
SOMMAIRE DU DOSSIER :
Ouverture culturelle
RELATIONS PUBLIQUES
La lutte des classes
Plaisirs simples
DIRECTEUR ARTISTIQUE
Liberté
Restos* : D'ailleurs mais d'ici
LA LISTE DES PAYS À RISQUE S'ALLONGE
Introspection
Marine Jacquemin : « Je pars pour montrer la vie, pas pour risquer la mienne »
RÊVES SUR PAPIER
Cosmétiques nomades
CLIQUEZ ET PARTEZ EN PAIX
Petits voyages entre amis
TOUR DU MONDE SUR PETIT ÉCRAN
Vive la France
MÉDIA, MON BEAU MÉDIA
LA CÔTE EST PRÊTE POUR UN BAIN DE FOULE
NY LOVE YOU
Égologie
Les sens du voyage
Pause thérapeutique
PARIS EST TOUJOURS PARIS
CIEL, MON MAGAZINE !
Cocon mobile
LA FRANCE TERRE D'ACCUEIL ET DE PASSAGE
HIP HIP HIP HÔTELS
Transparence et accessibilité
Bienvenue au Club 18-30
L'ESPAGNE CONTRE-ATTAQUE
LES FRANÇAIS AIMENT LA LITTÉRATURE DE VOYAGE
Luxe du détail
SARAJEVO ET BEYROUTH, MÊME COMBAT
JOURNALISTES, JE VOUS AIME
TENDANCES DE PUBLICITÉS
Redécouverte
CHIEF EXECUTIVE OFFICER
TOUTES LES DESTINATIONS EN KIOSQUE
Le cinéphile est un touriste qui s'ignore
Repos de la ménagère
GRAND REPORTER
Les 5 premières minutes
Facilité et surprises extrêmes
BRAND MANAGER
28/03/2003 - Comment faire revenir les touristes après le drame des attentats du 11 septembre 2001 ? Un vrai casse-tête pour la ville, dont les caisses sont vides.
« I remember New York ».En français, « Je me souviens de New York ». Sur les grilles du métro Cortland, juste à côté du World Trade Center, des panneaux géants couverts de messages de soutien, des coeurs, des fleurs jaunies, des casques de pompiers, des tee-shirts couverts de signatures attestent de la visite de millions de touristes sur les lieux du drame, rebaptiséGround Zero(Niveau zéro).Aujourd'hui, les deux tours jumelles du World Trade Center ont laissé place à un trou géant grillagé, éclairé par des rampes de lumières, où s'activent toujours grues et camions.
C'est devenu la principale attraction de la Grosse Pomme. Par pudeur, les professionnels du tourisme se refusent à comptabiliser les passants. Mais Keith Yasmir, vice-président de la communication de New York City&Company, l'organisme en charge du tourisme, sait qu'ils sont nombreux. Au printemps dernier, lorsque la ville a érigé une plate-forme qui dominait le chantier de reconstruction, un million de visiteurs ont acheté les tickets multicolores donnant accès au site. Les marchands ambulants n'ont pas tardé à profiter de l'aubaine : sur des tréteaux de fortune et des poubelles retournées, ils vendent des albums de photos, des livres relatant la tragédie et des souvenir des deux tours sous plastique transparent.
Les responsables de New York, près de dix-huit mois après l'attaque terroriste sur le World Trade Center, aimeraient tourner la page. Plutôt que des cicatrices, ils préféreraient montrer les restaurants cosmopolites, les shows sur Broadway, la statue de la Liberté, l'Empire State Building, les musées, en somme tout ce qui attire des cohortes de touristes depuis des décennies...« Nous nous réinventons tout le temps,plaide Keith Yasmir.Toutes les deux heures, il se passe quelque chose de nouveau à New York. »Mais le message a du mal à se faire entendre, surtout du côté des touristes étrangers, qui se laissent difficilement convaincre de revenir sur les lieux du crime. En septembre 2002, Cristyne Nicholas, présidente de New York City&Company, a fait ses comptes.« Au final,a-t-elle constaté,il y a eu davantage de visiteurs américains à New York en 2001 qu'en 2000 : 29,5 millions de touristes venus d'autres États du pays, soit 0,3 % de plus, ont visité la Grosse Pomme. C'est la bonne nouvelle, on revient à New York. »Au lendemain de la catastrophe, familles et amis sont venus soutenir leurs proches. Mais ces visiteurs dépensent beaucoup moins que les touristes traditionnels. Ils ne vont pas à l'hôtel, boudent les restaurants, ne courent pas faire du shopping et restent moins longtemps. Du coup, leurs dépenses ont décru d'un milliard de dollars (environ un milliard d'euros) d'une année à l'autre.
