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Toute la filière en dix métiers

10/01/2003

La chaîne graphique touche tous les secteurs de la communication, des médias aux agences de publicité, en passant par Internet et la formation. Illustration en dix portraits.

Formation : Christiane Loisel

Christiane Loisel est à la barre de la célèbre école supérieure Estienne qui forme depuis plusieurs générations les professionnels de l'industrie graphique. Mme le proviseur, initialement professeur de philosophie, puis proviseur dans l'enseignement général et technologique, résume son rôle en trois impératifs :« En tant que chef d'établissement, j'ai à repérer les besoins pédagogiques, à déclencher les financements et à faire en sorte que les professeurs soient formés. »Simple en soi. Pourtant,« nos étudiants doivent être prêts à l'emploi. Notre plus grand défi consiste à les former à l'outil et à son dépassement »,ajoute-t-elle. Un outil informatique arrivé très tôt dans la maison et sans cesse renouvelé :« Nous venons de passer de cent vingt à deux cent cinquante ordinateurs, chaque secteur est informatisé, mais il faut rénover le parc tous les quatre-cinq ans. »

Quant au numérique, il est effectif depuis un an et l'école Estienne participe maintenant à la création d'une licence professionnelle sur les flux numériques. Mais Christiane Loisel l'affirme :« L'outil ne doit pas empêcher d'apprendre le dessin »et l'école tient à maintenir un laboratoire d'expérimentation graphique permettant d'enseigner l'imprimerie au plomb, la lithographie, etc.

Presse : Christian Demeyer

« Dix millions d'exemplaires à sortir chaque semaine avec les 35 heures » :voilà qui suffit à Christian Demeyer pour justifier un emploi du temps serré,« mais sans stress »,précise le directeur de production deTV magazine(Socpresse). À ce poste, il anime une équipe de douze personnes et supervise la production deTV magazine(6 millions d'exemplaires) et deFemina hebdo(4,3 millions) pour ses « clients » : quarante-quatre éditions de la PQR pour le premier et trente-sept pour le second. Et ce de la gestion des encarts publicitaires à l'impression et au transport.« Beaucoup de technique, beaucoup de services »,voilà comment il résume sa tâche, aimant préciser queTV magazine, « c'est 1 500 à 2 000tonnes de papier par semaine »ou encore,« une page recto-verso, c'est 22tonnes de papier ».Tout cela nécessite une organisation sans faille, notamment pour la gestion des annonces publicitaires locales, assortie d'outils informatiques dédiés. Pour rationaliser la production, il fait appel à des« astuces et changements de méthodes, comme le tirage des deux magazines en amalgame »,mettant à profit une première phase de sa vie professionnelle durant laquelle il a passé beaucoup de temps près des machines...« Les astuces, ce n'est que du vécu »,note-t-il. En poste depuis six ans, Christian Demeyer n'a pas connu un seul dimanche matin sans livraison :« Nous avons même livré par avion cargo en pleine grève des transporteurs. »

Internet : Lucas Mongiello

« Je bouffe à tous les râteliers. Je fais de tout, j'apprends à utiliser tous les supports. »Lucas Mongiello illustre ainsi l'homme-orchestre qu'il doit être à la direction artistique d'une agence spécialisée dans l'édition (Ogilvy One) et d'une autre sur Internet (Ogilvy Interactive). Celui que l'on croirait de la génération du tout-numérique a commencé à travailler dans la presse, en Argentine, à seize ans :« J'ai débuté très tôt dans un pays en retard, donc les méthodes traditionnelles me sont familières. J'ai connu le Letraset. »Puis est arrivé le Mac, donc la PAO :« J'apprenais en travaillant. »

Aujourd'hui, rien de nouveau :« Internet, on en fait et on apprend à s'en servir en même temps. »Pour lui, tout est toujours question d'apprentissage permanent. Et de donner en exemple son équipe « mixée » où les DA apprennent le marketing du print,« mais il est plus difficile de passer du print à Internet,précise-t-il.C'est aussi plus ingrat pour ceux qui viennent du traditionnel. Car sur Internet on va plus vite pour fabriquer, on a moins d'argent, pas d'achat d'art, ni de retouche. »Apprendre, pour Lucas, c'est aussi écouter ses clients, même s'il fulmine contre ceux qui veulent absolument faire entendre leur avis,« alors qu'il ne viendrait à l'idée de personne de dire à un chirurgien comment opérer ».

