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Journaliste un jour... et toujours

14/03/2003

Les journaux d'entreprise ont parfois mauvaise presse. On entend souvent dire qu'ils sont réalisés par des « sous-journalistes », totalement inféodés à une marque ou à une entreprise. Une accusation un peu simpliste...« Il faut arrêter avec ce type d'approche,lance Alain Barbanel, fondateur de l'agence Paradigme.Aujourd'hui, il ne s'agit plus de la danseuse du président ni de presse paroissiale. Les mêmes techniques rédactionnelles et éditoriales sont utilisées en presse traditionnelle et par ces supports, avec un même souci de qualité. »

L'édition d'entreprise présente un autre avantage : elle ne connaît pas la crise, embauche et, dans la plupart des cas, offre de meilleurs salaires que la presse d'information « noble ». Beaucoup de journalistes, titulaires de la carte de journaliste professionnel, ont choisi de s'y intéresser (et de perdre leur carte de presse). Certains par hasard, d'autres par obligation, d'autres encore par envie de créer leur propre entreprise. Portrait de cinq journalistes convertis à la presse d'entreprise.

Delphine Masson

Un travail de militant : Alain Barbanel, directeur associé de Paradigme

La philosophie, c'est comme le journalisme : ça mène à tout, à condition d'en sortir », ironise Alain Barbanel. Le directeur associé de l'agence Paradigme a, très tôt, cherché à varier les plaisirs. Étudiant en philosophie, il suivait, le soir, des cours de marketing. Pigiste, il voulait déjà fonder une agence.« J'ai du mal à être salarié »,explique-t-il. Ce qui ne l'a pas empêché d'intégrer les rédactions deTertiel(Usine nouvelle), duMatin, un« journal militant »dans lequel il« rêvait de travailler », ou encore deDécisions médias. Auteur d'enquêtes sur Bouygues et sur les frères Chaumet, publiées chez Ramsay et aux Éditions Balland, il se décide, fin 1990, à lancer sa société. Paradigme est d'abord une agence de presse qui fournit des articles àProfession politiqueou auMonde diplomatique. Une vie d'enfer.« Il est difficile de développer une société qui ne fournit que des piges. C'est trop aléatoire et mal payé »,souligne-t-il. D'où les journaux d'entreprise. Aujourd'hui, Paradigme travaille pour Natexis Banques populaires, Dexia, Trigano, C3D, etc. Alain Barbanel garde toutefois un pied dans la «grande»presse. En mars 2002, il a ainsi lancéMédias, un magazine qui voulait, à la manière d'Arrêt sur images, décrypter l'information.« Il a bien fonctionné côté vente et publicité, mais nous n'avons pas trouvé d'investisseurs »,explique-t-il. Alain Barbanel ne va pas en rester là. D'autres projets sont sur le feu. Il travaille, par ailleurs, au sein de l'Ujjef, à la reconnaissance du métier de journaliste d'entreprise.« Ils n'ont aucun statut alors qu'ils réalisent de vrais articles et qu'ils recherchent, mettent en scène et hiérarchisent l'information comme les autres. »

D'une presse à l'autre : Geneviève Zarka, directrice des publications de L'Agence Publishing

On ne fait pas le métier de journaliste pour rester vingt ans attaché à un titre »,souligne Geneviève Zarka. Et, de fait, cette ancienne journaliste a connu bon nombre de rédactions. À cinquante-trois ans, elle a été secrétaire générale de rédaction àCosmopolitan,Ça m'intéresse,Avantages, puis rédactrice en chef deMaxiet deVital. Aujourd'hui, elle est directrice des publications de L'Agence Publishing, un département de L'Agence qui réalise des magazines pour Danone et le Printemps. Un poste qu'elle a dû apprivoiser.« Je venais deVitaloù j'étais rédactrice en chef,raconte-t-elle.J'ai fait jouer ma clause de cession quand le magazine a été revendu au groupe Excelsior. Les nouveaux patrons souhaitaient repositionner le titre. Or, j'avais été embauchée quatre ans plus tôt pour mener ce travail. Je ne voyais pas l'intérêt de recommencer. »Pour elle, L'Agence Publishing est une expérience qui ne peut que l'enrichir. Mais elle sait qu'elle va perdre sa carte de presse et les avantages qui lui sont attachés. Autre changement : elle ne peut plus, comme autrefois, faire la pluie et le beau temps dans ses pages. Il faut dorénavant composer avec les directives des clients. Du coup, lorsqu'on lui propose de retrouver son statut de journaliste, elle n'hésite pas une seconde.« Je suis retournée àVersion femina, avoue Geneviève Zarka.Mais quelques mois seulement. Je ne m'entendais pas avec l'équipe en place. »Elle revient donc à la case départ : L'Agence Publishing. Aujourd'hui, elle se dit ravie. Jusqu'à quand ?