Les études statistiques sur les visiteurs étrangers recueillies par le ministère du Commerce ne sont pas encore disponibles. Mais les quelques chiffres obtenus par New York&Co montrent déjà une certaine désaffection des étrangers. Les arrivées internationales aux États-Unis en 2001 ont chuté de 9,4 %, soit 45,5 millions de voyageurs, selon Keith Yasmir. Et de janvier à octobre 2002, elles ont encore baissé de 7,3 %. New York, première destination internationale du pays, en a forcément souffert. Les visiteurs étrangers ne représentent d'habitude que 18 % du total des touristes à New York, mais ils sont, de loin, les plus généreux : ils laissent en moyenne six fois plus d'argent dans les caisses de la ville que le visiteur américain. Hôtels et salles de spectacle ont noté la différence. Le taux d'occupation des chambres des premiers est passé de 89 % en septembre 2000 à 62 % à l'automne 2001. Heureusement, depuis cette sombre époque, les réservations sont remontées. Le taux d'occupation flirte aujourd'hui avec les 80 %. Mais pour en arriver là, les hôteliers ont réduit leurs tarifs de 20 % en moyenne. Les shows sur Broadway ont, eux aussi, senti passer la crise : de juin 2001 à juin 2002, les ventes de billets ont diminué de 24,7 millions de dollars. Le New York cher à Martin Scorsese et Woody Allen a besoin d'un coup de pouce pour retrouver sa splendeur. Problème : cela arrive justement au moment où les finances de la ville sont plutôt à la baisse.
Les sportifs à la rescousse
New York&Co ne dispose que de 14,5 millions de dollars par an pour faire tourner ses services. C'est le seizième budget de tourisme dans le pays... et il fait pâle figure au regard des 160 millions de dollars que répand Las Vegas dans le monde.« Il faut faire beaucoup avec peu, nous devons être créatifs »,explique-t-on dans la maison. Très prudemment, la ville a donc lancé une publicité sur les ondes aux alentours de New York pour faire connaître sa campagne Peindre la ville... et ses remises sur les tarifs des hôtels, restaurants et spectacles.
La ville envisage également d'ouvrir de nouveaux bureaux à l'étranger pour vanter les mérites des bonnes affaires locales. Le Canada, deuxième au palmarès des visiteurs en l'an 2000, serait un bon point de chute, car les Canadiens n'ont pas besoin de prendre l'avion pour visiter leurs cousins new-yorkais. Rod Gilbert, joueur de hockey célèbre au Québec, a même réalisé gratuitement des publicités à la radio pour la Grosse Pomme. La France, au cinquième rang des visiteurs, serait aussi visée.« Plus intrépides, les Francais continuent à prendre l'avion,assure Keith Yazmir.Et nous avons avec eux une relation durable d'amour-haine. »Mais en février, la campagne antifrançaise, au motif des préparatifs de guerre en Irak, n'encourageait pas vraiment à traverser l'Atlantique... Les Japonais, enfin, sont au coeur de la cible. Cela tombe bien : Hedeki Matsui, une star japonaise du base-ball, vient d'être recruté par l'équipe des New York Yankees. Le sportif, surnommé Godzilla, a déjà promis de travailler avec New York and Co pour attirer ses compatriotes vers la Grosse Pomme.« Les Japonais, explique Keith Yazmir,croient que toute la ville ressemble à Ground Zero. Ils pensent que nous sommes toujours en deuil. »Des spots TV de Godzilla faisant son shopping en ville pourraient bien rectifier le tir.