Télévision : Stephen Harlé

Aujourd'hui responsable de l'habillage de France 2, Stephen Harlé n'en a pas pour autant oublié son« passage dans le papier »,quand il était chef du service des éditions de la chaîne.« L'oeil s'aiguise beaucoup plus sur le papier. Cela me permet de mieux repérer les erreurs lorsque je relis les bandes-annonces. »Stephen Harlé gère son habillage comme il le ferait pour une maquette de journal,« avec seulement deux typos »et un vrai parti pris graphique depuis début 2002 :« Transparence et perspectives en profondeur, et toujours des visages, des paysages, des gens, contrairement à nos camarades de TF1 et M6, qui ne travaillent que leurs logos pour les jingles publicitaires. »Stephen Harlé le répète : sur les jingles publicitaires de France 2 (actuellement il existe soixante-quinze scénarios différents), il y a des gens. Et ces gens, qui se reconnaissent dans les saynètes, commencent à écrire à la chaîne pour communiquer des idées de scénarios.

Jeu vidéo : Gilles Benois

À trente-quatre ans, Gilles Benois se sent déjà vieux. Directeur artistique chez Eden Studios à Lyon, l'un des principaux sous-traitants d'Infogrames, pour la réalisation de ses jeux vidéo, il travaille avec de jeunes loups de l'informatique dont l'âge moyen est de vingt et un ans. Il avoue ne pas être joueur, mais traîne dans les kiosques à journaux et achète des revues pour adolescents :« Je ne suis pas un fan de Britney Spears, mais j'ai besoin de comprendre cette mode pour concevoir des jeux qui s'adressent à cette génération. »

Spécialiste du dessin animé, il est issu du Centre de formation technologique des Gobelins, et a« glissé tout naturellement vers le jeu ».Il ne le regrette pas :« Dans le dessin animé, je ne serais pas devenu DA. »Mais il se sent foncièrement graphiste :« Notre métier consiste à modéliser et dessiner. »Le dessin, sur papier ou palette graphique, accompagne toute la conception d'un jeu. Entre ensuite en compte le travail des techniciens informatiques. Si Gilles supervise la production, il sait aussi utiliser les machines et« met les mains dans le cambouis », tout en se plaignant« des contraintes énormes du temps réel »,même si« la contrainte génère aussi la créativité ».

Informatique : Jean-René Cazeneuve

Le secteur de la création (publicité, design, presse, prépresse, musique, vidéo, etc.) représente chez Apple France entre un tiers et la moitié du volume d'affaires, réalisé par sept à huit commerciaux (sur un total de quarante). Et les relations sont passionnelles entre le fabricant et ses clients.« Il y a une vraie similitude culturelle entre eux et nous,explique Jean-René Cazeneuve, directeur général depuis dix-huit mois, qui refuse néanmoins de se croire en terrain conquis.Il m'arrive de rencontrer des clients qui me disent d'emblée : j'ai acheté mon premier Mac en 1982, j'en suis à mon sixième. »

Étonnant pour quelqu'un qui vient de la concurrence, c'est-à-dire de l'univers du PC. Pas si facile, pourtant, d'être DG d'Apple France, quand la majorité des gens voient encore en priorité dans Apple le design.« ça en gêne certains »,reconnaît-il.Et même s'il martèle que le plus d'Apple, c'est l'expertise technologique, Jean-René Cazeneuve ne peut s'empêcher de raconter que« le fabricant met un point d'honneur à choisir une qualité de plastique entre cent ».Et de conclure :« Il se passe déjà quelque chose quand on ouvre le carton d'un Mac. »

