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20 Heures : la messe est dite

04/10/2002

PPDA contre Pujadas : le journal de 20 heures est le théâtre d'un duel inégal. Si le présentateur de France 2 a donné un coup de fouet à la chaîne publique, la rentrée redonne l'avantage à PPDA.

D'un côté, Patrick Poivre d'Arvor, à la barre du20 Heuresde TF1 depuis le 31 août 1987. De l'autre, leJournal du soirde France 2, qui ne saurait s'incarner dans un présentateur vedette tant ont été nombreux les titulaires depuis quinze ans. Avant David Pujadas, arrivé de LCI en septembre 2001, se sont succédé Claude Sérillon, Daniel Bilalian, Bruno Masure, Étienne Leenhart, Paul Amar, etc. Cette loi du nombre résonne comme une malédiction à France 2. L'homme-tronc de TF1 serait-il indéracinable ? Depuis la rentrée, les deux JT s'opposent avec d'autant plus de virulence que les cartes sont en train d'être rebattues... Le 20 septembre, Patrick Poivre d'Arvor déclare ainsi dansStratégiesque son JT« a réussi à atteindre ses meilleures performances depuis quinze ans »et que jamais il n'avait eu, comme aujourd'hui,« vingt points d'avance sur [son] principal concurrent ».

Souvenons-nous. C'était il y a un an, l'arrivée de David Pujadas avait été vécue comme une délivrance par France Télévisions. Avec son teint hâlé, sa maîtrise de pro et son look de garçon dans le vent, le nouveau présentateur de France 2 était l'attraction de la rentrée. Choix d'Olivier Mazerolle, directeur de l'information venu de RTL, David Pujadas s'est vite imposé dès les premières semaines en prenant la mesure des attentats du 11 septembre. Avec 24,5 % de part d'audience en septembre 2001, contre 22,1 % pour Claude Sérillon un an plus tôt, il s'installait d'entrée de jeu sur la crête d'une vague qui ne devait plus décliner jusqu'en mai 2002. Parallèlement, le JT de TF1 voyait sa part d'audience passer de 43,3 % en septembre 2001 à 38,2 % en juin 2002.

Un travail de fond vers les moins âgés

Pour Olivier Mazerolle, le succès de la saison dernière est total :« Nous sommes en progression partout,explique-t-il.Sur les jeunes, les CSP + et les plus âgés. »L'homme y voit la consécration d'un travail de fond, notamment en direction des moins âgés :« Ma préoccupation n'est pas de paraître jeune, mais que les jeunes s'intéressent à l'actualité. L'inflexion opérée par David a produit son effet. Mais la question est de savoir comment intéresser à l'information une population qui n'a pas été élevée dans le même contexte que ses aînés. »Ainsi, la politique est un point de repère moins évident pour drainer une génération qui s'intéresse davantage à l'environnement ou à la qualité de la vie. France 2 a d'ailleurs plutôt tendance à réintroduire le débat politique en dehors du déroulé du journal. Témoins, le rendez-vous du jeudi soir etCent Minutes pour convaincre,la nouvelle émission d'Olivier Mazerolle.

De son côté, TF1 a peu d'explications sur des scores en dessous de 39 % entre février et juin 2002. Cette époque correspond à la période électorale. Si TF1 est capable de réunir 10,5 millions de téléspectateurs avec Jacques Chirac quand France 2 n'en totalise que 6,4 millions avec le même invité, la politique n'est plus un thème aussi fédérateur. Serait-ce pour conjurer un tel sort que, pendant la campagne, TF1 a choisi d'axer une bonne part de ses journaux sur l'insécurité ? Ou, comme le suggère le député socialiste Didier Mathus, pour pousser la campagne de Chirac, quitte à se couper de l'électorat de gauche ? Robert Namias, directeur de l'information, récuse la thèse.« Non, souligne-t-il,nous avons eu des rapports parfaits avec l'ensemble du monde politique jusqu'en janvier. Après, il se trouve que vous ne pouvez pas avoir une chaîne qui informe chaque jour 15 millions de personnes sans apparaître comme un acteur. Nous sommes perçus par le camp qui a perdu comme un média qui a joué contre lui. Si Chirac avait échoué, il se serait dit que nous avions favorisé Jospin. »

