
SOMMAIRE DU DOSSIER :
WALLPAPER* CHANGE DE PEAU
MOBILIER CITOYEN
Le destin polaire du frigo
JOURNALISTE CASANIER
LA PRESSE DÉCO, VALEUR REFUGE
Splendeurs & idées du télétravail
DESIGNER BOHÈME
REVOILÀ LA DOMOTIQUE
Vues de l'intérieur
Cartes postales
MA JOURNÉE AVEC UN « HOMME TOUTES MAINS »
Maisons de pub
PROJET : « Imaginer une maison en phase avec notre vie »
GULLIVER, LE RETOUR
(Co) location : tout reste à inventer
Respirer : Un coin de verdure
DES CÉRÉALES DANS LE DESIGN
Hissez les couleurs !
Travailler : La bataille pour les mètres carrés
Ranger : Une pièce en plus
Dessine-moi un meuble
Buller : Salle de bien-être
Dormir : La chambre comme un sanctuaire
Se détendre : L'espace commun
ENERGIE : Parlez-vous feng shui ?
PLANNEUR PANTOUFLARD
SONNEZ AVANT D'ENTRER
MANAGER JARDINIER
OUVREZ, VOUS ÊTES AUDITÉS
Quoi de neuf du côté de chez vous ?
L'OR VERT AU BALCON
LA BOÎTE À IDÉES JAPONAISE
PROS À DOMICILE
LE TÉLÉPHONE A TOUJOURS UNE IDÉE FIXE
Cuisiner : Le coeur du foyer
ACCROS À LA DÉCO
LA FEMME EST L'AVENIR DU BRICOLAGE
Maisons cocons, maisons ouvertes
06/06/2003 - Terminé le minimalisme. L'époque est à l'espace et l'homme d'aujourd'hui s'entoure de meubles et d'objets démesurés.
Plié en accordéon, le dossier de presse, une fois étendu, mesure trois mètres de long ! Normal, il préfigure la longueur réelle du canapé conçu par le designer Rémi Tessier, qui tient galerie rue des Saint Pères, à Paris. Les frères Bouroullec, ces nouvelles stars du design, ont présenté, à l'occasion du dernier Salon du meuble à Milan qui s'est tenu du 9 au 14 avril, leur bibliothèque Nuages. Extra-large, elle est constituée de modules de 105 cm de haut sur 187 cm de large que l'on peut assembler à l'infini.
Chez Cappellini, l'un des temples parisiens du design, situé rue des Rosiers, les dimensions ont aussi pris leur envol : la lampe de Marcel Wanders mesure 220 cm de haut pour 95 cm de diamètre. Le sofa And de Fabio Novembre, une spirale sans fin, impose sa hauteur de 230 cm.
Fruit d'une toute nouvelle collaboration signée Cappellini et Philips, et présenté également au salon milanais, Vesuvio est une petite révolution : voici un canapé qui intègre en son centre un rétroprojecteur. On regarde son film préféré projeté au plafond en se « fondant » dans une envergure extrême de 358 cm sur 352 cm.
Les objets plus ordinaires du quotidien voient également leur taille s'amplifier, à l'image des assiettes géantes en bois de chez DMK. Véritable laboratoire de recherche, la haute couture a également appuyé cette émergence en donnant à voir, en janvier dernier, chez Dior notamment, des modèles surdimensionnés.
On l'aura compris, l'époque n'est plus seulement en mutation mais en pleine expansion !« Le temps du minimalisme est révolu »,confirme la sociologue Monique Vervaeke, chercheur au CNRS et auteur du livreLe design et les immatérialités de l'entreprise(éditions L'Harmattan, 2003).
De fait, un nouveau souffle vient balayer l'étiolement dans lequel le minimalisme avait fini par se confiner. Les codes changent, les standards éclatent. Le futur se redimensionne, se « maximalise », en quelque sorte.
On assiste à une « gullivérisation » des objets.« Il y a rupture avec les standards, rejet de la proportion traditionnelle. C'est d'ailleurs une figure du Baroque »,commente le sémiologue Jean-Maxence Granier, directeur associé d'Iconoclast, société d'études et de conseil. Vincent Grégoire, du cabinet de tendances Nelly Rodi, partage la même analyse.« Nous entrons dans une nouvelle époque, le " Barock ", qui bouleverse les codes. La création privilégie l'exagération, la proportion joue la démesure. »
Désormais donc, l'Homo Erectus, l'homme dressé, entre dans une ère de réappropriation de l'espace, (se) créant ainsi une bulle d'une taille suffisante pour y respirer pleinement. Le consommateur reprend ses aises au sein de canapés géants, dîne dans des assiettes géantes, plonge un bouquet de fleurs dans un vase géant...
« On fait désormais grandir son espace en repoussant ses limites, même visuellement,analyse Ana-Maria Pençanha-Barreira, sociologue au Gemode.D'un 50 m2, on se fait son 100 m2 en abattant des cloisons. »Tout en se recentrant sur l'essentiel : sa propre personne.« Cette ouverture à l'espace donne également le temps de SE regarder, d'observer SON dedans. On essaie de grandir son mental, de l'ouvrir pour être bien »,poursuit la sociologue.
L'homme redimensionne son espace extérieur pour mieux redimensionner son espace intérieur. Ce fait sociologique a bien été compris par les créateurs, tant en mode qu'en design, qui l'ont traduit en jouant sur la rupture avec les codes, un grand classique de la philosophie baroque.