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Les enfants des baby-boomers: Entretien Olivier Galland

21/06/2002

Olivier Galland est sociologue, directeur de recherche au CNRS et chercheur au sein du Gémas (Groupe d'étude des méthodes de l'analyse sociologique). Spécialiste de la jeunesse, il a codirigé, avec le sociologue Bernard Roudet, un ouvrage intitulé « Les Valeurs des jeunes. Tendances en France depuis 20 ans » (éditions L'Harmattan, décembre 2001).

Tanguy, le héros du dernier film d'Étienne Chatiliez qui, à 28 ans, refuse de quitter le domicile parental, incarne-t-il un phénomène sociologique ?

Olivier Galland.Non, la jeunesse n'est pas une adolescence prolongée qui présenterait un caractère soit de régression sociale due à la prolongation d'une dépendance forcée, soit de régression psychologique liée au maintien d'un statut d'irresponsabilité. Certes, le franchissement des principales étapes d'entrée dans la vie adulte est repoussé toujours plus tardivement, qu'il s'agisse de la fin des études, du départ de chez les parents, de l'accès à un logement autonome, du premier emploi, de la vie en couple ou de la naissance du premier enfant. Au point que la classe d'âge des jeunes telle qu'elle est étudiée dans les statistiques ne se limite plus aux 15-24 ans, mais englobe les 15-29 ans. La contrainte économique n'explique pas, à elle seule, l'allongement des transitions, puisque, quelles que soient les catégories de jeunes, l'accès aux rôles familiaux est beaucoup plus tardif que l'accès aux rôles professionnels. Quant à l'idée d'une génération « cocooning », les données montrent que ceux qui restent chez leurs parents après leur scolarité initiale le font le plus souvent parce qu'ils n'ont pas d'autre choix. En fait, c'est la façon dont les jeunes construisent leur trajectoire vers l'âge adulte qui s'est modifiée. Les jeunes font l'apprentissage de l'autonomie de façon plus progressive, plus complexe et parfois chaotique. La principale explication réside, sans doute, dans le fait que la jeunesse doit se forger une identité professionnelle et sociale par un processus d'expérimentation et non plus de transmission, comme autrefois.

La tendance à l'allongement de la jeunesse est-elle propre à la France ?

O.G.Cette tendance est observée dans la plupart des pays d'Europe, mais avec de fortes nuances liées aux modèles culturels et politiques. Le clivage se révèle particulièrement net entre les pays du sud et ceux du nord de l'Europe. Prenons le cas de l'autonomie résidentielle : les Italiens de 22 à 25 ans sont 88 % à vivre chez leurs parents et les Espagnols 89 %, contre 15 % des Danois du même âge. Au nord, les jeunes accèdent plus rapidement à l'indépendance. Il est vrai que dans ces pays, les aides sociales pour les jeunes adultes sont beaucoup plus généreuses. Dès l'âge de 18 ans, les Danois peuvent prétendre à une bourse, quel que soit le revenu des parents. La France se situe dans une position intermédiaire. Elle présente un modèle de détachement progressif du domicile familial. L'aide publique y est plus proche de celle des pays du nord, même si elle est moins conséquente. Surtout, la famille joue un rôle essentiel : en France, c'est l'aide financière des parents qui permet aux jeunes de s'émanciper partiellement. Les jeunes Français ont une autonomie résidentielle relativement précoce, tout en conservant des liens matériels et affectifs très forts avec leurs parents.

Les jeunes Européens partagent-ils les mêmes valeurs ?

O.G.En France, la génération des 20-30 ans est assez fortement marquée par l'individualisme. La permissivité, nettement supérieure à la moyenne européenne (20 % contre 10 %), s'oppose au sentiment d'appartenance collective. Dans les pays du nord de l'Europe, la permissivité est contrebalancée par une culture civique forte, liée au protestantisme. Les pays du sud sont encore imprégnés du christianisme et de ses valeurs morales. La France est atypique, parce qu'elle est très déchristianisée et qu'elle n'a pas de culture civique. Les valeurs des jeunes se sont considérablement rapprochées de celles des adultes. Ils ont hérité de mai 1968 l'autonomie personnelle et la liberté de choix concernant la vie privée. Et c'est justement pour protéger ces rapports privés qu'ils aspirent à davantage d'autorité publique. La sociabilité amicale est pour eux une chose essentielle. D'une certaine façon, ils mettent en scène leLoft. Le monde s'arrête aux frontières de leur monde intime.

Les jeunes se sont pourtant manifestés lors des dernières élections...

O.G.Il ne faut pas oublier qu'une proportion non négligeable d'entre eux a voté Le Pen. Ce qui prouve que deux jeunesses cohabitent en France. Désormais, la fracture s'exerce au niveau des diplômes. L'absence de diplôme est devenue un handicap majeur pour l'entrée dans la vie adulte. Un jeune sur cinq sort du système scolaire sans avoir dépassé le BEPC. Exclus de l'éducation et de la culture, ceux-là se révèlent davantage radicaux et xénophobes.

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