa création diffusée. En musique, on est choisi pour son talent.»Cette passion pour la musique est un plus pour leur métier. D'une manière générale, ces publicitaires musiciens reconnaissent qu'elle les aide dans leur travail quotidien.«Mes connaissances musicales me permettent de donner des briefs plus clairs pour les bandes sonores des films publicitaires»,précise Ferdinand Berville, commercial chez CLM/BBDO et pianiste du groupe de Jazz Presque.«Cette expérience m'a beaucoup apporté,ajoute Gabriel Gaultier.Maintenant, je relativise beaucoup mieux les situations. Quand on a joué en peau de bête devant un public de cinq personnes totalement bourrées... on ne craint plus rien.»«Mon dernier achat, c'est 3968 CR 13, de Massilia Sound System. C'est un groupe engagé qui mêle raï, reggae et musique andalouse. Ce qui me ramène au Sud, au soleil, à l'été.»