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Retour à Republic Alley

20/12/2002

Le 18-20, rue du Faubourg-du-Temple à Paris a été l'une des adresses emblématiques des start-up Internet. Aujourd'hui, la mairie y installe sa pépinière destinée aux industries de la création. Visite guidée.

D'abord il y a Sarah, quatre-vingt-un ans. Propriétaire des lieux depuis les années cinquante, elle règne sur le 18-20, rue du Faubourg-du-Temple, dans le xie arrondissement de Paris, non loin de la place de la République. Un immeuble classé de 10 000 m2, construit au début du xixe siècle, en forme de paquebot et traversé par une verrière Eiffel de 100mètres de long. Sans Sarah, qui ne cède sur rien, le lieu n'aurait sans doute pas ce charme désuet et paradoxal. Imaginez un immeuble proche de l'abandon, aux peintures écaillées et sales, aux éclairages incertains, aux ascenseurs inquiétants, où se côtoieraient des entreprises high-tech, les bureaux d'un grand designer, un cinéma d'art et essai, une boîte de nuit, un restaurant branché et... des ateliers de confection. Plus, dès l'an prochain, la pépinière consacrée à la création, au design et à la mode de la mairie de Paris.

Comme un musée sans visiteurs

La porte de l'escalier qui mène à l'agence de Philippe Starck est recouverte de papier collant car la vitre, cassée lors d'un cambriolage, n'a jamais été remplacée.« Au début, les clients italiens tiquaient un peu en venant ici, à cause de la cage d'escalier »,raconte une collaboratrice du designer. Ils se sont habitués car, passé la porte de l'agence, la magie opère : un abat-jour géant blanc au plafond, des fauteuils africains multicolores. Et, comme sur une coursive de bateau, des bureaux-cabines en ligne séparés par d'épais rideaux blancs donnant à l'ensemble une perspective ondoyante. À des années-lumière du bureau de Sarah, situé au même étage, juste en face...

Depuis la mort de son mari, négociant en peaux et en cuir, il y a quinze ans, l'atelier de 400 m2 est resté en l'état. Un musée sans visiteurs jonché de peaux de mouton et de cartons. La vasque qui servait à tanner est encore remplie de tissus desséchés. D'antiques machines à écrire pleines de poussière et un vieux vélo ont aussi été oubliés là.« Je ne voulais toucher à rien, c'est la mémoire de mon mari »,explique Sarah. Son bureau, de l'autre côté du couloir, n'a pas bougé non plus. Fauteuils en Skaï gris, armoire à coulisse. Dans ce décor fatigué, Sarah parle de ses locataires Internet :« Des jeunes brillants, distingués, ne comptant pas leurs heures de travail. »Après les années folles, ne restent aujourd'hui que le site marchand Plante et Jardins, Super-secrétaire.com et Trading Central, un service d'informations et d'analyse des marchés financiers créé par Alain Pellier. NPTV, éditeur de logiciels pour la TV interactive, est toujours là également. Son patron, Étienne Grange, a été le premier à s'installer en mai 1999.

Le petit-fils de Sarah, Laurent Édel, envoyé dans la Silicon Valley en 1997 par l'atelier de veille de Paribas, avait depuis son retour l'envie de recréer à Paris un lieu communautaire autour d'Internet. On était en 1999. Les start-up cherchaient des locaux, sa grand-mère en avait... Une quinzaine de jeunes pousses s'installent alors parmi les ateliers de confection. En novembre 1999, ils décident de baptiser leur immeuble Republic Alley. Quatre mois plus tard, Jacques Chirac se déplace pour faire oublier qu'il confond encore mulot et souris d'ordinateur.« La rue était pleine, j'ai pensé à mon mari,se souvient Sarah.Le président de la République venait chez nous ! »Dans la foulée, Laurent Édel propose à Gilles Labossière de créer un incubateur de start-up du même nom que l'immeuble. Les médias s'emparent du phénomène et le petit-fils fait « monter le buzz » en faisant de Sarah la mascotte des « start-upers ». Puis, la bulle a explosé...

