
16/01/1998 - Aiguillonnées par la crise comme par la loi Sapin, et poussées par des annonceurs de plus en exigeants, les régies essaient depuis plusieurs années de retrouver une crédibilité en matière d'expertise.
Les bienfaits de la crise
Cette mutation des régies s'est opérée sous la pression d'un marché difficile, après la crise du début des années 90, renforcée par l'adoption de la loi Sapin en janvier 1993. Si cette dernière n'est pas à l'origine directe de ce changement, elle a incontestablement servi d'accélérateur, reconnaissent l'ensemble des opérateurs.«Faire des relations publiques ne suffit plus, les régies ne peuvent plus se contenter d'être des vendeurs d'espace»,rappelle Marie-Paule Laval, directrice commerciale du groupe Marie Claire, qui a conçu en juin 1994 sa cellule marketing comme une aide à la vente pour les différentes équipes commerciales du groupe.«Le marketing publicitaire intervient en amont et en aval des prospections,poursuit-elle.Il contribue à élaborer les stratégies commerciales, définir les études publicitaires et construire les argumentaires de vente.»L'idéal serait de disposer d'un chargé d'études pour chaque commercial, comme c'est le cas auWall Street Journal,rêve Pierre Conte, d'autant qu'obtenir des rendez-vous avec les annonceurs, dont le niveau d'exigence est de plus en plus élevé, devient très difficile.«Un commer- cial d'aujourd'hui n'est plus uniquement compétent sur son média, mais sur l'ensemble des médias,insiste Renaud Vieljeux, directeur général d'IP.Il est donc logique que l'expertise occupe une place essentielle, mais pas prédominante, pour exercer notre métier de vente.»D'autant que les annonceurs semblent réclamer toujours plus de finesse et de précision.«En période de crise, ils ont besoin de maîtriser au mieux leurs dépenses publicitaires, sans s'enfermer dans le seul coût du GRP»,confirme Michel Cacouault, Pdg d'Europe Régies et de Giraudy. C'est pourquoi les régies des radios ont décidé, au cours de l'année 1997, d'initier de concert un certain nombre de nouvelles études sur leur média.«Il nous faut développer l'intérêt des annonceurs pour la radio», martèle Roger Coste, directeur général de GEM et président du SIRRP. En télévision, les trois principales régies du marché (TF1 Pub, France Espace et M6 Pub) ont également cherché, en 1997, à promouvoir l'efficacité de leur média à travers le Groupement de recherche sur la publicité à la télévision (GRP).«Dans un marché sophistiqué et transparent comme le nôtre, nous sommes obligés d'utiliser le maximum d'outils»,explique Patrick Ballarin, directeur du marketing de la régie de France2 et France3. Et, pour éviter toute critique, les régies s'adjoignent toujours les services de gros instituts d'études, reconnus pour leur professionnalisme et leur impartialité.Bien, peut mieux faire
Si les annonceurs reconnaissent, dans La nouvelle donne du marché publicitaire, que les«régies ont indéniablement amélioré leurs prestations»avec des commerciaux mieux formés et des discours plus riches, mieux argumentés, ils considèrent néanmoins que leur présence commerciale reste souvent opportuniste, avec un langage trop technico-commercial.«J'attends d'eux qu'ils m'apportent des données nouvelles, pas des chiffres Médiamétrie que je connais déjà»,note l'un d'eux.«Chacun vient à la queue leu leu avec les mêmes études presse»,souligne un autre. En fait, ils demandent aux régies des informations complémentaires de celles fournies par les centrales. Il n'est d'ailleurs pas rare que les plus grosses études finissent par être cofinancées.«Depuis la loi Sapin, les centrales ne peuvent avoir qu'une force de proposition en matière d'études: c'est aux médias d'être opérationnels»,analyse Jean-Bernard Ichac, directeur de la stratégie et du développement de TF1 Publicité. La montée en puissance des régies en matière d'expertise n'enlève rien aux compétences des agences et des centrales, souligne Gianni Guindani.«L'intermédiaire a un rôle capital, il fait la part des choses, apporte une expertise propre et fait le lien entre le support et l'annonceur. Vouloir opposer régies et intermédiaires est artificiel. L'un comme l'autre ont le droit d'être intelligents!»Un point de vue partagé par René Saal, mais le directeur général de Carat Expert insiste sur les limites de l'expertise en régie.«On ne peut pas être à la fois juge et partie, ce n'est pas crédible. Les régies ne peuvent ainsi pas préconiser un choix de médias ou de supports.»Il n'en reste pas moins que certaines régies, en particulier dans les médias audiovisuels, déplorent de plus en plus le manque d'investissement des centrales dans les services études. D'autres ne cachent pas qu'elles réalisent directement pour les annonceurs ou certaines agences peu équipées des plans médias.«Nous en faisons très souvent,avoue Louis Gillet,y compris des plans qui n'intègrent pasL'Equipeet des plans TV.»Ce service s'est tellement développé chez Manchette Publicité, jusqu'à trois plans par jour, que la régie du groupe Amaury envisage de le facturer au prix coûtant! (1) Réalisée en 1996 par Ipsos Medias auprès d'une cinquantaine d'annonceurs, cette étude qualitative confidentielle avait pour objectifs de cerner les priorités et les préoccupations des annonceurs à l'égard du marché publicitaire et de connaître leurs attentes, notamment face aux régies.