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Scènes de la vie judiciaire

06/07/2001

La 1rechambre C du tribunal de grande instance de Nanterre est bien connue des éditeurs de presse et de leurs avocats. Elle partage, avec la 17echambre du TGI de Paris, l'essentiel des affaires de droit à l'image jugées dans l'Hexagone. Au rythme de deux séances par mois, Pascal Chauvin, son président, tranche les différends entre stars et éditeurs. Reportage.

Monsieur le Président, imaginez le préjudice moral de cet homme discret, qui voit sa vie privée exposée aux quatre millions de lecteurs deVoici.Mon client est présent en "une" et à l'intérieur, sur une photo prise au téléobjectif. Et s'agit-il d'un événement heureux? C'est une séparation douloureuse d'avec sa compagne. Huit mois après, l'article rappelle en outre la mort du bébé qu'ils attendaient.»Le ton ferme, l'oeil glissant rapidement sur ses notes, ce jeune avocat du cabinet de maître Toucas, un habitué de la défense des vedettes, n'hésite pas à jouer sur les sentiments.«Cet homme discret»,c'est le célèbre footballeur Fabien Barthez. Quant à la«compagne»,il s'agit de la non moins fameuse Linda Evangelista. Face à l'avocat, au fond de la salle 315 du tribunal de grande instance de Nanterre, le président Pascal Chauvin, la quarantaine, lunettes cerclées de fer, est encadré de trois femmes: ses deux assesseurs et une greffière.- «Pour chacun des deux numéros concernés, je réclame 150000francs de dommages et intérêts au titre du préjudice moral,conclut l'avocat.Mais Fabien Barthez a aussi subi un préjudice commercial,poursuit-il. Voicine participe pas commeLe MondeouLibérationà l'information, mais commence et finit de la même manière, avec des recettes de cuisine. Il entretient un défi systématique de la loi et profite de la notoriété de mon client pour augmenter ses ventes.»Il est 14h10, ce mardi 26juin. La plaidoirie de l'avocat de Fabien Barthez a duré dix minutes.- «Maître d'Antin».Le président invite maintenant l'avocat de Prisma Presse à répondre. Les deux hommes se connaissent bien. Olivier d'Antin défend régulièrement la société éditrice deVoici, GalaetVSD.Le groupe de presse dirigé par Axel Ganz détient le record des procès de droit à l'image, devant Hachette Filipacchi Médias, qui publieParis Match, France dimancheetIci Paris.Imposant physiquement, rompu à l'exercice, l'avocat commence presque timidement. Il rappelle les précédents jugements, fait allusion au goût commun du président et de lui-même pour le football, et note«l'absolue complaisance de Fabien Barthez pour tout ce qui touche à sa vie privée».Il s'échauffe, se déplace, hausse le ton et lance ses manches en marchant vers le bureau surélevé des magistrats. L'homme a de la ressource dans la métaphore:«Nous avons là une manifestation du complexe du gardien de but prompt à couvrir le terrain judiciaire. Mais celui qui est complaisant avec les médias ne souffre pas les articles similaires à ceux qu'il autorise»,assène-t-il. Il brandit alors des photocopies deParis Matchoù Fabien Barthez et Linda Evangelista confiaient longuement leur vie privée.«Sommes-nous alors dans la réserve du deuil? Cela jette un sérieux doute sur le préjudice subi par les deux articles anodins dont vous êtes saisi.»CQFD. Maître d'Antin concède la faute qui ne coûte rien mais pas le préjudice... qui peut donner lieu à plusieurs centaines de milliers de francs de dommages et intérêts.- «Délibéré le 10septembre»,conclut le président. Maître d'Antin n'est pas venu pour rien. Après celles du top model et du footballeur de l'équipe de France, le tribunal examine la plainte du chanteur Patrick Fiori. Toujours contre l'éditeur deVoici.Face à l'avocat de Prisma, Barbara Deleuze, avocate du cabinet Schmitz, spécialisée dans la défense des stars.- «Il s'agit d'un scoop parfaitement mensonger, paru en septembre 2000, sur la relation imaginaire de mon client avec une certaine Isabelle,commence la jeune femme.Une relation qu'il a lui-même découverte dans le journal!»Immobile, volontaire et assurée, Maître Deleuze parle«d'affabulation journalistique»accompagnée d'une«profusion de détails».Maître d'Antin se dresse à nouveau.- «On vous a clairement dit, c'est préjudiciable parce que c'est faux. Eh bien, il faut se ranger à cette idée peu glorieuse pour le journal: l'article a sans doute été vendu clé en main sans enquête sérieuse... Mais alors, peut-on plaider le harcèlement et la traque?»La journée se termine avecFrance dimanche.Maître Deleuze représente cette fois la chanteuse Lara Fabian, photographiée au cours d'un séjour dans un hôtel du Var en compagnie de son «ami», Sébastien Lorca. Enfin, le chanteur Pascal Obispo, particulièrement chatouilleux sur l'exploitation de son image, a attaqué le magazineVSD.L'hebdomadaire réclamera une condamnation à 25000francs pour abus de procédure. Une séance ordinaire, selon le président Chauvin qui a maintenant l'été pour trancher. Il est 16h10.

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