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«Le marketing ne doit pas imposer ses cadences»

01/02/2002

Henri Sérandour, président du Comité national olympique et sportif français (CNOSF), estime que, dans le domaine du sport, l'argent est mal distribué. Certains dirigeants lui paraissent plus soucieux de rentabilité financière qu'empreints d'esprit sportif. Les limites du marketing sont, selon lui, atteintes.

Y a-t-il trop d'argent dans le sport ?

Henri Sérandour.Non. Le sport est devenu un phénomène économique et son image génère beaucoup d'argent. Sinon, les annonceurs ne viendraient pas vers nous. Le sport en lui-même n'a pas d'argent, à l'exception de trois ou quatre disciplines. Et, dans celles-ci, seul le secteur professionnel gagne de l'argent.

Pourquoi ?

H.S.C'est le secteur professionnel qui intéresse le plus les télévisions, donc les annonceurs ! On assiste à une escalade, notamment dans le football. Malheureusement, cela se traduit par des méthodes de fonctionnement qui, parfois, ne vont pas avec l'esprit sportif.

Cela entraîne des dérives...

H.S.On les connaît : dopage, faux passeports, matchs achetés, surenchère au transfert ou à l'achat de joueurs, salaires dépassant l'entendement... Dans certains cas, l'enjeu sportif n'est plus prioritaire par rapport à l'enjeu économique. C'est dangereux.

Est-il possible d'instaurer des limites ?

H.S.Dans certaines disciplines, j'ai le sentiment que nous sommes arrivés à un point de non-retour. L'Europe doit intervenir en harmonisant les textes. Il n'est pas normal que des clubs de football européens puissent effacer du jour au lendemain des déficits considérables, au détriment de nos clubs en France.

Êtes-vous favorable à une défiscalisation des revenus des joueurs professionnels français ?

H.S.Non, mais je souhaite une harmonisation des fiscalités, afin de rendre le combat plus égal.

Et l'entrée en Bourse des clubs ?

H.S.Comme Marie-George Buffet, ministre de la Jeunesse et des Sports, je pense que l'économie des clubs est encore trop fragile pour pouvoir entrer en Bourse, même au Second Marché.

Quels rapports entretenez-vous avec le marketing ?

H.S.Le Comité national olympique dispose d'un département marketing et fait appel à des partenaires privés. Ceux-ci apportent environ les deux tiers de notre budget. Ces annonceurs sont attirés par les valeurs de l'olympisme. Mais tout ne leur est pas permis, et nous conservons la maîtrise de l'image olympique. La limite, c'est quand le marketing impose ses cadences infernales, quand le sportif est au service du marketing et non l'inverse. Néanmoins, je comprends que les responsables des entreprises attendent un retour sur investissement.

Quelle est votre opinion sur les sociétés et les hommes de marketing sportif ?

H.S.Quelqu'un comme Jean-Claude Darmon, par exemple, m'inspire beaucoup de respect, d'admiration et d'affection. Il amène de l'argent au sport, tout en gagnant sa vie. Nous avons besoin d'hommes comme lui. Ce n'est pas normal de les accuser de tous les maux.

Qui est responsable, alors ?

H.S.Le sport professionnel rend certains dirigeants un peu fous. J'ai davantage peur de ces gens-là, de ces hommes d'affaires qui, par ailleurs, sont de bons managers pour leurs entreprises privées. Ils n'ont pas l'esprit sportif, ni même celui de l'entreprise sportive. Quand on voit tous ces déficits, c'est incroyable ! Ce sont eux, les vrais marchands du temple. Ils débarquent dans le sport et s'en vont aussi vite, après avoir fait de gros dégâts.

Où en est le projet de chaîne sportive du CNOSF ?

H.S.Ce projet est définitivement enterré. Il s'agissait d'une chaîne qui aurait diffusé tous les sports. Il est quand même dommage que le Comité olympique en ait été le seul bailleur de fonds, ou quasiment. Plus généralement, je ne crois pas que certains sports soient plus télégéniques que d'autres. Tout est une question de moyens financiers.

Que pensez-vous des contrats d'exclusivité récemment signés par les médias pour la Coupe du monde de football ?

H.S.Cette escalade financière me fait peur. Cela me dérange moins s'agissant de la télévision. En revanche, le contrat de RMC me gêne, comme celui de RTL avec l'équipe de France de football. Cela ne me plairait pas non plus que la presse écrite soit obligée un jour de payer des droits pour pouvoir parler d'un événement.

Qu'attendez-vous des Français aux JO de Salt Lake City ?

H.S.Qu'ils fassent aussi bien qu'à Nagano, soit huit médailles dont deux d'or. C'est paradoxal, mais nous sommes jugés sur ces médailles, nous en avons besoin. Elles ont aussi un poids économique.

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