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Formation

Tempête sur les écoles de journalisme

12/06/1998

En moins de quinze jours, trois événements majeurs sont venus redessiner le paysage des écoles de journalisme, laissant planer un certain nombre d'interrogations sur l'avenir des établissements.

La plus célèbre des écoles de journalisme, le Centre de formation et de perfectionnement des journalistes (CFPJ) de Paris, a ouvert les hostilités, en annonçant le 12mai son dépôt de bilan et sa mise en redressement judiciaire. Sa dette accumulée depuis 1993 s'élèverait à plus de 20millions de francs pour un chiffre d'affaires annuel de 56millions. Aucune inquiétude à avoir quant à la survie du CFPJ, estime Michel Catani, collaborateur d'Hubert Lafont, l'administrateur judiciaire chargé du dossier :«Le CFPJ est une excellente école qui doit gérer des difficultés de trésorerie, mais qui peut tout à fait faire face à son exploitation».La première période d'observation déterminée par le tribunal de grande instance, qui s'achèvera le 18septembre et à l'issue de laquelle un plan de continuation devrait être défini, n'entame en rien son activité normale ni la rentrée. Les difficultés du CFPJ ont toutefois accéléré les processus de rapprochement des autres écoles spécialisées. À commencer par celui des deux autres écoles privées, de statut Association loi 1901: l'École supérieure de journalisme (ESJ) de Lille et l'Institut pratique du journalisme (IPJ) de Paris.«Notre idée est de monter une alliance avec l'IPJ, que le CFPJ pourrait rejoindre en septembre,explique Didier Tourancheau, le directeur adjoint de l'ESJ.Nous avons intérêt à nous regrouper, car nos écoles pèsent peu.»«Les écoles doivent parvenir à résoudre le problème qui les empêche de mieux répondre aux nouvelles demandes des entreprises de presse,confirme Jean Augonnet, directeur de l'IPJ, mandaté pour définir les principes et les modalités du projet de rapprochement des deux écoles.Développer ces coordinations est devenu nécessaire.»Soumis à l'approbation de leurs conseils d'administration - celui de l'IPJ s'est prononcé pour la poursuite du projet le 28mai, tandis que l'ESJ prendra sa décision le 12juin -, ce rapprochement n'est encore qu'un projet... qui ne date pas d'hier. Alors en difficulté financière, l'ESJ avait déjà été à l'initiative du mouvement en 1996, vis-à-vis du CFPJ, mais sans succès. Cette fois, le projet pourrait se confirmer. Selon Didier Tourancheau, le rapprochement n'interviendrait pas sur les enseignements premiers, ceux donnés aux jeunes étudiants, bien qu'un concours d'entrée commun puisse être étudié pour la rentrée 1999, mais plutôt sur les actions menées à l'international, qui font défaut à l'IPJ. Ce rapprochement donnerait à l'ESJ la possibilité de développer les formations permanentes à Paris et permettra de réaliser de sérieuses économies d'échelle.«Former un journaliste coûte très cher, environ 85000F par an,estime Didier Tourancheau.Si les frais d'inscription, la taxe professionnelle et les subventions publiques assurent 30000F par an et par étudiant, reste à trouver entre 50000 et 55000F.»

Un interlocuteur unique

Même si ces chiffres paraissent surévalués - entre 60000 et 70000F serait plus juste -, cette logique économique est loin d'être étrangère au rapprochement que les cinq écoles publiques, toutes rattachées à l'université, ont annoncé le 22mai, à l'occasion des quarante ans du Centre universitaire d'enseignement du journalisme (CUEJ) de Strasbourg. Le nouveau Conseil des écoles publiques de journalisme (CEPJ) devrait être entériné à la mi-juillet par leurs conseils d'administration.«Cette association permet d'avoir un interlocuteur unique face aux institutions comme aux différents partenaires des écoles (groupesde presse, syndicats, commission paritaire, ministères, etc.)»,explique Alain Chanel, directeur du CUEJ. Plusieurs chantiers sont déjà sur le point d'être engagés.«Nous voulons éditer un document qui fera état des offres publiques de formations reconnues par la Convention collective»,poursuit Alain Chanel. Un annuaire des anciens élèves des huit écoles reconnues serait aussi constitué«pour lutter contre l'idée reçue que notre impact dans la profession est faible».Il s'agit de faire en sorte que les cinq établissements publics relèvent du même statut dans les universités, ce qui n'est pas le cas: le Celsa bénéficie de celui d'école, les IUT recrutent au niveau du baccalauréat, tandis que le CUEJ et Marseille relèvent d'une autre règle. Enfin, et c'est là qu'apparaîtront les logiques d'économies d'échelle, les établissements envisagent«d'organiser en commun les différentes formations spécialisées afin qu'elles soient complémentaires»,ajoute le directeur du CUEJ.«Cela fait plusieurs années que nous étudions un éventuel regroupement»,explique Édith Rémond, directrice de l'Institut universitaire de technologieB (IUT B) de Bordeaux III. Le CFPJ pourrait rejoindre ce nouveau pôle une fois sa situation clarifiée, l'ESJ et l'IPJ ayant décliné l'offre. Les écoles concernées rappelent qu'il ne s'agit en aucun cas de susciter un affrontement privé/public. Dans les faits, l'opposition existe. D'abord, parce que ces écoles ne relèvent pas du même ministère de tutelle. Les Associations dépendent du ministre de la Communication, Catherine Trautmann est du reste très sensibilisée aux difficultés du CFPJ, tandis que les établissements publics sont sous la coupe de l'Éducation nationale, qui a priori a d'autres problèmes à régler. Enfin, et c'est une des raisons - non avouées - de la discorde, l'aide annoncée que devrait apporter le ministère de la Culture et de la Communication au CFPJ, fait grincer des dents. Car l'école est privée et que, toutes, y compris les établissements publics, ont d'importants frais d'équipement à assumer (nouvelles technologies, studio numérique, multimédia, etc.).«Si l'État intervient pour aider une école, il se doit d'être équitable avec les autres»,lance Jean-Baptiste Carpentier, directeur du Celsa. L'État ne doit pas entériner, par cette intervention, une prime à la mauvaise gestion. Le problème demeure, mais il aura eu le mérite d'engager une réflexion et une remise à plat de la formation des journalistes en France. Affaire à suivre.

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