Publishing : Gilles Maurisset

« Maîtrise de la supply chain, outil on-line de work flow... publishing services plutôt que publishing management. »Chez Altavia Consulting, le directeur du marketing et du développement affirme que l'usage de ce franglais« n'est pas snob »,mais une nécessité pour exprimer le métier de son entreprise et communiquer dans les neuf villes européennes où elle est présente. Pour Gilles Maurisset,«gestion déléguée de l'édition publicitaire»,traduction de publishing services, est réducteur. Car il doit, depuis la réorganisation du groupe autour de cette activité il y a quelques mois, expliciter quotidiennement à ses clients, et surtout ses prospects, en quoi Altavia n'est pas seulement une centrale d'achat de papier et d'impression, en quoi elle est devenue une plate-forme d'achats allant jusqu'à la logistique et au transport, et en quoi elle propose aussi et surtout un service complet d'externalisation de l'édition. S'il ne s'adresse qu'aux grands comptes, Gilles Maurisset reconnaît« qu'externaliser l'édition n'est pas encore entré dans les moeurs »et que« si la période est propice »,pour lui, la tâche rime avec évangélisation.

Publicité : Jean-Pierre Magand

Dans les agences de publicité, notamment en régions, les chefs de fabrication ont bien souvent disparu. Ce sont les chefs de publicité qui sont chargés de suivre le travail jusqu'en fin de chaîne et de négocier. Voilà qui fait dire à Jean-Pierre Magand, chef de fabrication de l'agence lyonnaise Nouvelle Route, qu'il est« une espèce en voie de disparition ».Et de regretter que les agences aient fait ce choix :« Le travail du chef de fabrication ne se résume pas à acheter, il y a une véritable politique à mettre en place. Cela permet de générer de la marge, mais donne aussi une crédibilité à l'agence. »Un chef de publicité peut-il assurer cette tâche ?« Avec une telle organisation, j'ai vu des fournisseurs revenir quatre fois dans une agence pendant la même journée. Est-ce sérieux ? »Plutôt que de fournisseurs, il préfère d'ailleurs parler de prestataires, se refusant à traiter avec les « bradeurs », parce que« tout le monde doit gagner sa vie ».

Imprimerie : Jacques Riccobono

Dans la famille Riccobono, que vous demandiez Jacques ou Bernard, vous ne verrez pas la différence : les deux sont tombés dans l'imprimerie et la presse quand ils étaient petits. L'entreprise, qui emploie sept cents personnes en France, a cent ans. Et la cinquième génération pointe son nez : trois des quatre fils des deux frères sont déjà en poste. Du sang neuf« qui prend en charge le numérique »,puisque l'entreprise vient d'acquérir une participation avec promesse de vente dans une entreprise toulonnaise spécialisée dans l'impression numérique petits et grands formats, après que l'un des fils de Jacques y a passé une semaine.

À chacun son rôle. c'était déjà le cas pour les deux frères : à Bernard l'impression des quotidiens, à Jacques le labeur. Quant à l'activité d'éditeur, créée il y a cinquante ans - ils sont propriétaires de cinq journaux régionaux diffusant des annonces légales -, c'est un peu les deux. Chez Riccobono, la crise, on ne connaît pas :« Parce que nous imprimons des gratuits, de la presse spécialisée, des cartes postales, des plaquettes, etc. »Et ce père visionnaire avait eu la bonne idée d'installer l'entreprise au Muy, dans le Var, près de l'autoroute.« Un endroit pratique pour les transports et suffisamment éloigné pour nous obliger à intégrer le prépresse »,souligne-t-il.

Design : Francesco Moretti

« Dans la chaîne graphique, chaque nouvelle technique dévoile ses caractéristiques, puis un langage se forme. »Vice-président et directeur artistique de l'agence Paris Venise Design, Francesco Moretti a vu passer des quantités de nouveautés, jusqu'à l'émergence d'Internet qui a eu une influence dans son métier de designer,« puisqu'il est désormais impensable de concevoir un logo sans son animation possible sur le Net ».Mais avant Internet,« qui n'est qu'un langage de plus »,c'est l'arrivée de l'outil informatique qui a changé son métier, surtout pour quelqu'un qui« a appris à tracer des lignes droites et à découper du papier ».« On devait acquérir une habileté manuelle »,raconte-t-il en s'émerveillant pourtant« de l'aisance avec laquelle les jeunes assistants utilisent l'outil informatique qui, en fait, libère la créativité ».Pour lui, l'informatique a accéléré le temps :« Les assistants le restent moins longtemps. »Or, Francesco Moretti l'affirme,« la créativité se construit sur l'expérience et la performance des outils informatiques n'intervient pas en la matière. »

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