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REPÈRES

La résidence secondaire, un besoin primaire

21/06/2002

La France compte 2,9 millions de résidences secondaires. La maison de campagne reste le fantasme ultime des citadins, qui dépensent sans compter pour satisfaire leur besoin de racines.

Christophe vit à Paris avec son compagnon. Locataires de leur appartement dans le quartier de la République, ils sont depuis février 2002 les heureux propriétaires d'une maison de 150 m2 dans le Gard, avec son terrain attenant de 500 m2. Certes, les deux nouveaux acquéreurs ont un an de chantier en perspective, avec autant de frais de travaux que de prix d'achat, mais Christophe a enfin réalisé un vieux rêve.« Je ne pourrais pas travailler dans une autre ville que Paris, mais j'ai besoin du contact de la terre et de la pierre,explique-t-il.Nous avons choisi le Midi car nous voulions du soleil et, grâce au TGV Méditerranée, nous sommes à quatre heures de trajet de porte à porte. On peut même y aller juste pour un week-end. Je préfère habiter dans un appartement plus petit à Paris et avoir un grand espace ailleurs. »

Jeunes couples et retraités

Christophe fait partie de ces urbains en mal de nature, devenus propriétaires de résidences secondaires sous la double influence de la RTT (réduction du temps de travail) et du TGV. Il s'inscrit dans les nouveaux comportements de loisirs des Français, qui partent moins longtemps mais plus souvent en vacances. La déconfiture de la Bourse en 2001 a également convaincu de nombreux investisseurs de privilégier la valeur sûre de l'immobilier. Ce marché a même son magazine spécialisé,Résidences secondaires, publié parL'Indicateur Bertrand.

D'après le dernier recensement de la population, réalisé par l'Insee en 1999, plus de 2,9 millions de logements français sont des résidences secondaires. Soit 93 000 de plus qu'en 1990. Elles représentent 45 % du parc de logement dans les Hautes-Alpes, 38 % en Savoie, 36 % en Corse du Sud, 35,5 % dans les Alpes de Haute-Provence et 34,5 % en Lozère. En données brutes, le Var arrive en tête, avec 158 000 résidences secondaires, suivi des Alpes-Maritimes, Hérault, Savoie et Haute-Savoie (voir le tableau). D'après le secrétariat d'État au Tourisme, ce type de logement représente la deuxième formule d'hébergement préférée des Français en 1998, avec 17,6 % des nuitées (derrière la famille et les amis, à 42 %) et 11,6 % des séjours. Par rapport au parc total de logements en France, la part des maisons secondaires a en revanche légèrement diminué entre 1990 et 1999. Anne Laferrère, auteur de l'étude de l'Insee « Les ménages et leurs logements » en 1997, avance une explication :« Certains jeunes ménages, compte tenu de la facilité des moyens de transport ou pour des raisons de coût, s'installent plus fréquemment dans les zones rurales, dans d'anciennes résidences secondaires, qui deviennent par là principales. À l'autre extrémité du cycle de vie professionnelle, des jeunes retraités quittent leur logement, pour s'installer dans leur résidence secondaire. »

Pour Jolenta Bak, la présidente du cabinet d'innovation Intuition,« la maison de campagne correspond à une image idéalisée de la famille, réelle ou imaginaire. On s'y bricole des racines, on y mélange de la brocante et des objets contemporains, on pioche dans le passé pour créer du neuf, bref, on reconstitue un lieu chargé d'affectif. Les contraintes de la productivité que l'on s'impose dans les grandes villes disparaissent. On invite ses voisins à prendre l'apéritif, ce que l'on ne ferait pas à Paris. »Christophe confirme cette analyse en prévoyant ses futures vacances :« Cette maison, ce sera un peu le lieu de ralliement de notre tribu, les amis, la famille que l'on n'a jamais le temps de voir à Paris ».

« Le risque est de voir la réalité contredire la vision idéale,tempère Jolenta Bak.On est capable de dépenser des sommes extravagantes pour sa maison de campagne par rapport à sa résidence principale, mais on peut se rendre compte que les voisins ne sont pas aussi charmants que l'on pensait, ou que l'on y va moins souvent que prévu. »Cette spécialiste du conseil marketing estime dès lors que ce marché n'est pas forcément appelé à se développer fortement. Les citadins en mal d'évasion doivent en effet prendre en compte les dépenses qui vont de pair avec une résidence secondaire. Le site financier lemoney mag.fr évalue à 98 000 euros le prix moyen d'une maison à la campagne. À cela s'ajoutent les frais d'assurance (entre 45 et 457 euros par an), de gaz et d'électricité (environ 183 euros, sans l'abonnement), et les impôts (686 euros pour une maison de 120 m2 à Amiens, 1 680 euros pour un trois pièces à La Baule). Le charme des vieilles pierres se paye en termes de travaux d'aménagement, qui donnent le sentiment de se créer un vrai « chez-soi ». Selon l'Anah (Agence nationale pour l'amélioration de l'habitat), les propriétaires de résidences secondaires ont dépensé en moyenne 9 880 euros de travaux en 1999. Au total, les travaux pour ce type de logement ont totalisé 1,35 milliard d'euros.

Il faut aussi compter avec les investissements en vidéosurveillance, 4 575 euros environ. Les cambriolages, qui connaissent un pic pendant les mois creux de l'année, peuvent freiner les ardeurs des aspirants propriétaires. Sur la Côte d'Azur, le boum des résidences secondaires, essentiellement détenues par des étrangers, a créé un marché pour les sociétés de maintenance, ce que l'on appelle en anglais le « property management ».

Serge Lederman est installé à Nice depuis trois ans. Il y a huit mois, il a abandonné sa profession d'architecte pour fonder House Angels, une société qui s'occupe des problèmes d'entretien, de vol ou d'intempéries en l'absence des propriétaires. Il y a une quinzaine d'entreprises sur le même créneau dans les Alpes-Maritimes.« Mes clients sont des personnes qui achètent une maison dix ans avant leur retraite, dans le but d'y habiter,témoigne Serge Lederman.En attendant, ils font faire des travaux d'aménagement et je prends en charge la coordination des travaux. Je mène aussi des visites régulières, je fais venir les experts en cas de dégât des eaux, je négocie les prix avec les entreprises du bâtiment. »Le forfait annuel de 3 050 euros par an, comprenant vingt visites, ne se justifie que pour de grandes propriétés, supérieures à 500 000 euros à l'achat.

Sans aller jusqu'à ces sommets, l'achat d'une résidence secondaire est de toute façon une aubaine pour les enseignes de bricolage, d'électroménager et de jardinage. D'ailleurs, Christophe et son ami ont déjà rendu visite aux pépiniéristes de la région pour savoir quelle est la bonne période pour planter des ifs.

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