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La génération des francs-tireurs

06/09/2002

Les cadres d'aujourd'hui affichent un plus grand détachement que leurs aînés vis-à-vis de l'entreprise. Ils font preuve de motivations professionnelles plus variées qu'une simple ambition de carrière. Un constat inquiétant pour leurs dirigeants.

Les cadres ont désormais une gestion économique de leur relation à l'entreprise. »Jacky Chatelain, directeur général de l'Association pour l'emploi des cadres (Apec), résume parfaitement l'état d'esprit de cette population vis-à-vis de ses employeurs. Contrairement à leurs aînés, les cadres de 2002 sont beaucoup plus détachés affectivement de leur entreprise, au point qu'ils n'hésitent plus à la quitter s'ils ne sont pas satisfaits. Faire carrière dans une seule et même société semble inconcevable, alors qu'il s'agissait d'un modèle extrêmement courant il y a encore vingt ans.« Changer de poste ou d'entreprise tous les quatre ou cinq ans était considéré dans les années soixante-dix et quatre-vingt comme un signe d'instabilité profonde, surtout passé l'âge de 35-40ans,rappelle un chasseur de têtes.Aujourd'hui, un tel plan de carrière est assez exemplaire. » « Mais cela ne traduit pas pour autant un détachement à l'égard de la vie de l'entreprise »,souligne-t-il aussitôt.

Une résolution judiciaire des conflits plus fréquente

L'engagement professionnel reste aussi fort qu'auparavant, mais les cadres, notamment les plus jeunes, ne sont pas dupes : ils savent qu'ils peuvent être remerciés du jour au lendemain. Comme le souligne Yves-Frédéric Livian, professeur de gestion à l'IAE de Lyon, dans l'ouvrage collectifCadres : la grande rupture(paru aux éditions La Découverte),« l'importance du recours des cadres aux prud'hommes concrétise bien l'évolution profonde de la relation cadre/employeur au cours de ces dernières années. Loin des débats feutrés et des arrangements entre pairs, les conflits individuels aboutissent plus souvent que par le passé à des contentieux ouverts, utilisant tout l'arsenal juridique disponible. »

Dans ces conditions, on ne s'étonnera pas des résultats de l'étude réalisée au mois de mars dernier par la Sofres pour l'opération du quotidienLe MondeLe Train de l'emploi auprès de cinq cent cinquante étudiants et jeunes actifs fraîchement diplômés de l'enseignement supérieur. Ils montrent que la gamme des motivations professionnelles de cette catégorie est bien plus large et plus variée qu'une simple ambition de carrière. Pour se faire désirer, les entreprises doivent d'abord offrir un salaire (pour 54 % des personnes interrogées) et un secteur (51 %) intéressants, mais également assurer« une bonne ambiance »(34 %). Encore plus étonnant, plus d'un enquêté sur trois déclare envisager de créer un jour sa propre entreprise.« S'il ne faut préjuger ni de la consistance de ces projets ni de leur réussite, ce résultat constitue un signal d'alarme pour les directeurs des ressources humaines, même s'il révèle dans le même temps un vrai désir d'entreprendre »,notent les auteurs de l'étude.

L'émergence du marketing de recrutement

Le constat est inquiétant à l'heure où se profile une certaine pénurie de salariés, avec le départ à la retraite, à partir de 2004-2005, de la génération des baby-boomers. Le ralentissement économique laisse certes un sursis aux entreprises. Selon l'étude d'Ipsos La France des cadres actifs, les cadres sont un peu moins enclins, en 2002, après des années de forte mobilité, à quitter leur société : 50 % d'entre eux se déclarent en effet sans volonté de changement, 43 % sont attentifs à des opportunités et 3 % seulement à la recherche active d'un nouvel emploi. Mais, tous les experts de communication en ressources humaines l'affirment, la situation sera au moins aussi délicate qu'en 2000, lorsqu'il était quasiment impossible de recruter.« On va assister à l'émergence du marketing de recrutement »,affirme Jacky Chatelain.

Petite indication, pour un changement d'emploi, les cadres sont motivés par l'intérêt du travail (57 %) et le niveau de rémunération (52 %), mais aussi par la situation géographique (32 %), l'autonomie (25 %), les conditions de travail (22 %) et le niveau hiérarchique (18 %). Cabinets de recrutement et DRH sont unanimes : les cadres n'hésitent pas, avant même d'évoquer les questions de rémunération, à poser des questions sur l'application des 35 heures dans l'entreprise. Nombreux sont ceux, aussi, qui demandent à rencontrer leurs futurs responsables hiérarchiques ou, au moins, à connaître le climat social interne. Un état d'esprit inimaginable il y a encore dix ans.

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