Graphique addict : Christophe Gouju, directeur artistique de = MCe

Tous les quinze jours, il conçoit la une duNouvel Économiste. Mais il réalise également des journaux, des guides et des dossiers de presse pour Peugeot, Renault, Haircoif et Total. Christophe Gouju, quarante-six ans, est directeur artistique. En 1998, il a fondé son agence, = MCe, avec un ancien journaliste, Jean-Luc Martin, et l'appui du groupe allemand Motor Presse. Diplômé de l'École des arts appliqués, il a roulé sa bosse, au préalable, dans plusieurs titres (Ça m'intéresse,L'Entreprise,Femme d'aujourd'hui,Femme pratique,L'Automobile magazine) au gré de propositions et de rencontres parfois insolites.« Jeune maquettiste, je prenais un pot avec un ami, quand une tierce personne s'est mêlée à notre discussion,raconte Christophe Gouju.Elle nous a confié qu'elle créait un journal chez Prisma Presse. Je lui ai dit : ça m'intéresse. Elle m'a répondu : c'est justement son titre ! Deux jours après, j'étais embauché. »

Christophe Gouju dit éprouver un besoin physique de réaliser des maquettes, des logos, des plaquettes.« Pour certain c'est le sport, pour moi c'est le graphisme »,commente-t-il. Ce besoin, il l'assouvit désormais chez = MCe. Car le travail en agence est fort varié.« Quand on est attaché à un titre, on peut, à la longue, se lasser. Là, nous traitons avec différents clients en trouvant des solutions à des problèmes divers. Je fais davantage de design, de graphisme pur »,explique-t-il. Pour le reste, tous les supports sont traités avec la même exigence, assure-t-il, qu'il s'agisse deTrajectoires, un magazine interne de Peugeot sur les rallyes, ou du mensuel60 millions de consommateurs, dont il a réalisé la dernière formule.

Les joies du commercial : Delphine Pinel, directrice associée d'Angie

Elle jouissait de l'aura du journaliste. Ceux qu'elle interviewait déroulaient souvent le tapis rouge. Delphine Pinel, quarante-trois ans, directrice associée d'Angie, se rappelle avoir changé de statut social en entrant dans l'univers du conseil. Désormais, le pouvoir était du côté du client. Mais cette évolution a été voulue et assumée. Titulaire d'une maîtrise de philosophie, Delphine Pinel a débuté dans la presse par hasard. Et en cachette...« Je cherchais du travail quand le père d'une amie m'a proposé de tenir à sa place une rubrique dans un magazine. Il n'avait plus le temps de s'en occuper, mais continuait à signer les articles. »Elle se spécialise alors dans les secteurs de la formation et de l'emploi, tout en suivant les cours du CFPJ. Deux ans plus tard, elle pige pourDéfisetLe Monde de l'éducation. Puis elle rejoint Zelig, un groupement de pigistes proposant aux journaux des articles clefs en main. Zelig détient par ailleurs une filiale, Angie, spécialisée dans les publireportages et l'édition d'entreprise. Un beau jour, son dirigeant, Éric Camel, appelle Delphine Pinel à la rescousse. Il manque de temps pour répondre à un appel d'offres important. Elle le remplace au pied levé et découvre les joies du commercial.« J'ai adoré présenter un projet à un client »,explique-t-elle. Elle met ainsi fin à une grande frustration :« Un pigiste est coupé du processus d'élaboration du journal, du travail sur l'iconographie. »Aujourd'hui, cette mère de trois enfants va plus loin. Elle réfléchit, en amont, à l'élaboration et à la circulation de l'information dans l'entreprise.

Aux premières loges : François Reignault, responsable de l'information de la SNCF

Acinquante-six ans, François Reignault vient d'être nommé responsable de l'information de la SNCF. Il est, depuis 1995, rédacteur en chef du journal interne du groupe,Les Infos, tiré à 200 000 exemplaires, conçu avec Angie. Dorénavant, il chapeautera, en plus de ce titre, une radio interne téléphonée.« L'idée est de trouver des synergies entre ces deux médias pour en démultiplier l'audience »,précise-t-il. Journaliste économique, notamment auxÉchoset àLa Tribune, François Reignault n'a pas hésité à rejoindre la SNCF. Il s'agissait alors de lancerLes Infos. Or, pour lui, rien de plus passionnant que de créer un journal. Il connaissait, par ailleurs, Jean Bergougnoux, alors président de la SNCF, qui lui donnait carte blanche.« Depuis l'origine, la vocation de ce titre est de dire les choses comme elles sont, non comme elles devraient être ou comme on rêverait qu'elles soient »,précise-t-il.

Depuis, François Reignault a vu passer plusieurs présidents sans perdre son autonomie. Il savoure sa chance. En édition d'entreprise, les fastidieux contrôles ou relectures de papiers sont monnaie courante. Ce qui ne l'empêche pas de redoubler d'attention.« Une erreur et je pourrais très vite perdre mon indépendance »,confie-t-il. Les informations publiées sont donc vérifiées plutôt deux fois qu'une. Il sait également soumettre les sujets épineux à l'un des membres du comité exécutif de l'entreprise. Au final, François Reignault ne regrette en rien sa carte de presse.« J'assiste, aux premières loges, à la mue d'une ancienne administration vaguement militaire en une entreprise européenne qui se modernise, recrute des jeunes et arrive en tête sur Internet »,commente-t-il. Plutôt satisfaisant.

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