L'histoire de l'incubateur a pris fin il y a un mois, avec l'annonce de la reprise de ses locaux par la mairie de Paris, convaincue par Laurent Édel de perpétuer ici l'innovation.« Nous louons 1 700 m2 en vue d'installer en 2003 une pépinière création-design,explique Hubert Duault, directeur général de Paris Développement.Ce projet s'inscrit dans un dispositif plus vaste visant à faire de la capitale une technopole. Notre objectif est de proposer une structure pour aider les métiers traditionnels de la création à utiliser les nouvelles technologies. La pépinière n'est pas un incubateur. Elle assure des services logistiques et intellectuels à des projets présélectionnés et considérés comme viables. »Un budget de 4,8 millions d'euros sur neuf ans a été voté. La mairie, qui loue les locaux à Sarah pour 230 euros annuels le mètre carré, proposera ses services pour 500 euros le mètre carré.

De Zola à Matrix en trois étages

Les prochains arrivants - stylistes, créateurs, producteurs, prestataires - feront la synthèse d'un lieu inscrit à la fois dans la tradition et l'innovation. Comme au quatrième étage, où se côtoient Trading Central, avec sa salle de marchés pleine d'ordinateurs, et l'atelier de maroquinerie Ramon spécialisé dans les sacs en cuir de luxe. Là encore, c'est un endroit qui n'a pas reçu un coup de peinture depuis trente ans.« C'est bien que l'atelier ne soit pas luxueux,explique le patron, Guy Helo.Les stylistes aiment le côté brut, authentique, des vieilles maisons qui sentent le cuir. »Savent-ils que trois étages plus bas, on n'est plus chez Zola mais dansMatrix? Gilles Kremer, ancien directeur de la stratégie corporate d'Euro RSCG, est là depuis un an, dans ce qui était l'autre aile de l'incubateur Republic Alley : 600 m2 peints en rose bonbon, violet et jaune avec des câbles et des tuyaux apparents partout. Sa société, Magic Axess, a inventé un procédé de signature électronique passant par Internet et le téléphone portable, en cours de labellisation au ministère des Finances.

Des fenêtres de son bureau, on a une vue plongeante sur la galerie intérieure de l'immeuble. Il est 19 h 30, le bruit des tam-tams africains remonte du studio de danse d'Elsa Wellalson, locataire depuis 1970. L'immeuble se vide peu à peu de ses salariés et fait place aux gens de la fête et de la nuit. Comme ceux qui fréquentent la Favela Chic, le restaurant brésilien de Rosane Mazer et Jérome Schneider (fils de Gilles Schneider, le patron de RFI). Cet ancien show-room de Cacharel, où l'on mange et l'on danse, accueille aussi des soirées privées pour des marques. En ce soir de début décembre, Elli Medeiros donne un concert.

La Favela Chic organise aussi des événements avec Cinéalternative, un cinéma qui a succédé à Action République en octobre 2001. Hervé Lopez, ancien journaliste àCréation magazineavec Bruno Delepine et ex-directeur artistique chez TBWA, a repris le cinéma pour en faire un lieu de diffusion de courts métrages.« C'est une initiative unique en France et en Europe,commente-t-il,mais nous perdons 150 000 euros par an. »Pour poursuivre l'aventure, il espère obtenir le soutien de la mairie de Paris et du Centre national de la cinématographie. Pour accéder à ses bureaux, une cave réaménagée à ses frais, on emprunte l'escalier qui mène au Gibus, boîte de nuit et scène mythique du rock, où les derniers punks parisiens se retrouvent une fois par mois. Le 18-20, rue du Faubourg-du-Temple est un folklore permanent. Et cela dure depuis plus de deux cents ans. En 1793, le cirque Franconi y attirait déjà le tout-Paris.

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