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REPÈRES

Privés de quotidiens !

21/06/2002

Les quotidiens gratuits, affirment leurs éditeurs, séduiront ceux qui n'achètent ni ne lisent de quotidiens payants. Combien sont-ils ? Près de 4 millions, et pas forcément là où on le croit.

Exclusif : certains Français sont parfaitement hermétiques à la presse quotidienne ! Ils ne la lisent jamais. Mais, si vous les imaginez agriculteurs, plutôt âgés et isolés au fin fond du Finistère, vous faites fausse route. Les agriculteurs forment la catégorie qui lit le plus la presse quotidienne. Les 50 à 64 ans sont ceux qui se plongent le plus volontiers dans leur journal. Enfin, la Bretagne est la région de France où les quotidiens attirent le plus de lecteurs...

Les plus réfractaires au quotidien se concentrent en... région parisienne. Un Parisien de plus de 15ans sur quatre (26 %) n'en a pas ouvert un seul au cours des douze mois de l'année 2001, selon l'étude d'audience de référence réalisée par Ipsos (lire l'encadré). Étonnant, non ? La région Île-de-France, qui concentre l'activité et la richesse du pays, le pouvoir politique et l'essentiel des leviers économiques, lit nettement moins que la Picardie, (22 % de « non-lecteurs ») et la Normandie (21 %).« Les zones à faible lectorat se situent autour des grandes villes, où les quotidiens nationaux sont très faiblement implantés,constate Jean-Marie Charron, chercheur au CNRS.En revanche, la presse régionale est fermement ancrée dans ses territoires. Elle rencontre moins de succès auprès des populations des périphéries urbaines, mobiles ».

Les Français qui boudent leur quotidien sont rares dans les régions à forte identité. En Bretagne, 7 % seulement des habitants parviennent à se passer d'Ouest France, le premier quotidien français en diffusion (773 478exemplaires de diffusion France payée 2001) ou duTélégramme. Et ils sont 12 % et 13 % seulement en Lorraine et en Alsace, terres traditionnellement attachées à la presse quotidienne. Soit deux fois moins qu'à Paris.

Toutes régions confondues, les réfractaires à la presse quotidienne forment un noyau dur de près de quatre millions de personnes, soit 8,3 % des Français, selon Ipsos. Si l'on ajoute à ces non-lecteurs radicaux ceux qui achètent leur quotidien moins de deux à trois fois par mois, le taux de non-lecteurs bondit à 18,6 %, soit près de deux personnes sur dix.

À quoi ressemblent-ils ?« Leur profil est assez hétérogène »,constate d'emblée Élisabeth de Langhe, directrice générale d'Ipsos Médias, qui réalise l'enquête. Il y a d'abord, c'est logique, les exclus de la lecture.« On estime à 20 % de la population française les personnes touchées par des problèmes allant de l'illettrisme à différents degrés de difficultés de lecture »,rappelle Jean-Marie Charron. L'éducation a aussi son importance : moins on a de bagage scolaire et moins on lit la presse quotidienne. Parmi les Français qui ont quitté l'école au niveau du cycle primaire, un sur quatre ne la lit pas. Ce taux décroît ensuite avec les diplômés d'études secondaires et techniques, les bac + 1 ou 2, les bac + 3 ou 4 et enfin les grandes écoles, qui ne comptent plus que 12 % de réfractaires.« Plus on exerce une profession intellectuelle, plus on lit la presse quotidienne »,confirme Jean-Marie Charron. De fait, ouvriers, employés et professions intermédiaires, comme les « sans profession » et les chômeurs, forment les gros bataillons de ceux qui boudent leurs quotidiens, selon l'Insee(1). Au contraire des agriculteurs, des artisans, des commerçants, des cadres et des inactifs qui lui restent fidèles.

Moins d'un jeune sur dix lit la presse quotidienne

Le prix des quotidiens nationaux français, parmi les plus chers en Europe, décourage les revenus modestes. Les « résidents français » aux revenus les plus faibles (moins de 7 625 euros annuels), comptent un quart de « non-lecteurs », alors qu'ils ne sont que 12 % parmi les salaires annuels supérieurs à 45 735 euros. Seuls 6 % des ménages les plus pauvres lisent la presse nationale, quotidienne ou magazine, affirme l'Insee, contre 20 % des ménages aux revenus les plus élevés. Ce phénomène est surtout vrai pour la presse quotidienne nationale, sa cousine de province touchant les revenus faibles au même titre que les revenus élevés, relève l'Insee.

La faiblesse des revenus explique sans doute en partie la présence relativement forte des jeunes parmi les « non-lecteurs ». Dans la catégorie des 15 à 24ans, ils sont 14,6 % à ne pas lire la presse quotidienne. Ce chiffre atteint 15,5 % pour les 25 à 34 ans : pour ces deux tranches d'âge, les lecteurs réguliers représentent moins d'une personne sur dix.« Certes, mais il y a un phénomène d'apprentissage progressif très net des jeunes à travers la lecture irrégulière,confirme Élisabeth de Langhe, directrice générale d'Ipsos Médias.En réalité, un jeune sur deux lit occasionnellement un quotidien ». À l'autre bout de la pyramide des âges, les 65ans et plus connaissent le phénomène inverse. Près d'un sur trois ne lit jamais la presse (29,2 %), soit le taux de non-lecteurs le plus fort toutes tranches d'âge confondues. Mais lorsqu'ils la lisent, les seniors sont les plus assidus à la presse quotidienne, avec 32,1 % de lecteurs réguliers.

Les non-lecteurs sont aussi pour beaucoup des non-lectrices. Les femmes représentent 60 % des non-lecteurs de quotidiens.« Les quotidiens sont trop grands, peu pratiques, pas esthétiques, pas propres : cela joue incontestablement un rôle négatif auprès des femmes »,estime Anne Beaufumé, directrice générale d'Arialab (groupe Sociovision). Les éditeurs ont beau accompagner leur titre de suppléments féminins plutôt qualitatifs, les femmes se tournent plus volontiers vers les livres ou les magazines, notamment les féminins, particulièrement nombreux et attractifs en France. De manière générale, la presse magazine, forte de quelque 3 500titres, les séduit largement.« Presque tous les individus hermétiques à la presse quotidienne lisent la presse magazine, ne serait-ce qu'un magazine de programmes de télévision »,constate Jean-Marie Charron. Les publics jeunes s'atomisent aussi volontiers sur une presse capable de répondre à leurs centres d'intérêts et plus proche de leur culture : l'audiovisuel a habitué cette génération à une consommation fondée sur l'image, plus instantanée et facile.

La presse quotidienne gratuite, présente à Paris, Lyon et Marseille depuis la rentrée, peut-elle changer les habitudes de ces non-lecteurs et les amener à la presse quotidienne payante ? Oui, répondent évidemmentVingt MinutesetMetro. Non, affirment tout bas plusieurs éditeurs de quotidiens, qui y voient une distorsion de concurrence et un vrai danger. Il faudra attendre près d'un an les premières études de lectorat pour savoir si les gratuits sont parvenus à entamer le solide carré des « non-lecteurs ».

(1) Enquête permanente Conditions de vie, octobre 1999, Insee.

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