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« La photo occupe partout une place grandissante »

07/06/2002

Artiste photographe de renommée internationale, Bettina Rheims a beaucoup travaillé pour la presse et la publicité. Deux univers sur lesquels elle porte aujourd'hui un regard sévère.

Existe-t-il un titre de presse auquel vous êtes particulièrement attachée ?

Bettina Rheims.J'ai beaucoup publié dans la presse, réalisé des unes pour des magazines commeElleouPremière.ÀParis Match,Roger Thérond m'avait confié une rubrique mensuelle qui s'appelait « Dans l'oeil de... ». C'étaient des photos de stars, de mannequins, d'artistes. Mais je n'ai fait de la presse que dans la mesure où ces photos pouvaient durer et survivre dans des expositions et des livres. En réalité, je lis très peu les journaux. Il m'arrive de feuilleterParis Match, Elle, Connaissance des artsou, sans lien avec la photographie, des quotidiens d'information tels queLe MondeouLibération.Je lis également quelques journaux français d'avant-garde commeRebelouCitizen K.Mais, globalement, la presse ne me passionne pas. Je puise davantage mon inspiration dans la peinture, les livres, le cinéma ou encore dans la création publicitaire.

Vous avez longtemps travaillé pour la publicité avant de vous retirer, semble-t-il, de ce secteur. Y avez-vous définitivement renoncé ?

B.R.La communication des maisons de mode et des grands couturiers, celle de Dior par exemple, est aujourd'hui particulièrement créative. Si on me propose des choses intéressantes avec des gens créatifs que j'estime, cela m'intéressera. Mais travailler pour la publicité impose une immersion complète dans cet univers. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'elle se sclérose : les gens ne font que cela et, du coup, se renouvellent moins. J'ai envie de liberté. J'aime avoir mon mot à dire et qu'il me reste quelque chose à inventer. À une époque, je me disais que tel film de publicité était pour moi, que j'aurais aimée être consultée. Ce n'est plus le cas.

Votre décision semble définitive...

B.R.La part de l'artiste dans l'élaboration des films publicitaires s'est amenuisée au fil des années. C'est moins le cas en photographie, notamment dans le secteur du luxe. Et puis, les allers-retours entre les différentes parties prenantes sont décourageants. J'ai arrêté de faire des films le jour où j'ai réalisé que le tournage de trois spots de 20secondes avait occupé pas moins de 37heures de mon temps. Mon travail d'artiste est dévorant, la publicité ne m'intéresse plus.

Vous avez pourtant été précurseur sur le plan artistique. Avez-vous aujourd'hui le sentiment d'influencer certaines campagnes ?

B.R.J'ai été largement copiée. Kookaï a trouvé les pietàs de sa publicité dans mon travail sur la vie du Christ, réalisé en collaboration avec Serge Bramly. Il y a deux ans, une campagne Nokia avait aussi reproduit mes photos. C'est à la fois flatteur et agaçant, mais c'est le lot des artistes. Cela traduit aussi une évolution de fond. La photo occupe une place énorme et qui va grandissant dans la presse, les musées, l'imaginaire des gens et les désirs des jeunes. J'observe cette progression depuis une vingtaine d'années. Elle sert aujourd'hui une génération de photographes formidables, elle-même encouragée par de jeunes collectionneurs d'art qui démarrent avec elle comme d'autres le faisaient voilà quelques années avec le dessin.

La photographie d'art a-t-elle aujourd'hui la place qu'elle mérite dans les médias ?

B.R.Nous vivons une époque très créative dans la mode, relayée par une jeune presse de qualité et une avant- garde très active, comme cela a dû être le cas dans les années 1920. Comme à l'époque, ce sursaut intervient dans un contexte de crise et d'incertitude, dans une grande période de trouble. Les créateurs trouvent chacun leur moyen de s'exprimer à cet égard dans des expositions, dans la presse ou sur Internet et d'apporter leur pierre. Je crois d'ailleurs que les artistes ne devraient pas aller à la télévision pour parler politique, mais qu'ils devraient se contenter d'exprimer leur art. C'est ainsi qu'ils remplissent le mieux leur fonction.Bettina Rheims expose jusqu'au 13 juillet 2002 à la Galerie Jérôme de Noirmont l'intégralité de sa série Chambre close, réalisée en 1991, soit quatre-vingt-sept photographies dont plusieurs inédites. Galerie Jérôme de Noirmont : 38, avenue Matignon, 75008 Paris.

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