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Bruxelles se rapproche de Washington

21/02/2003

Le développement de l'Union européenne fait évoluer le lobbying communautaire vers le modèle anglo-saxon.

Booze, blondes and bribes. » Alcool, blondes et pots-de-vin. C'est ainsi que le lobbying, pendant longtemps, a été considéré des deux côtés de l'Atlantique. Aux États-Unis, cette caricature appartient au passé. En Europe, elle commence seulement à s'estomper.« Le facteur principal de la montée en puissance du lobbying sur le Vieux Continent tient à l'affirmation progressive du principe supranational au sein de l'Union européenne »,explique le président- directeur général de Communication&Institutions, Olivier Le Picard. La complexité croissante des dossiers empêche désormais les responsables de se faire une opinion tout seuls, de manière arbitraire. Ils doivent dialoguer avec les entreprises, organisations professionnelles, associations, ONG, etc. Les représentants de celles-ci, à l'inverse, ne peuvent plus se permettre d'informer ni de rencontrer eux-mêmes les 626 députés européens et les responsables des 20 commissions parlementaires permanentes (Environnement, santé publique et protection des consommateurs, Agriculture et développement rural, Pêche, Droits de la femme, Budget, etc.).

Entre les deux, les lobbyistes assurent donc le rôle indispensable d'intermédiaires.« Leur professionnalisation, rendue nécessaire par la nature du processus législatif européen et la technicité des sujets, ainsi que leur présence de plus en plus évidente, reconnue, officialisée, voire encouragée par les institutions, ont indéniablement fait évoluer le lobbying communautaire vers le modèle anglo-saxon »,observe Olivier Le Picard. D'un point de vue méthodologique, d'abord. Le métier est en effet le même des deux côtés de l'Atlantique. Il consiste, selon la définition de l'Association française des conseils en lobbying (AFCL), à« représenter et défendre les droits ou intérêts des entreprises, associations ou collectivités à travers une information rigoureuse, vérifiable et réciproque auprès d'organismes privés ou publics susceptibles de prendre des décisions affectant ces intérêts ou droits ». Plus concrètement, en Europe comme aux États-Unis, les lobbyistes doivent s'enregistrer. Seule différence : il s'agit d'une simple formalité en Europe, alors qu'aux États-Unis, le système est plus contraignant. Les lobbyistes doivent en effet déclarer les sommes qu'ils reçoivent et dépensent, et le texte législatif sur lequel a porté leur action de soutien ou de défense. En contrepartie, ils reçoivent une carte d'accès au Sénat et à la Chambre des représentants.

Trouver les bons interlocuteurs

Des deux côtés de l'Atlantique, les « affaires publiques », dont s'occupent agences et cabinets de consultants, vont au-delà du lobbying.« Notre mission première est d'expliquer l'Europe à nos clients,souligne Sigrid Ligné, directrice du bureau Affaires publiques européennes d'Euro RSCG C&O, l'agence corporate d'Euro RSCG.Nous leur exposons ce qui peut changer et en quoi il peut leur être utile d'anticiper ces changements. »Ce travail initial suppose une intense activité de « monitoring » ou veille parlementaire. Le lobbying proprement dit n'intervient que dans un deuxième temps.« Il s'agit alors de mettre en place une stratégie, le plus en amont possible dans le processus réglementaire, de défense d'un dossier pour le compte de tel ou tel client »,poursuit Sigrid Ligné. Dernière étape : trouver les bons interlocuteurs.« C'est là la grande valeur ajoutée des consultants,argumente Thierry Lefébure, PDG de T.L.&A et président d'honneur de l'AFCL.Car les bons interlocuteurs ne sont pas toujours, contrairement à ce que l'on croit, des compatriotes. Et il vaut mieux avoir de solides connaissances sur place. »Aux « trois R » chers aux Américains (« The Right argument to the right person at the right moment »), on pourrait donc aisément substituer, comme le suggère Olivier Le Picard dans son livreLobbying, les règles du jeu(lire l'encadré), l'« ABC » du lobbyiste : « Un argument adapté pour le bon interlocuteur selon un calendrier opportun. »

Pour autant,« faire du lobbying à Bruxelles et à Washington ne sera, pour des raisons à la fois culturelles et politiques, jamais tout à fait comparable »,affirme Elaine Cruikshanks, PDG de Hill&Knowlton en charge de l'Europe continentale et vice-président monde de l'activité Affaires publiques. Aux États-Unis, en effet, le lobbying est pleinement accepté et intégré au processus démocratique.« En Europe, il faut encore convaincre les clients de l'intérêt que cette activité représente pour eux »,témoigne Julia Harrison, ex-PDG de l'agence GPC (groupe Omnicom) et fondatrice de Blueprint, nouvelle agence d'une quarantaine de personnes implantée à Bruxelles.« Les dossiers sont beaucoup plus techniques à Bruxelles,souligne de son côté Elaine Cruikshanks.Alors qu'à Washington, ce sont des élus, souvent en campagne, qui s'intéressent à tout ce qui pourrait favoriser leur réélection. »

Différences de maturité

De fait, les représentants au Congrès sont élus tous les deux ans, tandis qu'en Europe, les rapporteurs, qui ont un rôle central tout au long du cheminement d'un texte au sein du Parlement, sont nommés par la Commission.« Ils cherchent en permanence à trouver un consensus,relève Julia Harrison.Le lobbying américain est, par comparaison, beaucoup plus orienté vers l'action. »

Les systèmes américain et européen sont enfin loin d'en être arrivés au même stade en termes de maturité.« Le lobbying a aujourd'hui pris son rythme de croisière aux États-Unis »,assure Olivier Le Picard. Les Américains sont d'ailleurs présents à Bruxelles, où la chambre de commerce américaine, très influente, compte plus de mille membres, tous intéressés et tenus informés de ce qui se passe dans la capitale européenne. À l'inverse, le Vieux Continent ne recense pas encore de « think tanks », ces organismes voués à la réflexion politique et à la proposition de changements législatifs.« Le lobbying communautaire n'est pas encore au terme de son développement,analyse Sigrid Ligné.Mais les dossiers qui se " communautarisent " sont de plus en plus nombreux. »Et avec l'élargissement, le besoin de conseil va devenir de plus en plus pressant...

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