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« Pour lancer Marianne, j'ai vendu mes meubles »

29/11/2002

Lancer un hebdomadaire avec 1,5 million d'euros et le porter six ans après à 160 000 exemplaires, voilà qui est peu banal. Jean-François Kahn, aux commandes de ce news polémique, virulent et contesté, raconte, dans un ouvrage à paraître (1), les étapes de cette aventure et les difficultés rencontrées.

Hormis Le Point, appuyé par Pinault, et Marianne, les news appartiennent tous à l'une des galaxies du Monde ou de la Socpresse-Dassault. Peut-on encore vivre seul contre tous ?

Jean-François Kahn.Je suis très sceptique sur ces opérations récentes. Les excès de concentrations et de fusions provoquent toujours des crises. L'Empire romain a disparu, les mammouths aussi, et les obèses ne se portent pas bien. Vivendi a explosé en vol et Time Warner n'est pas en grande forme. Au sein d'un groupe comme Hersant,L'Aurorea disparu,France Soirquasiment et je suis convaincu que, seul,Le Figarose porterait mieux. Surtout, philosophiquement, je me demande dans quelle mesure nous sommes encore dans un système libéral. À partir du moment où la diversité et la pluralité demeurent minimales, où l'économie tombe dans des excès de concentration, on sort de ce système pour refonder le communisme sur une base privatisée.

Sur le plan publicitaire, ces grandes alliances risquent de peser lourd...

J.-F.K.Dans ce cas, il faut une alternative pour le marché : ce sera l'indépendant, qui peut constituer un apport supplémentaire. D'autant que dans le domaine des petites annonces, il va y avoir renforcement d'un monopole qui existait déjà. Certes,Marianneest boudé par le marché publicitaire : ses lecteurs, sans doute, ne se logent pas, ne recherchent pas d'emploi... Il faut tout de même avoir un esprit d'un conformisme inouï pour perpétuer cet état de fait. En réalité, ces grandes manoeuvres ne font que renforcer une situation déjà monopolistique, servie par les organismes de contrôle.

Vous êtes partisan d'une réforme de Diffusion Contrôle-OJD, que vous avez quitté, et de l'AEPM...

J.-F.K.Il est évident que l'OJD doit évoluer, cela fait quinze ans que je le dis. ÀMarianne,nos 20 000 exemplaires de diffusion collective étaient très coûteux. Ils ne correspondaient à aucune réalité économique et cela a fait déborder le vase. Nous sommes sortis du système voilà un an. Je ne regrette rien. Quant à l'AEPM...Marianneest un journal indépendant, ses ventes progressent, mais, comme par hasard, son audience baisse. PourParis Match,propriété d'Hachette Filipacchi Médias, c'est l'inverse. En réalité, plus les groupes se concentrent, plus ils font pression sur ces organismes et sur le marché publicitaire. Ils organisent des fêtes, les emmènent en voyage en Égypte, ont les moyens de faire plus d'efforts pour les séduire, c'est-à-dire les acheter.France Soir,du temps de Georges Ghosn, avait déjà mené cette politique, d'ailleurs avec un certain succès.

Ce côté franc-tireur explique-t-il le succès deMarianneen kiosques ?

J.-F.K.Lancer un journal sans argent et sans le soutien de ceux qui en ont, c'est difficile. Nous avons vécu des cauchemars. J'ai dû vendre mes meubles et Marianne me coûte encore aujourd'hui plus qu'il ne me rapporte. Croyez-moi, si nous avions été en accord avec seulement 60 % des idées duNouvel Observateur,deLibérationou duFigaro,nous n'aurions pas crééMarianne.C'est justement parce que nous avions un discours différent que le titre a marché. En retour, nous affrontons le boycott de la publicité, nous avons affronté celui des revues de presse, des imprimeries ou des banques. Ce journal a suscité des haines impensables dans mon propre milieu.

Quand atteindrez-vous l'équilibre ?

J.-F.K.Nous devrions l'atteindre pour la première fois en 2002. Avec si peu de publicité, c'est fabuleux ! Mais nous restons à la merci du moindre procès, du moindre écueil et nous ne pouvons pas financer notre développement. Aujourd'hui,Mariannepourrait passer à une nouvelle étape avec 3 millions d'euros : la moitié abonderait la trésorerie, l'autre permettrait d'investir en promotion et en mailings. Le problème, c'est de trouver les fonds sans changer de ligne éditoriale. Nous avons des contacts. En tout état de cause, notre potentiel se situe à 400 000 exemplaires. Mais à la seule condition de conserver la ligne actuelle : en réalité, c'est notre différence qui nous porte.

(1) Ce que Marianne en pense, aux Éditions Mille et une nuits.

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