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ENTRETIEN

Paul Bouffartigue : « Il faut parler des cadres au pluriel »

06/09/2002

Pour le sociologue Paul Bouffartigue, le cadre de 2002 n'a plus grand-chose à voir avec son aîné de vingt ans. Mais le statut représente encore beaucoup pour de nombreux salariés.

En vingt ans, le nombre de cadres a progressé de façon spectaculaire. Le terme « cadre » signifie-t-il encore quelque chose aujourd'hui ?

Paul Bouffartigue.Le terme est de moins en moins approprié. Les cadres, il faut en parler au pluriel. Mais il ne faut pas dire que les cadres n'existent plus, ils représentent encore une réalité, par le statut, la représentation sociale ou la symbolique dans l'organisation syndicale. Il faut plutôt parler de dilution progressive ou d'éclatement tendanciel.

Comment définissez-vous un cadre ?

P.B.Il peut avoir deux fonctions. Soit il exerce des tâches d'encadrement hiérarchique - mais de plus en plus de cadres n'encadrent personne ou des équipes de plus en plus réduites -, soit l'entreprise fait appel à son expertise, ce qui change considérablement son rôle, car il devient un salarié comme un autre.

Selon vous, quelle est l'évolution majeure du comportement des cadres qui s'est opérée au cours des deux dernières décennies ?

P.B.Incontestablement, il s'agit de leur rapport à l'entreprise. Avec la fin des plans de carrière et de l'emploi à vie, l'allégeance des cadres est remise en cause et ils ne peuvent plus se projeter dans l'entreprise. D'autant que les organisations sont devenues instables... et les cadres sont logés exactement à la même enseigne que les autres salariés. De la même manière, en vingt ans, les modes de recrutement ont changé : les cadres d'extraction, sortis du rang, sont en recul, au profit des cadres diplômés, beaucoup plus mobiles et plus mercenaires. Du coup, l'investissement et le lien social sont moins forts qu'auparavant : on s'engage moins, la relation est plus éphémère.

La crise économique est passée par là...

P.B.La multiplication des plans sociaux a entraîné un brouillage généralisé des repères. Mais la loi Aubry a aussi changé fondamentalement la donne, en distinguant les cadres de direction, les cadres autonomes et les cadres intégrés à l'entreprise. Cette nomenclature établit des frontières qui n'ont aucun sens. La situation est d'ailleurs mal vécue par ceux qui sont assimilés aux autres salariés, alors qu'ils restent très attachés au statut de cadre.

Cet attachement est-il encore de mise ?

P.B.Absolument. Le statut de cadre va de soi pour un titulaire d'un Bac + 5, mais il demeure une aspiration et une reconnaissance importante pour de nombreux salariés.

En 1997, lors des dernières élections prud'homales, la CFDT a détrôné la CGC en tant qu'organisation syndicale la plus représentative des cadres. Comment interprétez-vous cela ?

P.B.Le phénomène ne date pas d'il y a cinq ans. On observe en effet, depuis la fin des années soixante-soixante-dix, un basculement d'une partie des cadres vers une certaine gauche. Mais il faut souligner que les cadres en entreprise sont toujours moins engagés que les autres salariés. En ce qui concerne la représentation syndicale, la CFDT a fait de cette population l'une de ses priorités : l'organisation a créé un observatoire, réalisé des enquêtes spécifiques et a lancé des campagnes de communication. À ce titre, les prochaines élections prud'homales, qui auront lieu le 11 décembre de cette année, sont très attendues.

Entretien : D.F.

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