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Restructurations à la chaîne

La chaîne graphique est en pleine mutation. Nouveaux matériels, nouvelles méthodes de travail, créations et disparitions d'entreprises : après la révolution engendrée dans les années quatre-vingt par la PAO, c'est au tour du numérique d'entraîner un bouleversement majeur. L'imprimerie, par exemple, subit de plein fouet une crise commencée dans les années quatre-vingt-dix et qui devrait durer encore quelques années. Pour Gilles Gautier, responsable des affaires économiques à la Fédération de l'imprimerie et de la communication graphique (FICG), le secteur montre même depuis un an« un degré de "sinistralité" accru ».On annonce, depuis dix ans, trois cents à trois cent cinquante défaillances d'entreprises par an,« et il y a tout lieu de penser que cela va continuer jusqu'en 2005 »,prévient-il. Mais, pour lui, le problème n'est pas strictement français, il faut analyser la filière dans un cadre européen, la France arrivant en troisième position derrière l'Allemagne et la Grande-Bretagne.

Le degré de fragilité de l'industrie graphique européenne tient sans conteste à son atomisation. En France, comme en Europe, la majorité des entreprises sont des PME qui ont en moyenne trente à quarante salariés.« Il n'y a donc pas de possibilité de mutualisation des risques,souligne-t-il.Or, ce secteur exige une haute intensité capitalistique et une main-d'oeuvre qualifiée pour maintenir un niveau technologique élevé. »Les rapports commerciaux sont donc déséquilibrés. Au-delà du secteur, c'est toute la filière qui se trouve bouleversée.« Depuis dix ans, on vit un phénomène de mondialisation et de concentration dans les secteurs immédiats de l'imprimerie »,précise Gilles Gautier. Cette concentration a touché l'amont (équipementiers, papetiers, etc.) mais aussi l'aval : clients, agences de publicité et grande distribution. L'éclatement de la bulle de la nouvelle économie a aussi éclaboussé le secteur.

Pour s'en sortir, les imprimeurs se délocalisent car rester à Paris coûte cher en loyers et en salaires.« Les chefs de fabrication se déplacent pour les gros dossiers,explique Laurent Jaunet, directeur artistique chez Draft Graphic.On utilise plus Chronopost et DHL. »On se regroupe aussi. Dernier exemple, révélateur, en date : le rapprochement des groupes d'impression Agir et Sego, deux sociétés familiales, pour donner naissance à Print Alliance.« Ce mariage est l'une des réponses à la crise qui nous touche,explique Pierre Richard, coprésident du nouvel ensemble.Il n'y aura de salut que pour ceux qui sauront se rassembler. Auparavant, pris séparément, nous ne représentions pas sur le marché une force suffisamment sécurisante. »Et de prouver concrètement en quoi cette union fait la force :« Print Alliance vient de se voir confier toute l'édition des documents d'Air France. »Ce type d'union entre sociétés à la fois structurellement similaires et techniquement complémentaires permet aussi de réguler les investissements :« Mieux vaut s'associer que s'équiper,note Pierre Richard,d'autant que le secteur a bénéficié d'une période de croissance considérable et dispose d'un parc de machines exceptionnel. »

Nouveaux marchés

En aval, agences, studios de création, centrales graphiques et autres ne sont pas épargnés par cette mutation. Les spécialistes Internet redécouvrent le print, car les catalogues sont de plus en plus souvent déclinés sur les deux médias, tandis que les spécialistes de la création graphique sur papier doivent intégrer à la fois une mode visuelle venant d'Internet et la possible utilisation de leurs créations sur ce média. Et que dire de l'émergence du numérique !« Pour l'instant, la qualité a tendance à baisser »,commente Laurent Jaunet. Mais les délais sont raccourcis et certains prédisent la disparition du flashage d'ici à cinq ans. Même si on scanne de moins en moins, le photograveur existera toujours.« Il fait plus de retouches et de montage d'images »,indique Laurent Jaunet. En fait, le numérique modifie l'enchaînement des métiers et en fait émerger d'autres. Pour Luc Labyt, responsable du département image de la Cité numérique (présente à Lille et Paris), la naissance de cette société et sa diversification sont directement liées à l'avènement du numérique :« La technologie nous a, en quelque sorte, obligés à devenir ce que nous sommes. »La Cité numérique est en effet née, en 1993, de la volonté du groupe 3 Suisses d'externaliser la production de ses catalogues en rachetant un gros studio photo. Elle a ensuite intégré la PAO, puis la fabrication et la photogravure, puis le multimédia, le marketing direct et l'agence-conseil. Cette intégration, à la fois horizontale et verticale,« permet d'utiliser tout ou partie des services, d'apporter des délais de production rapides et une réduction des coûts »,souligne Luc Labyt.

Si les« sauts technologiques ont été plus fréquents ces quatre à cinq dernières années »,selon Gilles Gautier, en contrepartie, de nouveaux marchés s'ouvrent, comme la personnalisation de l'édition ou les courts tirages liés à l'essor du marketing opérationnel. Pas étonnant donc que les agences s'organisent ou que les centrales d'édition créées dans les années quatre-vingt pour « acheter » du print au plus bas prix en viennent à se structurer autour du service. Altavia en est un exemple et se présente désormais comme une société de « publishing services ».

La chaîne graphique se transforme, se restructure et se redéploie. Elle est certes malade, mais loin d'être moribonde. À elle de se constituer des anticorps pour faire face aux prochaines mutations qui l'attendent.

