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Médias

Arrêt sur Arrêt sur images

18/12/2001

Arrêt sur images, la plus ancienne émission de La Cinquième, doit beaucoup de son caractère et de sa longévité à son animateur, Daniel Schneidermann. Chronique d'une chronique de la télévision qui aborde l'âge de raison.

Allo, ne quittez pas, je vous passe Daniel Schneidermann.

- Heu oui... (silence).

- Allo, bonjour, c'est Daniel Schneidermann, vous allez bien ?

- Très bien, merci.

- Dites, j'ai oublié de vous en parler quand on s'est vu, mais j'ai pour règle de toujours relire mes citations avant publication.

- Ah, c'est embêtant, parce que nous, on n'aime pas trop. Il y a toujours le risque de voir des propos édulcorés.

- Écoutez, moi je le fais systématiquement, quand j'écris un article pourLe Mondeou quand je donne une interview.

- Ah, et quand vous faites une interview de Thierry Ardisson sur l'agence Élite àArrêt sur images, vous lui laissez visionner l'interview avant ?

- Euh, non, là c'est différent, il y a un mode d'enregistrement automatique incontestable ; certes, on peut intervenir au montage, mais on ne peut rien changer à ce qui a été dit. Là, c'est tout de même pas pareil, j'ai remarqué que vous aviez un stylo et un bloc-notes. »

Implacable supériorité de la télévision sur la presse... C'est donc oralement que je rapporterai à l'animateur d'Arrêt sur images les propos que je lui attribue. Mais, en cas de confrontation, c'est également convenu, le bloc-notes fera foi.« OK, j'accepte le match »,rétorque Daniel Schneidermann. Donc, à partir de maintenant, tout ce qui se trouve entre guillemets a été en principe revu et contrôlé par l'intéressé.

Le spécialiste du message télévisuel et chroniqueur auMondelaissera-t-il diffuser tout ce que l'homme d'action disait spontanément, passé le stress de la caméra et des conditions du direct, ce vendredi 23 novembre ? Devant le banc de montage de son émission à Riff Productions, Daniel Schneidermann parlait très librement.

Du reste, les coupes au montage étaient une formalité : quelques ex- traits deTitanicpar ci, deux ou trois plans par là. En tout, guère plus de trois ou quatre minutes expurgées de la version finale.«Arrêt sur imagesest par nature une émission très conflictuelle. Je veille à ce qu'aucune coupe ne tronque la pensée d'un invité. S'il y a contestation - ce qui ne s'est jamais produit -, on peut trouver en ligne la version intégrale de l'enregistrement. »

Moins vindicatif

Consacrée à la télévision américaine après le 11 septembre, l'émission diffusée ce 25 novembre n'est pas vraiment polémique (excepté l'interview de Thierry Ardisson réalisée par Hélène Risset). Se confirme le sentiment d'un Daniel Schneidermann moins procureur qu'à ses débuts. Il ne boude pas son plaisir :« Personne n'est à l'abri d'une bonification. Je n'aime pas cette image d'inquisiteur qu'on me colle à la peau. Toute la difficulté de mon exercice est de donner l'image de l'exigence et non celle de l'agressivité. »

Il est vrai que l'inquisition peut parfois se retourner contre son instigateur. Témoin, cet épisode d'un Nicolas Hulot assailli de toutes parts et qui finit par attirer la sympathie que toute victime porte en elle auprès du public. Schneidermann concède que c'est la seule occasion où il a été débordé.

Ce reflet d'un homme plus à l'aise, moins vindicatif, presque badin, n'est pas pour lui déplaire. Depuis la fin de la saison télévisuelle, c'est comme s'il avait enfin assumé une part de lui-même :« Je me suis rendu compte que j'aimaisLoft Story,cela a été une vraie divergence avec Alain Rémond[le rédacteur en chef deTéléramaet chroniqueur d'Arrêt sur images].Peut-être est-ce dû au fait que j'ai des enfants dans cette cible. J'ai de l'estime pour les lofteurs : je les trouve intelligents, et j'ai été surpris par la profondeur de leurs discussions en suivant leurs conversations sur TPS. »

Face à« l'insolence creuse et vide »qui caractérise selon lui le paysage médiatique, Daniel Schneidermann assume aujourd'hui son côté paillettes. Il n'est pas fâché de parler dePopstars, Star Academy ou Koh Lanta.Il n'est pas non plus mécontent de donner le sentiment de ne pas détester la télévision. Un peu à la façon de Paul Amar, qui parle de la presse en aimant la presse dans son émission du samedi,On aura tout lu.