Les responsables de New York veulent faire revenir le touriste. Pour lui montrer la voie, le nouveau maire républicain, Michael Bloomberg, n'hésite pas à mouiller sa chemise. Sa ville est candidate pour accueillir les futurs grands événements nationaux et internationaux : elle a, ainsi, fait des appels du pied aux organisateurs de la prochaine Convention républicaine, au cours de laquelle les élus seront appelés à redonner leur confiance à l'actuel président George W. Bush. New York s'est également portée volontaire pour accueillir, en 2008, le Superbowl, compétition où s'affrontent les meilleures équipes de football américain. Et elle fait les yeux doux aux patrons de la soirée des Oscars, pour que ceux-ci répartissent entre Los Angeles et New York quelques spectacles hollywoodiens. Pour l'instant, seuls les Républicains ont donné leur feu vert. En 2004, ils amèneront avec eux au Madison Square Garden pas moins de 50 000 hommes politiques, soit une dépense de 150 millions de dollars. Cerise sur le gâteau : 15 000 journalistes couvrent traditionnellement l'événement. Ils pourront ainsi décrire au reste des États-Unis les merveilles de New York.
Les étrangers sont moins passionnés par les débats des élus républicains. Mais le maire de New York ne les oublie pas pour autant : il réclame la venue des jeux Olympiques dans sa ville en 2012. Et pour démontrer le sérieux de sa candidature, la Grosse Pomme accueille d'ores et déjà les championnats du monde amateurs de lutte et de tir à l'arc. Le slogan d'autrefois était « I love New York ». Aujourd'hui ce serait plutôt : « New York loves you ».
Les tours jumelles du World Trade Center seront remplacées par une immense flèche de 541 mètres de haut, imaginée par l'architecte berlinois Daniel Libeskind. C'est ce qui a été décidé, fin février dernier, par une commission de représentants des pouvoirs publics - gouverneur de l'État de New York, maire de la ville -, de la Port Authority de New York et du New Jersey, propriétaires du terrain, et de Lower Manhattan Development Corporation (LDMC), promoteur immobilier. Après avoir examiné 407 projets d'architectes et lu les commentaires de 12 000 New-Yorkais, ils ont tranché en faveur des plans du studio Daniel Libeskind. La future tour ne comptera en effet que 70 étages de bureaux et, plus haut, l'espace sera consacré à des jardins appelés « jardins du monde », en forme de promenade commémorative. Cette flèche sera la plus haute du monde, détrônant les tours Petronas de Kuala Lumpur en Malaisie (452 mètres), et symbolisera la force de survie de New York.
La tour unique sera entourée de cinq immeubles de verre et d'acier à facettes géométriques. La fosse de « Ground Zero » (Niveau zéro), à l'emplacement précis des tours jumelles, sera partiellement conservée. De même, le mur de soutènement qui isolait le World Trade Center du fleuve Hudson, autre symbole de la ténacité de New York, restera visible. « Malgré la tragédie, malgré l'attaque, malgré ce qui est arrivé, il est resté », a déclaré l'architecte lors de la présentation officielle de ses plans. Au sol seront aménagés deux espaces publics et un mémorial. Et, tous les ans, le 11 septembre au matin, le soleil les éclairera sans aucune ombre, de 8 h 46 à 10 h 28, le temps qu'a duré la tragédie.
Autour de la fosse seront érigés un hôtel de luxe, un centre des congrès, un auditorium et un mémorial en souvenir des 2 800 victimes... dont le design reste à déterminer. Le chantier devrait être achevé d'ici à une dizaine d'années.
Quant à sa réalisation, le plan de route reste encore incertain. Les pouvoirs publics se contentent de financer l'aménagement des parcs et laissent aux investisseurs privés le soin de compléter le travail. Or, les représentants de la Port Authority et le promoteur immobilier, LMDC, qui gère le World Trade Center pour les 99 prochaines années, partagent rarement les mêmes vues. Mais Daniel Libeskind, concepteur du Musée juif à Berlin, est un homme d'expérience. Lorsque ce fils de déportés juifs polonais, ancien New-Yorkais, a remporté le concours de Berlin, il a dû naviguer entre différentes instances gouvernementales. Et, au bout de dix ans, le musée a finalement vu le jour. Le voici donc aujourd'hui en route vers le nouveau World Trade Center.