La chaîne graphique est en pleine mutation. Nouveaux matériels, nouvelles méthodes de travail, créations et disparitions d'entreprises : après la révolution engendrée dans les années quatre-vingt par la PAO, c'est au tour du numérique d'entraîner un bouleversement majeur. L'imprimerie, par exemple, subit de plein fouet une crise commencée dans les années quatre-vingt-dix et qui devrait durer encore quelques années. Pour Gilles Gautier, responsable des affaires économiques à la Fédération de l'imprimerie et de la communication graphique (FICG), le secteur montre même depuis un an« un degré de "sinistralité" accru ».On annonce, depuis dix ans, trois cents à trois cent cinquante défaillances d'entreprises par an,« et il y a tout lieu de penser que cela va continuer jusqu'en 2005 »,prévient-il. Mais, pour lui, le problème n'est pas strictement français, il faut analyser la filière dans un cadre européen, la France arrivant en troisième position derrière l'Allemagne et la Grande-Bretagne.

Le degré de fragilité de l'industrie graphique européenne tient sans conteste à son atomisation. En France, comme en Europe, la majorité des entreprises sont des PME qui ont en moyenne trente à quarante salariés.« Il n'y a donc pas de possibilité de mutualisation des risques,souligne-t-il.Or, ce secteur exige une haute intensité capitalistique et une main-d'oeuvre qualifiée pour maintenir un niveau technologique élevé. »Les rapports commerciaux sont donc déséquilibrés. Au-delà du secteur, c'est toute la filière qui se trouve bouleversée.« Depuis dix ans, on vit un phénomène de mondialisation et de concentration dans les secteurs immédiats de l'imprimerie »,précise Gilles Gautier. Cette concentration a touché l'amont (équipementiers, papetiers, etc.) mais aussi l'aval : clients, agences de publicité et grande distribution. L'éclatement de la bulle de la nouvelle économie a aussi éclaboussé le secteur.

Pour s'en sortir, les imprimeurs se délocalisent car rester à Paris coûte cher en loyers et en salaires.« Les chefs de fabrication se déplacent pour les gros dossiers,explique Laurent Jaunet, directeur artistique chez Draft Graphic.On utilise plus Chronopost et DHL. »On se regroupe aussi. Dernier exemple, révélateur, en date : le rapprochement des groupes d'impression Agir et Sego, deux sociétés familiales, pour donner naissance à Print Alliance.« Ce mariage est l'une des réponses à la crise qui nous touche,explique Pierre Richard, coprésident du nouvel ensemble.Il n'y aura de salut que pour ceux qui sauront se rassembler. Auparavant, pris séparément, nous ne représentions pas sur le marché une force suffisamment sécurisante. »Et de prouver concrètement en quoi cette union fait la force :« Print Alliance vient de se voir confier toute l'édition des documents d'Air France. »Ce type d'union entre sociétés à la fois structurellement similaires et techniquement complémentaires permet aussi de réguler les investissements :« Mieux vaut s'associer que s'équiper,note Pierre Richard,d'autant que le secteur a bénéficié d'une période de croissance considérable et dispose d'un parc de machines exceptionnel. »

Nouveaux marchés

En aval, agences, studios de création, centrales graphiques et autres ne sont pas épargnés par cette mutation. Les spécialistes Internet redécouvrent le print, car les catalogues sont de plus en plus souvent déclinés sur les deux médias, tandis que les spécialistes de la création graphique sur papier doivent intégrer à la fois une mode visuelle venant d'Internet et la possible utilisation de leurs créations sur ce média. Et que dire de l'émergence du numérique !« Pour l'instant, la qualité a tendance à baisser »,commente Laurent Jaunet. Mais les délais sont raccourcis et certains prédisent la disparition du flashage d'ici à cinq ans. Même si on scanne de moins en moins, le photograveur existera toujours.« Il fait plus de retouches et de montage d'images »,indique Laurent Jaunet. En fait, le numérique modifie l'enchaînement des métiers et en fait émerger d'autres. Pour Luc Labyt, responsable du département image de la Cité numérique (présente à Lille et Paris), la naissance de cette société et sa diversification sont directement liées à l'avènement du numérique :« La technologie nous a, en quelque sorte, obligés à devenir ce que nous sommes. »La Cité numérique est en effet née, en 1993, de la volonté du groupe 3 Suisses d'externaliser la production de ses catalogues en rachetant un gros studio photo. Elle a ensuite intégré la PAO, puis la fabrication et la photogravure, puis le multimédia, le marketing direct et l'agence-conseil. Cette intégration, à la fois horizontale et verticale,« permet d'utiliser tout ou partie des services, d'apporter des délais de production rapides et une réduction des coûts »,souligne Luc Labyt.

Si les« sauts technologiques ont été plus fréquents ces quatre à cinq dernières années »,selon Gilles Gautier, en contrepartie, de nouveaux marchés s'ouvrent, comme la personnalisation de l'édition ou les courts tirages liés à l'essor du marketing opérationnel. Pas étonnant donc que les agences s'organisent ou que les centrales d'édition créées dans les années quatre-vingt pour « acheter » du print au plus bas prix en viennent à se structurer autour du service. Altavia en est un exemple et se présente désormais comme une société de « publishing services ».

La chaîne graphique se transforme, se restructure et se redéploie. Elle est certes malade, mais loin d'être moribonde. À elle de se constituer des anticorps pour faire face aux prochaines mutations qui l'attendent.