Le patron de l'information de TF1 peut s'enorgueillir de ne pas s'être aliéné la grande masse des électeurs de gauche.« Si c'était le cas, notre audience serait à moitié-moitié avec celle de France 2 »,argue-t-il. Et Lionel Jospin ? Le directeur de l'information de TF1 s'empresse de montrer des félicitations officielles de l'ancien Premier ministre, en date du 2 mai, à l'occasion de sa nomination au grade d'officier de l'ordre national du Mérite.« Plus personne ne peut dire que TF1 a fait campagne sur l'insécurité,argumente-t-il.On le voit dans la réalité politique d'aujourd'hui et dans l'intérêt grandissant que suscitent nos JT depuis trois mois. »

TF1 a-t-elle fait moins de sujets sur l'insécurité que France 2 pendant la campagne électorale ? Oui, assure Robert Namias. Non, rétorque Olivier Mazerolle. Le fait est qu'il y a eu inflation des reportages sur des faits divers dans les deux JT et que le soufflé semble aujourd'hui retombé.« Je n'y peux rien s'il n'y a pas aujourd'hui "Papivoise", quelqu'un qui se fait poignarder à Évreux ou un faux flic qui se promène dans les lycées »,rétorque Olivier Mazerolle. Le directeur de l'info se serait-il senti visé par les critiques du ministre de la Culture et de la Communication, Jean-Jacques Aillagon, reprochant au service public d'imiter l'offre privée ? La question fait bondir l'intéressé :« Pour copier TF1, il faudrait que je la regarde,lâche-t-il.Ce n'est pas le cas. Et la violence est une préoccupation unanimement reconnue. »

La presse people, meilleure alliée de TF1

Il reviendra à la mission confiée par le ministre à Blandine Kriegel de faire la lumière sur l'impact des images violentes. En attendant, France 2 doit faire face à une rentrée décevante sur son20 Heures. Sur les trois premières semaines de septembre, la chaîne affiche une part d'audience moyenne de 23,1 %. À l'inverse, TF1 s'est fortement redressée pour atteindre jusqu'à 45,4 % en août.« La presse a beaucoup contribué au succès de TF1 cet été,estime Olivier Mazerolle.J'espère que Pujadas ne devra pas expliquer quelles céréales il mange. »Une allusion à la grande offensive du couple Laurence Ferrari-Thomas Hugues dans la presse people, qui s'est achevée par la rumeur d'un débarquement possible de Claire Chazal.

Une hypothèse que balaye Robert Namias :« Il n'a jamais été question de changer de présentateur. La force de TF1 s'explique par la présence de grandes signatures dont la crédibilité et la notoriété n'existent que dans la durée. Mais aussi par la qualité des sujets sans le moindre souci de racolage. Enfin, nous veillons à permettre à la rédaction de se régénérer en permanence. »De fait, TF1 vient de renouveler ses cadres en nommant Catherine Nayl à la direction des reportages en remplacement de Claude Carré. François Bachy prend la rédaction en chef d'un service commun à la politique et à l'économie et six départements rédactionnels sont créés.

Développer une approche de reportages à l'étranger

Face au fréquent reproche d'une faible couverture de l'international, Robert Namias se défend en affirmant que ces thèmes représentent un tiers du journal. Certes, la chaîne a rappelé son correspondant à Berlin, mais elle entend développer une approche de reportages à l'étranger sur des centres d'intérêt qui lui sont proches. Laure Debreuil a été nommée en ce sens spécialiste de l'Europe tandis que Marine Jacquemin prend en charge l'« humanitaire international ».

En termes d'image, TF1 n'a en tout cas rien à envier à sa rivale, à en croire le baromètre Ipsos-Stratégies. En 2002, l'information de la chaîne est en effet créditée de 50 % d'opinions favorables contre 28 % pour France 2. L'arrivée de David Pujadas a certes permis à la chaîne publique de gagner quatre points en un an, mais ce score ne ramène jamais qu'à celui de mars 2000.« Le JT de France 2 vit un déficit d'image qui pèse sur son audience »,estime Hervé Barbot, DGA d'Ipsos Médias. Olivier Mazerolle reconnaît qu'il faut« sans doute travailler davantage les sujets »,mais il peut s'enorgueillir d'avoir pacifié la rédaction de France 2, toujours prompte à s'entre-déchirer.« L'atout de TF1 est d'avoir un PPDA toujours dans le coup et ayant réussi à se renouveler par petites touches »,rappelle Frédéric Le Moullec, directeur des études de ZenithOptimedia.France 2 peut se poser de nouveau la question du présentateur. »Pour Olivier Mazerolle, tout est cependant dans l'ordre des choses :« Des analystes nous avaient dit que Pujadas était un très bon choix dans la durée, mais que nous allions baisser la première année. Cette année TF1 est à la mode, l'an dernier c'était nous. Mais j'ai mis dix ans à redresser l'image de l'information de RTL. »

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