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Portefeuilles ministériels : Tout sauf une sinécure

09/11/2001

L'histoire du ministère de la Communication est d'abord celle d'une émancipation durement gagnée face à Matignon qui oblige du coup le titulaire du poste à composer, aujourd'hui, avec les Finances.

Qui se souvient de Jean-Philippe Lecat ? Cet ancien député de la Côte d'Or fut,de 1978 à 1981, ministre de la Culture et de la Communication dans le gouvernement de Raymond Barre. En 1974, on lui doit même un éphémère passage au secrétariat d'État à l'Économie en qualité de ministre de l'Information. Las ! Jean-Philippe Lecat n'est associé à aucune loi ou décret et ses trois années de ministère sont moins notables que les seize mois d'Alain Carignon en tant que simple ministre de la Communication entre 1993 et 1994. Normal. Outre sa condamnation à quatre ans de prison ferme dans l'affaire Dauphiné News, Alain Carignon a laissé son nom à une loi libérale, en 1994, qui a élargi à 49 % la part maximale d'un opérateur dans le capital d'une chaîne de télévision et à 150 millions d'habitants la limite de couverture des groupes radiophoniques.

Le portefeuille de ministre ou de secrétaire d'État à la Communication est une invention récente. Il date précisément de l'arrivée de Jean- Philippe Lecat, en 1978, et de la volonté de Valéry Giscard d'Estaing de libérer les questions relatives à l'information de la tutelle directe de Matignon. Entre 1974 et 1976, André Rossi était ainsi secrétaire d'État auprès du Premier ministre, chargé des problèmes de l'Information et de l'Audiovisuel. Et, entre 1976 et 1978, un conseiller technique de Matignon, Antoine de Clermont-Tonnerre, arbitrait les questions de radio et de télévision.

En 1978, comme il a déjà fait exploser l'ORTF quatre ans plus tôt, Giscard veut enterrer l'ère pré-soixante-huitarde d'Alain Peyrefitte, où le ministre de l'Information passait pour chef de la censure. Et il cherche à être bien vu de la presse, qui apprécie l'importance donnée par le pouvoir politique à un sujet qu'elle affectionne : les aides à la presse.« Les patrons de presse ont le sentiment qu'ils seront toujours mieux défendus par un ministre ou un secrétaire d'État que par Matignon lors des arbitrages budgétaires »,explique Jean-Marie Charon, sociologue des médias à Sciences Po et ancien conseiller de Catherine Trautmann.

L'histoire leur donne-t-elle raison ? Le fait est que Matignon garde un regard attentif sur la communication via l'actuelle Direction du développement des médias (ex-SJTI). Les crédits utilisés par le ministère de la Communication sont d'ailleurs ceux du Premier ministre. Quant aux ministres de la Communication qui ont compté, ce sont ceux qui bénéficiaient de l'appui politique du chef de l'État ou du Premier ministre. Comme Georges Fillioud, qui a été l'artisan de la libération de la bande FM et d'une loi sur la presse de 1984 servant les intérêts de Mitterrand contre Hersant. Ou encore de François Léotard, qui est à l'origine de la loi sur l'audiovisuel de 1986 ayant permis la privatisation de TF1.

Face aux fonctionnaires du Trésor et au ministre du Budget, il est vrai qu'il vaut mieux être soutenu. Depuis le gouvernement Juppé, la tendance est à une mainmise de Bercy sur les décisions importantes du secteur de la communication. Catherine Trautmann en a fait l'amère expérience lors de la privatisation de RMC, en 1998, quand le ministère de l'Économie a choisi le mieux-disant financier, NRJ, contre l'avis de la rue de Valois. Même déconvenue pour Catherine Tasca aujourd'hui quand il s'agit d'obtenir une rallonge pour l'AFP ou de décrocher une aide pour les NMPP.

La Communication est en outre le parent pauvre, rue de Valois, face à la Culture.« Le système est bancal,souligne Jean-Marie Charon.Les cabinets du ministre sont habitués à travailler avec la Culture tandis que la Communication n'a parfois qu'un microcabinet. »Si l'on ajoute à cela que la mission consiste le plus souvent à harmoniser des lois européennes et à distribuer des aides, on se demande pourquoi ne pas rendre à Matignon ses prérogatives.« Mon sentiment, c'est qu'un ministère de la Communication ne sert à rien »,conclut Jean-Marie Charon.

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