Il faut dire que cet autre programme de La Cinquième a bien failli lui prendre sa place. Après l'arrivée de Jean-Pierre Cottet à la direction générale d'une chaîne intégrée à l'ensemble France Télévision, Daniel Schneidermann s'est vu remis en cause au premier semestre 2001. Présente depuis la création de la chaîne, fin 1994,Arrêt sur imagesfait alors des audiences médiocres. Sa critique de l'émissionC'est mon choixsur France 3 est assez mal passée, et Jean-Pierre Cottet souhaite déplacer l'émission en semaine. S'ensuit une vive discussion à la fin juin où Daniel Schneidermann menace de claquer la porte.

Mais Jean-Pierre Cottet cède et Daniel Schneidermann revoit la copie de son émission.Arrêt sur imagesn'est plus aussi superbement ignorante du Médiamat. Certes, il ne s'agit pas de prendre appui sur les thèmes les plus fédérateurs (« ma priorité est de faire l'émission la plus nécessaire chaque semaine »,dit-il), mais l'intention est aussi clairement affichée.« Il est évident qu'on veut être regardé le plus possible : je n'ai jamais eu de mépris pour l'audience et je fais en sorte que les téléspectateurs entrent plus facilement dans l'émission, l'accessibilité étant un moyen et non une fin. »

Depuis la rentrée, l'émission recourt à un procédé bien connu des publicitaires comme des émissions de TF1 : le teasing. Il s'agit d'un extrait d'un moment fort de l'émission que l'on diffuse en ouverture du programme pour engager le téléspectateur à regarder l'intégralité du produit. Exemple à propos d'une émission titréeAlerte à TF1 :le teasing est la séquence où l'un des candidats deStar Academylâche un« Qui a pété ? »,à comparer au« Qui c'est qu'a pété »deLoft Story...

Autre mécanisme bien connu des chaînes commerciales : le casting des invités. Car, pour faire de l'audience, il ne suffit pas de montrer de belles images ou de tenir un discours bien ficelé : il faut aussi de bons « clients », pour jargonner télé. Pour cela,Arrêt sur imagesa sa particularité. Elle cumule la recherche d'informations susceptibles de l'aider dans son investigation et la sélection de bons partenaires momentanés. J'en ai fait l'amusante expérience pourAlerte à TF1,où j'ai d'abord été sélectionné comme invité - un communiqué de presse en atteste- avant d'être coiffé au poteau, trois heures avant l'enregistrement, par Xavier Couture, directeur de l'antenne de TF1...

En règle générale, rappelle une ancienne collaboratrice de Daniel Schneidermann, pas moins de vingt à vingt-cinq personnes sont ainsi testées, dans le cadre de la préparation d'une émission. Pour chacune d'entre elles, une fiche est établie et c'est Daniel Schneidermann lui-même qui juge sur pièces.« Si cela va dans le sens de l'idée qu'il a en tête, c'est parfait, sinon, vous pouvez toujours vous accrocher »,assène-t-elle.

Champ journalistique

Après un septennat d'émissions,Arrêt sur imagesconserve les trois ingrédients qui ont fait sa marque de fabrique : la sémantique de l'image, le décryptage, et les outils journalistiques classiques que sont l'enquête et le reportage. Si une classe de collège est conviée depuis le début à décortiquer les images, le programme s'est très fortement recentré sur le champ journalistique. La dimension universitaire y est moins présente, notamment depuis qu'une vive polémique a opposé Pierre Bourdieu à Schneidermann sur le thème « Peut-on critiquer la télévision à la télévision ? ».

Au professeur du Collège de France auteur d'un essai sur le média audiovisuel, le journaliste a répondu par un livre,Du journalisme après Bourdieu,paru chez Fayard en 1999. Depuis cette publication, l'animateur d'Arrêt sur imagesestime avoir été au bout de son questionnement sur un métier qu'il considérait jadis comme« porteur de dérives et de scénarisation ».

Il se revendique d'abord journaliste, et un journaliste heureux de faire 6 % de part d'audience depuis le 11 septembre alors qu'il plafonnait à 3 ou 4 % avant l'été. Heureux aussi de gagner une confortable enveloppe àArrêt sur images,bien supérieure à celle de sa chronique duMondeoù, pour 17 000 francs nets, il passe deux demi-journées par semaine.« Mais je suis sans doute le moins payé des présentateurs de chaînes hertziennes »,ajoute-t-il. Hélas, DS n'est pas encore PPDA...

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